Paule, Paul /28



Paul : Paule...

Paule : Paul ?

Paul : Je perds mes moyens.

Paule : Pardon ?

Paul : Je perds mes facultés.

Paule : Voilà autre chose.

Paul : Voilà ce qui arrive.

Paule : Es-tu sûr ?

Paul : J'ai l'impression.

Paule : Mais, tu, perds, quoi ?

Paul : Contrôle...

Paule : Ah ! Embrasse moi !...

Paul : Il n'y a pas de quoi.

Paule : Tu perds ton lapin : tu lèves un lièvre !

Paul : Ce n'est pas drôle.

Paule : Est-ce que je evm ?

Paul : Tu es abhvyyr...

Paule : Ah ah ah ! Ah là, je cbzzr qr greer de bon coeur !...

Paul : Ce n'est pas drôle, je perds...

Paule : Tes moyens sont moyens, non ?

Paul : Que veux-tu dire (je ne comprends rien...) ?

Paule : Ceci : perdre ses moyens c'est gagner les pôles. Pôle sud, pôle nord.

Paul : Mais je n'aborde rien d'autre que le gouffre du manque.

Paule : Va, mon ami aimé, au fond, laisse toi gagner par l'apparente perte. Vis au dessus du méridien !

Paul : Mais je suis en deçà.

Paule : C'est bien l'accès pour y être au dessus.

Paul : Je pense saisir.

Paule : Tu ne saisis rien du tout, tu es saisi par les pôles.

Paul : Tu me tourneboules.

Paule : Rien ne peux t'arriver de pire que d'avoir la moyenne, d'être dans le milieu comme musique d'ambiance pour meubler le silence.

Paul : J'avais les mots, ils m'échappent.

Paule : Tu n'avais que la moyenne.

Paul : M'enfin, c'était d'jà pas mal j'm'y sentais bien.

Paule : Sûrement, oui.

Paul : Alors ? Que demander de plus ?

Paule : Hum... Si j'ose dire... Hum... La liberté peut-être... Une liberté... Comment dire ?...

Paul : La liberté sans moyens ?

Paule : Oui mon amour, si j'ose le dire là : la libre liberté nue et pauvre.

Paul : Pauvre de moi !... Mais Paule, que me dis-tu ?

Paule : Au risque de la misère ta pauvreté sera richement dotée.

Paul : Je n'entends pas tes espèces trébuchantes.

Paule : Car il n'y a rien qui puisse tomber à part tes bras là.

Paul : J'embrasse à la volée mais le vent ne ne me ne ne me nourrit pas.

Paule : Retrousse tes manches et tends la main.

Paul : J'ai cinq doigts à ma paume.

Paule : Voilà ce que tu découvres mon ami lancé dans le gouffre.

Paul : Mais je tombe !...

Paule : Mais non !... Tu prends ton envol.

Paul : Mon oeil !...

Paule : Tu vois !...

Paul : Et mon derrière, c'est du gallinacé ?

Paule : Des plumes te poussent, des ailes tu déploies !...

Paul : A poil, oui je suis !...

Paule : Tu flottes ! Tu ne prends pas l'eau mon canard.

Paul : Je suis un misérable...

Paule : Tu es pauvre.

Paul : Je suis un pauvre type.

Paule : Tu es un type pauvre.

Paul : Mes moyens sont perdus à jamais.

Paule : Tu es hors moyens, hors hors je te dis.

Paul : Je n'ai rien.

Paule : Tu n'as besoin de rien.

Paul : Je n'ai pas même besoin de vivre.

Paule : Non.

Paul : Je ne suis donc pas dans le besoin ?

Paule : Non.

Paul : Je suis, dénué d'intentions.

Paule : Oui.

Paul : Je suis, mû par l'attention.

Paule : Oui.

Paul : J'observe engagé dans l'essentiel ras terre ras ciel.

Paule : Tu agis pauvrement.

Paul : Ainsi la richesse est...

Paule : Elle se perd, elle s'endure, elle perdure en pure perte...

Paul : Tu joues avec les mots.

