Paule et Paul ont conversations.
Qui sait ce qui va se dire entre pôles ?

 

 


En suivant à travers les airs.

Paul : (Paule) ?...
Paule : Paul ?...
Paul : Paule : je n'irai pas pas pas droit au but : j'irais maladroit en en en ma marche.
Paule : Attention à la m... Paul !... Vois-tu ?...
Paul : Je manque quasiment tomber chaque fois que je lève la jambe.
Paule : Regarde devant toi !
Paul : Suis (face) au point aveugle.
Paule : Dame !...
Paul : Comme je te vois : mon regard n'est pas du bois dont on fait les flèches de Sébastien, le Saint archer criblé par ses hommes mêmes.
Paule : Diantre !...
Paul : Ma vision est aussi courbée que l'espace-temps l'est et les trous noirs me percent (de toute part).
Paule : En suivant à travers les airs, par la pensée,
Paul : La ligne toute droite et fictive sensée
Paule : Être décrite avec son rayon visuel,
Paul : Jusqu'au bout opposé ; la vue est arrêtée
Paule : Très loin à droite, par une longue jetée
Paul : Qui, terminant la plage, avance dans la mer ;
Paule : Elle est très exposée, il y fait beaucoup d'air ;
Paul : Une mince fumée, en partant d'un cigare,
Paule : S'éloigne avec vitesse et violence. Un phare
Paul : M'éblouit : il m'est clair que je suis vu.
Paule : Et nu et su et tout cru englouti par la bouche.
Paul : Qui dévore tout ce qui se voit.
Paule : Tu es dans la ligne de mire Paul.
Paul : Comme tout ce qui a reflet (Paule).
Paule : Tu n'es pas DANS l'action (directe). Tu es à côté (de la plaque tournée).
Paul : L'action directe n'est pas ma tasse de thé. Je suis DANS la tourneboule motrice.
Paule : Hum hum... La dialectique tu pratiques : tu affirmes, nies et in fine nies ce qui nie.
Paul : Oui Paule !... Affirmation, négation et négation de la négation. La pensée, une-fumée-d'un-feu, va par volutes, non par volontés positives. Elle se développe comme parfums fins.
Paule : Tu es loin de loucher sur ce qui brille et vouloir le flacon c'est ton tarin qui t'indique le bon chemin.
Paul : Je manque tomber quand je marche je tiens debout ainsi je vois je vais et je viens je sens que je manque tomber quand je marche mais je tiens debout ainsi et je vois et je vais et je viens et je sens que je manque tomber quand je marche et je tiens debout.
Paule : Tu ne t'étales pas au sol.
Paul : Je lève la jambe (gauche) et puis la jambe (droite) sans penser à marcher : je ne tombe pas.
Paule : Tu vois ! Tu manques tomber. Tu ne chutes pas. Tu manques tomber à chaque fois sans y parvenir là au sol chu.
Paul : Je vais d'ici à là, ah là là, c'est ici aussi là et là aussi c'est ici une fois qu'on y est là.
Paule : Hé Paul que j'aime le tour du pâté de maisons ne se fait pas directement de là à là !...
Paul : Ah là là !... Non non non... Le cheminement va en travers, la ville est maillée de rues et qui plus est sont courbes.
Paule : La voie directe va droit dans le mur.
Paul : Cul de sac (Paule) !... L'action directe ne mène pas au passage DE l'acte.
Paule : Je t'entends bien Paul : le passage À l'acte n'est pas le passage DE l'acte. N'est pas ce qui fait passage À l'action.
Paul : Oh oh !...Tu m'as bien compris : le passage À l'acte est (déjà) passé dépassé.
Paule : Mais qu'est-ce qui fait acte DE passage ? Qu'est-ce-qui-passe ? Qu'est-ce-qui-se-passe-là ?
Paul : Ce qui se passe AU passage. C'est DE passage. C'est l'ouvre DE l'oeuvre c'est l'ouvre À l'oeuvre.
Paule : Ah !... Mes trous tous mes trous. Ouverts.
Paul : À pied d'oeuvre je marche Paule à travers voies.
Paule : Je suis à tes côtés Paul.
Paul : Nous sommes présents.
Paule : Mais Paul, (dis-moi au fait), qu'est-ce qui fait action en fait ?
Paul : Bah... Tu vois... Tout ce qui n'est pas (DU EN PAR) le direct.
Paule : L'en différé est l'acte alors ?
Paul : Bah oui... C'est autour de l'action que l'acte est : avant, après, mais pas directement l'action proprement dite proprement dite elle explose : pfffuittt !...
Paule : Pfffuittt ?...
Paul : Crois-tu Paule d'amour que la ligne droite est le plus court chemin pour aller d'un point à l'autre ?
Paule : Suis-je tentée de dire oui ?...
Paul : Tu te poses la question.
Paule : Je le dis : oui.
Paul : Cours toujours. La ligne droite ma chérie, c'est le compas dans l'oeil : crevé.
Paule : Aie !...
Paul : Tu le dis borgne. L'action directe est l'action directement au trou noir. Le temps réel est réellement le temps mort.
Paule : Suis déboussolée là.
Paul : Non pas !... Sébastien se tord les yeux au ciel, c'est l'amant de ton coeur.
Paule : Ah... Paul... Je fonds, mes larmes sur mes joues, sinueuses, humidifient ma peau.
Paul : Son regard t'indique l'Aimant.
Paule : Je prends l'eau et me jette.
Paul : Tu prends acte.
Paule : Je suis agie par les vagues.
Paul : Tu ne t'agites pas.
Paule : Je flotte.
Paul : Tu baignes dans les tourbillons.
Paule : Je manque couler mais fait surface .
Paul : Il n'y a pas de droites lignes, même à l'horizon la courbe est.
Paule : Je fais la planche : mes reins sont creusés, mes seins bombés.
Paul : Où vas-tu Paule ?
Paule : Au revoir Paul.
Paul : Au revoir Paule.
Paule : Où vas-tu toi ?
Paul : Faire un tour.