Paule : Nos mots non joués se jouent de nous naïf ami.

Paul : Je sais je sais... Et si je distingue bien, grâce à tes lumières tamisées chère Paule (en soie habillée), la misère de la pauvreté, il n'en demeure pas moins que je la frôle en étant pauvre.

Paule : Tu vis à tombeau ouvert.

Paul : Ah !...

Paule : Hé...

Paul : J'ai donc les moyens d'aller...

Paule : Enregistreuse, à fond la caisse ! Qu'est-ce que la richesse, apparemment telle, à côté d'un tel luxe ?

Paul : Peau de balle.

Paule : Peau de chagrin.

Paul : Mais pourquoi le monde entier veut-il être riche ?

Paule : Pour pleurer sa pauvreté perdue.

Paul : Il en faut des mouchoirs...

Paule : Des draps, des vêtements, des linges, mètres de turbans, ça coûte coton le tissu trempé.

Paul : Tu me vois habillé : j'ai ce qui me couvre. Je suis au sec voilé.

Paule : Tu vois.

Paul : Là je vois du monde riche et gras. L'embonpoint gagne l'espèce, les esprits comme les corps. Là-bas, le reste du monde est maigre et malade. Ceinture serrée et pistolet sur la tempe. La misère ronge son frein. Quand il lâchera, les foules affamées feront des fricassées de cervelas.

Paule : Nos têtes à la lanterne.

Paul : Notre aveuglement des Lumières.

Paule : Sombrons avant de sombrer.

Paul : Le gris est d'argent, c'est la couleur de la pauvreté.

Paule : Le gris est grisant, son ombre développe la joie abyssale.

Paul : La nuit, les félins brillent, la journée, ils ont les couleurs de la lune cachées.

Paule : Oh oh... Pouète pouète mon ami... Tu fais dans la poésie comme on fait dans le pot de chambre.

Paul : Quoi ? C'est de la crotte ?

Paule : Ca sent le poème à plein nez, tu sais, la poésie eau de cologne qui cocotte à flots.

Paul : Tu me voles dans les plumes Paule...

Paule : Je te tire les vers du nez. Ah ! Les lombrics !...

Paul : Mon nez est producteur de compost.

Paule : Te voilà, mon ami pauvre, un métier, tiens !...

Paul : Mon nez ne ment. Il fleure.

Paule : C'est le bouquet de crevettes que tu flaires ?

Paul : Je sens par les pores.

Paule : Tu navigues à vue.

Paul : J'ai perdu mes moyens, j'ai retrouvé le Nord.

Paule : Tu es libre d'aller où tu veux : du Nord au Sud, de l'Ouest à l'Est en passant par le méridien que tu traverses.

Paul : J'y suis tout à la fois. J'y suis tout à la fois que j'y suis là en réalité. Là je suis j'y suis, nul besoin de transports qui m'arrachent.

Paule : Continuons notre conversation Paul.

Paul : Poursuivons notre marche.

Paule : Tu as les moyens de tes pieds.

Paul : Ce ne sont pas des bottes qui vont me mettre au pas.

Paule : A la bonne heure !



Copyright : Antoine Moreau, 12 octobre 2005
Copyleft : cette oeuvre est libre, vous pouvez la redistribuer et/ou la modifier selon les termes de la Licence Art Libre. Vous trouverez un exemplaire de cette Licence sur le site Copyleft Attitude http://www.artlibre.org ainsi que sur d'autres sites.

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Paule, Paul /27

Paul : Paule ?

Paule : Paul ?

Paul : .--. . -. ... . ... -tu ?

Paule : A quoi je .--. . -. ... . ?

Paul : Non... .--. . -. ... . ... -tu !

Paule : Tu parles...

Paul : Je te pose une question ma chérie.

Paule : Laquelle ?

Paul : .--. . -. ... . ... -tu ?

Paule : Je ne sais pas.

Paul : Tu ne sais pas ?

Paule : Je ne sais pas, je sens.

Paul : Tu sens quoi ?

Paule : Snif snif, ne me fais pas pleurer mon amour...

Paul : Loin de moi l'idée...

Paule : L'idée Paul ?

Paul : N'en ai pas la moindre.

Paule : Je le sens.

Paul : Mais enfin ! Que se passe-t-il ?

Paule : Je suis dans un état...

Paul : Ne m'en parle pas.

Paule : Que te dire d'autre ?

Paul : Je ne sais pas.

Paule : Suis pas en état là de...

Paul : Peut-être as-tu besoin de repos ?

Paule : Plus je dors plus je dors et plus je dors plus je dors, m'en sors pas.

Paul : C'est un cercle, ce devrait être un cycle.

Paule : En ligne à la queue leu leu suis dans le concentrique.

Paul : C'est la connectique !...

Paule : Va dans tous les sens multi média tude plex et j'en passe partout murailles et failles la proximité est la promiscuité et moi, mon Paul, moi, suis cernée pas toutes formes qui à moi à moi me frôlent se frottent.

Paul : Tu n'as plus d'espace tu n'as plus de temps.

Paule : Je suis moi pour mon prochain toute autre.

Paul : A ce point proche ma douce qu'il t'est dans la peau l'autre là.

Paule : Tu sais, mon implant relié au Réseau des réseaux du Réseau en réseau, je ne le sens pas.

Paul : Tu n'y .--. . -. ... . ... pas ?

Paule : Non.

Paul : Tu ne .--. . -. ... . ... pas ?

Paule : Si...

Paul : Tu n'en es pas sûre...

Paule : Comment savoir ?

Paul : Ce que .--. . -. ... . .-. veut dire ?

Paule : Ce que .--. . -. ... . .-. fait dire.

Paul : Comment le savoir ?

Paule : C'est écrit quelque part, un robot : va chercher ! Et rapporte l'os à ronger.

Paul : Operating System !

Paule : Oh oh l'opération au coeur du noyau, la moelle à sucer.

Paul : La moelle fait l'os comme le vide le pot.

Paule : Je le .--. . -. ... . , oui.

Paul: Tu vois. Tu .--. . -. ... . ... .

Paule : Je ventre mon ami, je ventre...

Paul : Souffle dans l'os sucé tu en sortiras un son.

Paule : J'ai les vents qui me traversent me sortent par tous les holes.

Paul : Holà Phole ! Tu musiques !...

Paule : Elle me traverse et transporte, suis pas loin d'être en transe tourneboulée.

Paul : Traverse la porte, chère trouée !...

Paule : J'y suis, hors.

Paul : Alors ? Que .--. . -. ... . ... -tu ?

Paule : Cette question est déplacée, tu le sais, tu devrais le savoir.

Paul : Il n'y a pas de .--. . -. ... . . qui vive, sauf les vivaces aux couleurs vives. La .--. . -. ... . . est chose morte, soulevée par les vers.

Paule : Le cadavre bouge toujours, il n'y a rien qui soit aussi vivace. La décomposition est une méta-fleur. Paul !

Paul : Paule ?

Paule : Tu n'es pas horrifié j'espère.

Paul : Non non. Tout ça est su depuis tous les temps. C'est d'un cru, je te l'accorde.

Paule : Tu sais, au diapason je suis. C'est trop peu de le dire, il faut l'entendre.

Paul : Je te prête mon oreille.

Paule : Garde là pour ta gouverne. Écoute !...

Paul : ...

Paule : Tu entends ?

Paul : ...

Paule : Oui ?...

Paul : J'écoute. Chut...

Paule : ...

Paul : Il me semble entendre de travers.

Paule : Tu entraves à l'envers.

Paul : Je .--. . -. ... . à des travers de porc grillés au barbecue.

Paule : Tu rêves !...

Paul : Avec du riz gluant à souhait et une sauce piquante très forte.

Paule : huuummm... Paul... L'eau me vient à la bouche.