« En suivant à travers les airs », un épisode de Paule et Paul écrit pour le n°47 de « Papiers Libres ».
Copyright : Antoine Moreau, novembre 2006 (avec un extrait de « La Vue » de Raymond Roussel),
« Ma peau et moi », une photographie de KRN pour « Le livre de peaux », 23 février 2005.
Copyleft : ce texte et cette photo sont libres, vous pouvez les copier, les redistribuer et les modifier selon les termes de la Licence Art Libre http://www.artlibre.org



Paule, Paul /39


Paul : Paule Paule Paule !...
Paule : Pardon ?...
Paul : Paule ! Je m'appelle Paul !...
Paule : Je le sais Paul et moi, je m'appelle Paule.
Paul : Ah ah !... Entre nous y'a l'e.
Paule : Tu ne l'as pas : l'e m'est.
Paul : Ah !... Tu t'le mets à la fin, moi suis sans.
Paule : Poul !... Sens-tu ton...
Paul : Poule ! T'as l'e.
Paule : Heu...
Paul : Heu...
Paule : Tu ne sais pas quoi.
Paul : Je ne sais pas quoi.
Paule : J'y pense là je te le dis si non je vais oublier tout de suite.
Paul : Dis Paule je t'écoute.
Paule : La technique est bonne quand elle se fait oublier.
Paul : Mais oui Paule comme l'art est bon quand il se fait oublier !
Paule : Mais oui ! Et l'économie du pareil au même : l'économie est bonne quand elle se fait oublier.
Paul : Oui, oui oui ! La vie est bonne quand elle se fait oublier.
Paule : Que le monde est bon quand il se fait oublier.
Paul : Je suis bon quand je me fait oublier.
Paule : Tu es meilleur oublié que publié à vau l'eau.
Paul : Horreur ! Je ne veux pas de pub pour ma pomme.
Paule : Je suis bien moi quand je me fait oublier.
Paul : Quelle félicité...
Paule : Je ne désire faire que me faire oublier.
Paul : Mais c'est beaucoup mieux que de se faire publier par un canard.
Paule : Je suis d'accord Paul, toi aussi, ce que tu fais tout ce que tu fais se fait oublier.
Paul : Passe ça passe.
Paule : Repasse ça peut repasser aussi sec dans le désert une oasis là l'oubli revient il est là tu t'en rappelles.
Paul : Le vent efface les traces.
Paule : L'eau désaltère.
Paul : Un moula moula pond dans un acacia.
Paule : L'oeuf là !
Paul : Tu l'as l'oeuf Paule.
Paule : L'oeuf m'est.
Paul : Ah !... Tu t'l'oeuf mais moi suis sans.
Paule : Poul !... Sens-tu ton...
Paul : Poule !
Paule : Houlà !...
Paul : Houlà !...
Paule : Essuie la poussière et poursuis ton chemin
Paul : Avec toi douce amie.
Paule : Si ça te chante.
Paul : Sifflons sans en avoir l'air.
Paule : Le vent est vaste.
Paul : Nous sommes en l'aire.
Paule : Ma main comme le temps, prends.
Paul : L'eau est là sous le sable.
Paule : Qui coule de source.
Paul : N'as-tu pas faim ?
Paule : Me ferais bien un e au plat.
Paul : Un e à la coque moi.
Paule : Oui !... Avec des mouillettes !...
Paul : Ah !... J'en salive...
Paule : Mettons nous à l'ombre dans un bar quelque part par là.
Paul : Oui oui !...
Paule : Je n'ai plus souvenir de ce qui nous a amené jusqu'ici.
Paul : Un galliforme ?
Paule : Un traquet à tête blanche ?
Paul : Gallus gallus ?
Paule : Oenanthe leucopyga ?
Paul : Heu...
Paule : Heu...
Paul : J'ai oublié Paule.
Paule : Je ne t'oublie pas.
Paul : Tu t'appelles bien Paule ?
Paule : Oui Paul.
Paul : Ah !... Voilà l'oeuf à la coque ma cocotte !...
Paule : Mazette !...
Paul : Coupe le côté le plus pointu et enlève la coquille illico le chapeau hop !
Paule : Le coq est mort le coq est mort !...
Paul : il ne dira plus
Paule : cocodi
Paul : cocoda
Paule : il ne dira plus
Paul : cocodi
Paule : cocoda
Paul : cococodi
Paule : cocodi
Paul : cocoda...
Paule : ...
Paul : ...
Paule : Hum... C'est bon...
Paul : Un peu de sel ?
Paule : Oui, merci. Un peu de poivre ?
Paul : Oui, merci.
Paule : Il en faut peu pour être heureux.
Paul : Vraiment très peu pour être heureux.
Paule : Il faut se satisfaire du nécessaire.
Paul : Un peu d'eau fraîche et de verdure.
Paule : Un oeuf !
Paul : À la coque !...
Paule : À la tienne Étienne !...
Paul : Paule... Je m'appelle Paul.
Paule : Je le sais Paul et moi, je m'appelle Paule.
Paul : Ah ah !... Entre nous y'a l'e.
Paule : Tu ne l'as pas : l'e m'est.
Paul : Ah !... Tu t'le mets à la fin, moi suis sans.
Paule : Poul !... Sens-tu ton...
Paul : Poule ! T'as l'e.
Paule : Heu...
Paul : Heu...
Paule : Allez, trempe ta mouillette et régale toi Paul.
Paul : Marie trempe ton pain Marie trempe ton pain Marie trempe ton pain dans la sauce, Marie trempe ton pain Marie trempe ton pain Marie trempe ton pain dans le vin.
Paule : Nous irons dimanche à la maison blanche,
Paul : Toi en nankin,
Paule : Moi en bazin.
Paul & Paule : Tous les deux en escarpins
Paule : Paul, je m'appelle Paule.
Paul : Entre nous y'a comme une coquille.
Paule : Non pas !... C'est l'e qui m'est à la fin.
Paul : Moi suis sans.
Paule & Paul : Allons !... Dégustons nos oeufs à la coq !...