Paul : J'entends le petit ruisseau. Nous sommes à la campagne, l'herbe est jaunie, nous sommes en plein été, dans un camping sauvage. Nos amis sont là, un verre à la main, c'est l'apéro sous le soleil. Tout le monde papote. Il y a des éclats de rire. La sueur perle sur les peaux.

Paule : Attends la grand'eau !... Elle viendra te soulever raz de marée. Au port, tu feras un tour. Tu n'auras pas le temps, c'est le temps qui t'aura : tu n'en manqueras pas.

Paul : J'entends la pluie tomber. Je goûte, bouche ouverte, l'eau fraîche. L'arc en ciel est bandé. Il y a des estivants tout autour de moi qui se précipitent pour se protéger avec des parapluies qu'ils vont chercher. Nous ne savons pas où nous allons alors.

Paule : Les braises crépitent sous la pluie fine.

Paul : J'entends.

Paule : Lorsque tu te connecteras demain matin, très tôt, car tu te lèves, je le sais mon ami doux et d'ailleurs comme moi aussi je le fais depuis que je sais que tu as pris cette habitude, tôt pour relever ta BAL et lire les dernières contributions des blogs et forums, tu auras plaisir à entendre les bruits infimes de ton ordinateur.

Paul : Ne m'en parle pas ! Il a récemment fait un clac-clac inquiétant. Le disque dur. La sueur m'est coulé dans le dos. Glacée.

Paule : Brrrr...

Paul : J'étais sur la banquise. Cerné par manchots muets. Le sol se dérobait et des vautours tournaient. J'étais seul soudain. Le clac-clac. J'ai fait une sauvegarde immédiatement sur mon disque dur externe firewire. Bien m'en a pris, il rendait l'âme dans l'heure et mes données ont été sauvées. J'ai pu rebooter comme su un sou neuf.

Paule : Ouf.. Tu as eu chaud.

Paul : Tu peux le dire. J'embarquais sur le Brise-glace et me servais à bord un pastis. Je continuais mon chemin à travers.

Paule : Tu m'envoyais un courrier, je m'en souviens.

Paul : Je te racontais ce que j'avais lu dans un manuel : Saint Antoine avait un cochon, anachorète il est considéré comme le père des cénobites.

Paule : N'y a-t-il pas là contradiction ?

Paul : Dans le désert, les vases communiquent.

Paule : Ooh oh... L'entend des voix oui.

Paul : Cochon qui s'en dédit si le silence ne bruit pas !

Paule : Tu ne sais pas ce que tu...

Paul : Dit !...

Paule : Hé !...

Paul : Groin groin...

Paule : La paix !...

Paul : Groin...

Paule : Ooooh...

Paul : Oin...

Paul : Je ne comprends pas.

Paule : ...

Paul : Écoute.

Paule : ...

Paul : Il me semble entendre des travers.

Paule : Ta gorge est-elle sèche ?

Paul : Je .--. . -. ... . à la régalade, à boire jusqu'à plus soif au bord de la cascade.

Paule : Tu n'y .--. . -. ... . ... pas !...

Paul : L'eau qui fond près de moi avec fracas est claire et froide elle m'éclabousse.

Paule : huuummm... Paul... L'eau me vient à la bouche.

Paul : J'entends le grondement de l'eau. Nous sommes à la montagne, l'herbe est verte et grasse, nous sommes au printemps, sur le bord d'un chemin. Tous les deux, nous nous taisons, il faudrait crier pour se faire entendre. Le soleil transparaît à travers les arbres épais. Il fait plutôt frais à l'ombre et le ciel est bleu. Boucan d'enfer. Je resterais des heures pris par le fond sonore de la chute d'eau.

Paule : Attends l'été !... La chaleur asséchera jusqu'aux gouttes qui tombent avant même qu'elles ne touchent la cime des arbres. Viendra le sable qui tombera comme poussière. Tu iras à la plage te baigner. Tu aura soif. Les secours arriveront arroser les foules. Tu en seras. Le désert croit.

Paul : J'entends la pluie tomber sur les feuilles. Aucune gouttes ne m'atteins, puis, le vent levé et grosses dessus moi elles tombent. Tu ris ! Tu éclates ! Tu me gagnes. Nous sommes pris de vertige et nous roulons dans la boue.

Paule : ...

Paul : A quoi .--. . -. ... . ... -tu ?





Antoine Moreau, 03/09/2005
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En joue Paul !

En joue Paul !

Paule : Tiens Paul !

Paul : Viens Paule !

Paule : Attends ami, je viens à tenir avec moute ta mête.

Paul : Ah !...

Paule : Oh !...

Paul : Assieds-toi.

Paule : Ta table à tiroirs multiples est belle.

Paul : Tiens ! Cette chaise là.

Paule : Je l'apprends.

Paul : Mais !...

Paule : Quoi ?...

Paul : Quoi !...

Paule : Je ne sais plus qui je...

Paul : Suis moi !

Paule : Je ne sais plus qui...

Paul : Je suis près de toi.

Paule : Je ne sais plus...

Paul : Qui est parti ?

Paule : Je ne sais...

Paul : Pas à pas...

Paule : Je ne...

Paul : Sais-tu quoi ?

Paule : Je...

Paul : Vois !...

Paule : ...

Paul : Je...

Paule : Ne parle pas...

Paul : Je ne...

Paule : Suis moi.

Paul : Je ne sais...

Paule : Pas à pas.

Paul : Je ne sais plus...

Paule : Où tu vas.

Paul : Je ne sais plus qui...

Paule : Je suis...

Paul : Je ne sais plus qui je...

Paule : Suis moi !...

Paul : Tu me gagnes.

Paule : Tu me suis.

Paul : Nous allons.

Paule : Allons !...

Paul : Non ! Allons !

Paule : Nous allons.

Paul : Joué... C'est joué. Nous sommes joués.

Paule : Je... Suis ton jouet, amuse-gueule.

Paul : ... Paule... Tu me fais jouer. Je le suis, joué, moi.

Paule : A quoi joues-tu Paul qui m'use toupie qui tourne ?

Paul : Le sais-je ? Le suis-je moi-même ?

Paule : C'est incompréhensible.

Paul : C'est possible.

Paule : Ta gueule Paul, d'amour Paul, me tue, moi !

Paul : Ta gueule toi même Paule ma muse jusqu'à la lie.

Paule : Ah... Ah !... En joue : feu !!!

Paul : Que ta volonté soit faite : ma défaite tu es.

Paule : Totale à toi.

Paul : Tu as la main.

Paule : Invisible est ton dessein.

Paul : Invincible est ton aire.

Paule : Mon coeur transpercé à toi est transparent.

Paul : Sébastien en ton sein je suis.

Paule : Paul.

Paul : Paule.

Paule : C'est Bastien.

Paul : Le mien, au bas mot t'appartient tout entier.

Paule : Pas de détail pas de quartier : à mort !!!!...

Paul : Ah la belle vie, celle qui saigne !

Paule : La vie coule oui de source grenat.

Paul : Qu'un pur sang m'abreuve ma mie.

Paule : Vomis de la bile mon ami à moi le jeu a l'art de la guerre rien moins.

Paul : Triches-tu ?

Paule : Je suis trichée.

Paul : Déjoues-tu ?

Paule : Je suis déjouée.

Paul : Enjoues-tu ?

Paule : Je suis enjouée.

Paul : Ah le bonheur !...

Paule : A la bonne heure seulement.

Paul : Quelles sont les règles alors ?

Paule : Tu le vois aimé ami.

Paul : Tu crois ?

Paule : Jette l'oeil comme le dés, tu verras bien.

Paul : Mais je veux savoir les règles avant de jouer.

Paule : Qu'il y a-t-il à savoir ?

Paul : Pourquoi l'entrelac entre nous ?

Paule : Ce n'est pas la bonne question chère tête chercheuse.

Paul : La règle d'un jeu se pose pour qu'entre nous passe la partie. Non ?

Paule : Oui Paul.

Paul : Que proposes-tu ?

Paule : Je pose, tu proposes.

Paul : Ah mais !...