Un épisode de Paule et Paul (n° 39)
Copyright : Antoine Moreau, novembre 2006.
Copyleft : ce texte est libre, vous pouvez le copier, le redistribuer et le modifier selon les termes de la Licence Art Libre http://www.artlibre.org



Taupe niveau.

Paul : 'jour Paule...
Paule : 'jour Paul...
Paul : La nuit, même noire, est claire.
Paule : Nous y voyons mieux qu'en plein jour.
Paul : Pour sûr !... La journée hallucine la rétine.
Paule : Sous le soleil nous suons.
Paul : Nous vivons mieux dans le noir.
Paule : C'est clair comme on dit de l'eau de roche.
Paul : Les étoiles, ma foi, ne sont pas là pour peau de balle.
Paule : Oh non... Elles luisent et... et... éclairent.
Paul : Mais oui !... Nous y voyons mieux qu'en plein jour !
Paule : Nous y voyons moins loin, nous y voyons mieux près.
Paul : La nuit m'est claire.
Paule : Ah Paul !... Peau contre peau nous partageons l'épiderme à l'abri des regards.
Paul : Pour vivre heureux vivons la nuit.
Paule : Cachés sous la lune, sans soleil nous respirons d'aise.
Paul : Nous n'avons rien à montrer, rien à prouver, nous sommes là à portée de peau l'un l'autre.
Paule : De l'ombre nous sommes. Ce qui se montre par l'ombre n'est pas monstrueux.
Paul : C'est frais c'est vrai.
Paule : Ah !... Nous découvrons ensemble la chose tapie qui veille.
Paul : Elle est là entre nous se dit y'Ha ivfvoyr, y'Ha pbaah, y'Ha fécnenoyr.
Paule : Comme Une Taupe Là... Sous Terre. La Chose. Comme Trésor.
Paul : Ha iragre, yà, l'à fbhssyr, av har av qrhk : Ha, c'est tout et ça valse à trois temps!...
Paule : Je vois que tu vois. La nuit y invite mieux qu'aucun jours, n'est-ce pas ?...
Paul : La chose est grise, sans m'étourdir elle m'élève aux couleurs.
Paule : Elle n'est pas sombre, elle n'est pas lumineuse, elle se fond avec le sol.
Paul : Dessous !... Dessous le sol. C'est taupe niveau chère amie !...
Paule : Taupe là !...
Paul : Il n'y a rien d'autre à voir que le noir profond, s'y frayer un chemin entre éclairs c'est suivre son chemin.
Paule : Avoir l'oeil est-ce cela : y voir dans le noir ?
Paul : Oui ma chère amie l'obscur est frais et vrai il n'effraie que les chats huant qui de peur pissent d'y voir.
Paule : Ce n'est pas tant que nous avançons masqués mais plutôt que nous sommes nous mêmes masques n'est-ce pas ?...
Paul : Tu vois !
Paule : Et que nous poursuivons notre chemin à la bonne étoile. Sans histoire.
Paul : Oui. Gardons-nous de l'éclairage de celle-là, l'étoile déchue, je veux dire le Soleil-Satan.
Paule : Ah !... L'astre qui brûle la rétine si tu le regardes en face.
Paul : Tu sais Paule, depuis que le monde a basculé dans l'obscène, les feux de la rampe nous grillent les poils.
Paule : La transparence nous glace, des yeux partout, même dans le sang.
Paul : Observés nous ne sommes pas vus.
Paule : Dans l'obscène, nous ne sommes pas en scène.