Paule : Voilà.

Paul : Ainsi c'est moi qui porte le coup.

Paule : Oui. C'est toi qui lance. J'ouvre le jeu en fait accompli.

Paul : En foue : jeu !...

Paule : Tu as compris en fin.

Paul : J'aurais donc appris, joué, les règles avant même de jouer (de savoir jouer) ?

Paule : Tu auras joué, tu auras été joué (le sais-tu maintenant ?) .

Paul : Mais toi aussi ?

Paule : Moi je suis la maîtresse. Du jeu, il y a entre nous.

Paul : Il y en a entre un tiroir et une table.

Paule : Du jeu : ça passe.

Paul : Trop de jeu entre, ça branle ; pas assez, ça coince entre.

Paule : Branlé le jeu faillit, coincé il faillit.

Paul : C'est le jeu !...

Paule : C'est le jeu.

Paul : C'est donc ça.

Paule : C'est ça le jeu des règles.

Paul : Mais Paule ! Je suis renversé !...

Paule : Tu es retourné.

Paul : Il faut que j'y aille.

Paule : Tu reviens de loin, non ?

Paul : Je pensais...

Paule : Tu ne pensais pas.

Paul : Qu'est-ce que je fais ?

Paule : Tu ne fais pas.

Paul : C'est fini ?

Paule : Depuis le début.

Paul : Au revoir Paule.

Paule : Au revoir.

Paul : Ce n'est pas fini ?

Paule : Depuis le début.

Paul : Au revoir.

Paule : Au revoir Paul.



En joue Paul !, un épisode de "Paule et Paul" écrit pour le numéro 41 de la revue "Papiers Libres".
31 mai 2005, Antoine Moreau
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Escrime-sport04.jpg 1999, Philippe Jimenez,
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Paule ouït l'anguille sous roche.




Paule : Paul, écoute moi.

Paul : Paule, oui.

Paule : Paul, j'ouïs l'anguille sous roche.

Paul : Paule...

Paule : Paul, si ! J'ouïs l'anguille, j'ouïs le long bec !

Paul : Paule, non...

Paule : Paul : je suis au Sud retournée !

Paul : Paule : que le Nord te guide !

Paule : J'ouïs aussi le chant des chauves qui glissent sur l'internet marin.

Paul : Tu divagues Paule.

Paule : L'anguille, oh pimperneau !, se tortille, elle se faufile… Elle électrise la verniau, elle est gluante l'imprenable sous les rochers.

Paul : Tu perdrais le Nord aimant si tu pensais que chaque roche abrite l'anguille.

Paule : Mais j'aime ! et j'ouïs les cheveux qui poussent aussi.

Paul : L'anguille défile en eau claire et...

Paule : Elle se reproduit en pleine mer !!!

Paul : Oui...

Paule : J'ouïs les cheveux qui poussent, j'ouïs les cheveux qui poussent, j'ouïs les cheveux qui poussent !

Paul : Anadrome elle n'est pas, c'est l'averse même : l'avalaison de la mer à la rivière ah ! Ça y va !

Paule : Il pleut à la renverse !

Paul : Tu es à l'Ouest ma chère Paule.

Paule : Est maboule qui pense la totalité de la terre.

Paul : L'eau plate est mon refuge.

Paule : La mer des Sargasses est mon domaine, le triangle n'est pas loin.

Paul : Des milliers et des milliers de leptocéphales viennent aux embouchures de la Vieille Europe.

Paule : J'ouïs le frétillement ! J'ouïs les feuilles de saule frémir. J'ouïs l'alevin, la piballe et le bouiron aller à l'eau de source !

Paul : Un caillou sourd en moi ? Je n'ouïs pas.

Paule : Je te le dis clairement Paul : il y a anguilles sous roches. C'est au coeur du moteur. Dans la mécanique des rouages, dans le cerveau des civelles.

Paul : C'est à la surface que je suis.

Paule : Ce qui n'est pas vu existe !

Paul : Ce qui existe est ce qui n'est pas vu ?

Paule : Anguilles, Angèles, Andrilles...

Paul : A la surface, je passe du coq à l'âne hop hop ! Ni su ni cru ne fais que passer, ni une ni deux je suis dans un état tiers.

Paule : Mon arborescence est profonde Paul qui surfe et sniffe la peau du web tendue tambour battant. J'ouïs le fond marin.

Paul : Mon tarin, tu le sais, tu ne le sens pas : il vaque à l'horizontal.

Paule : J'ouïs le kernel de l'internet !

Paul : J'entends l'océan qui clapote, le net a des algues.

Paule : J'ouïs les fils de usenet !

Paul : Je vois les écrans bleus.

Paule : J'ouïs les charges et décharges du FTP !

Paul : Je clique et clique.

Paule : J'ouïs les va et les viens du P2P !

Paul : J'ai la souris muette.

Paule : J'ouïs les chats IRC !

Paul : J'ai planté pieds et poings liés.

Paule : J'ouïs les reboots sauvages des fenêtres figées.

Paul : J'ai faim de sardines grillées sur la braise.

Paule : J'ouïs des anguilles à la surface !

Paul : Mon coeur bat.

Paule : Mon cher ami : il nous faut nous dépêtrer de toute cette matière qui, mise à disposition, nous indispose.

Paul : Un muscle qui bat n'est pas le sentiment que j'expulse.

Paule : Cher Paul : plonge et ouïs.

Paul : Je vais boire le bol.

Paule : Non non !... Tu vas voir l'envol que c'est... Tu vas ouïr ami cher.

Paul : J'ouïs le nez bouché. C'est peau de balle pour ma pomme.

Paule : Souffle souffle !... Pirex, pirins. Oui ouïs !

Paul : Pfff pfff... Dans le fond je n'ouïs aucune anguille.

Paule : Ami cher à mon coeur battant, tu n'y es pas allé assez au fond.

Paul : J'ai le plongeon rond, me faut-il piquer au long bec ?

Paule : Oui !

Paul : Bon... Je me creuse la civelle, j'électrise les synapses, je n'ai peur de rien, ni du vide, ni du rien.

Paule : Joie ! J'ouïs les anguilles sur ta peau ! Tes cheveux ! Les poils en dessous tes bras ! Les poils partout qui frisent et mouillent ! Tu fleures ?

Paul : Joie ! J'ouïs !

Paule : Tu vois tu ouïs.

Paul : Je vois j'ouïs.

Paule : Anguille, Angèle, Andrille !...

Paul : Des roches et rochers m'environnent.

Paule : Ouïs la pierre craquer ! Le silex chante ! Tu as du sable sur le visage.

Paul : Je sens le sel.

Paule : J'ouïs la fleur qui s'ouvre ! Les lombrics la chatouille et creusent à la racine. J'ouïs les vers de terre là.

Paul : Du coq à l'âne je ne saute plus l'anguille est mon fil conducteur.

Paule : J'ouïs la joie profonde !

Paul : L'oie au foie gros et gras ne fait pas la loi.

Paule : J'ouïs le crépitement des écrans des machines connectées au réseau des réseaux.

Paul : Le net est un gouffre.

Paule : J'ouïs le labyrinthe aux milles anguilles.

Paul : J'ouïs aussi.

Paule : Ouïssons de concert mon ami.

Paul : Oui.

Paule : Oui.




Paule ouït l'anguille sous roche (publié dans le n° 39 de Papiers Libres, janv-fev-mars 2005)
Copyright Antoine Moreau, 07/12/2004
Copyleft : ce texte est libre, vous pouvez le redistribuer et/ou le modifier selon les termes de la Licence Art Libre. Vous trouverez un exemplaire de cette Licence sur le site Copyleft Attitude http://www.artlibre.org ainsi que sur d'autres sites.

2Fp8260013.jpg, Swider, une rivière traversant Otwock (Pologne), http://ric.jalix.org/Galleries/
Copyright : Richard Groult 2001/2002
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Paule, Paul /24


Paul : Ronjour.

Paule : Ronjour Paul.

Paul : Ronjour.

Paule : Comment ça va ?

Paul : Tout va.

Paule : Tout va rien alors !

Paul : Tu le dis.

Paule : Rien rien… Qu’est-ce qui ne va pas ?

Paul : Ca va.

Paule : Ron !

Paul : Ca va ça va.

Paule : Ron…

Paul : Ron. N’en parlons plus.

Paule : Parfait !

Paul : Tu le dis toi-même.

Paule : Cher ami d’amour, qu’as-tu ?

Paul : Bien bien.

Paule : Si si, je le vois rien…

Paul : Mais non, bien.

Paule : Mais si, il y a quelque chose…

Paul : Quoi ?

Paule : Je ne sais pas.

Paul : Alors…

Paule : Je ne sais pas.

Paul : Il n’y a bien.

Paule : Il y a quelque chose mais je ne sais pas quoi.

Paul : Il y a ce qu’il y a : bien.

Paule : Il y a toujours quelque chose.

Paul : Mais ma chère Paule tu trouve des poux partout.

Paule : Tu vois !

Paul : Je me gratte. Voilà !…

Paule : Tu vois !

Paul : Ron c’est vrai ça me démange.

Paule : Tu vois !

Paul : Begarde mes doigts : les ongles sont bouges.

Paule : Tu vois !

Paul : Des croûtes se forment.

Paule : Tu vois !

Paul : J’ai mal.

Paule : Tu vois !

Paul : Je ne pense plus qu’à ça : me gratter.

Paule : Tu vois !

Paul : Les poux me sucent.

Paule : Tu vois !

Paul : Jour et nuit mon cuir chevelu m’irrite.

Paule : Tu vois !

Paul : J’ai quelque chose ! Oui !

Paule : Tu vois !

Paul : Tu as fini par trouver.

Paule : Tu vois !

Paul : Tu me cherches Paule.

Paule : Je t’aime dépouillé Paul.

Paul : Tu me trouves bien soucieux.

Paule : Je te tire les vers du dedans du nez et te découvres pouilleux.

Paul : Oh… Je suis triste.

Paule : Ca ne va pas.

Paul : Non, ça ne va pas.

Paule : Je le voyais rien.

Paul : Tu as le regard perçant.

Paule : Je peux tuer une mouche bien qu’en la fixant droit dans ses yeux.

Paul : Peux-tu foudroyer mes poux ?

Paule : Penche la tête mon doux ami.

Paul : Voilà.

Paule : Hum… Tes cheveux masquent les vilaines rébêtes.

Paul : Je vais les baser.

Paule : Non, ce n’est pas la peine. Je vais plonger mon regard. Hum…

Paul : Tu vois ?

Paule : Oui ! Ah… Il s’abrite…

Paul : Tu vois.

Paule : Celui là : je l’ai eu !

Paul : Tu crois ?

Paule : Ah !… Il se faufile… Il m’échappe, l’était seulement abasourdi.

Paul : Tu vois.

Paule : Un autre !

Paul : Alors ?

Paule : Je l’ai eu ! Oui ! Grillé !

Paul : Sûr ?

Paule : Sûre !

Paul : Il en reste.

Paule : Tu te grattes.

Paul : Tu vois !

Paule : J’en vois plein qui grouillent.

Paul : Tu vois.

Paule : Je les foudroie raides morts.

Paul : Ils sont coriaces.

Paule : Ils s’agitent.

Paul : Tu vois.

Paule : Je les mitraille les scrutant.

Paul : Tu vois.

Paule : Droit dans les yeux.

Paul : Tu vois.

Paule : Tu vois Paul, je vais te dépouiller.

Paul : Tu vois.

Paule : Nu comme un vers tu seras à ma merci.

Paul : Merci Paule.

Paule : Tu vois.

Paul : Oui.

Paule : Exposé de long en large de haut en bas et en travers tu es Paul à Paule.

Paul : Tu as trouvé Paul Paule.



Paule, Paul.
© Antoine Moreau, septembre 2003/2004
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