Paul : Nous sommes joués, nous ne jouons pas.
Paule : Ah !... Que viennent les vers de terre !...
Paul : Qu'ils aèrent le sol en gruyère !...
Paule : Il y poussera des chardons marie, des bleuets des champs et des coquelicots. Des sureaux, des buddleias, des mimosas d'hiver aussi.
Paul : Et pas d'histoire ! Nous n'en ferons pas un jardin, c'est le jardin qui nous fera.
Paule : Un serpent sèche au soleil, une taupe se terre à l'abri de l'Oeil.
Paul : Oh !... Mais nous y sommes Paule, la nuit je suis tout ouï à toi.
Paule : Je suis là posée et tu ne prends pas la pose.
Paul : ...
Paule : Hé !... Nous ne sommes plus sous surveillance !...
Paul : Non chère Paule : nous veillons.
Paule : Le jour comme la nuit s'enlacent.
Paul : Nous n'avons rien à faire d'autre que de ne pas nous en faire.
Paule : Ah !... Et tout se fait sans que nous en soyons les auteurs.
Paul : C'est taupe niveau.
Paule : Tu le dis Paul : taupe là.
Paul : Les affaires vont reprendre, c'est l'heure d'aller se reposer.
Paule : À bientôt Paul.
Paul : À bientôt Paule.


« Taupe niveau », un épisode de Paule et Paul écrit pour le n°46 de Papiers Libres.
Copyright : Antoine Moreau, septembre 2006
Photographie : http://adamproject.net/images/10134.jpg
Copyright : Caroline Diaz, 31/12/2003.
Copyleft : ce texte et cette photo sont libres, vous pouvez les copier, les redistribuer et les modifier selon les termes de la Licence Art Libre http://www.artlibre.org



Monstre !



Paule : Paul, monstre-toi tel que tu es.
Paul : Paule, monstre-moi que ta face est ta face.
Paule : Monstre-moi la fleur de tes nerfs.
Paul : Monstre ta cervelle.
Paule : Paul, monstre-moi monstre-toi !
Paul : Paule, monstre-moi toi !
Paule : Monstre-toi tel quel tel que tu es !
Paul : Monstre-toi de la tête aux pieds telle que tu tues !
Paule : Paul ! Monstre !
Paul : Paule ! Monstre !
Paule : Monstre ! Dévore ! Moi !
Paul : Monstre-moi ta face en face.
Paule : Paul, je vais te monstrer la vérité te la sortir des yeux nom de d'yeux !
Paul : Paule, je vais te monstrer l'iris, la cornée, le cristallin, la rétine, pupille que tu es de la vision !
Paule : Mon amour, ma démonstration va te crever les yeux.
Paul : Chère, très chère Paule, je vais là t'envoyer sur orbite va te faire voir.
Paule : Ah ! Paul !...
Paul : Ah ! Paule !...
Paule : Des monstres nous...
Paul : Sommes sommés d'exposer nos vues.
Paule : Nous nous exposons, nous nous dévoyons.
Paul : Pa ule, aveu gle ment vrai ment.
Paule : Paul, rêve moi les yeux !
Paul : Regarde Paule et vois !
Paule : Je vois là !
Paul : ...
Paule : Regarde Paul et vois !
Paul : Je vois là !
Paule : ...
Paul : Dans l'obscur vu nous nous dirigeons clairement.
Paule : Le visible ment : l'obscur aimant est notre orient.
Paul : Mon amour est ma foi qui m'aveugle aimant qui vers toi pointe.
Paule : Oh Paul... Touchés mes yeux de joie pleurent et brouillée ma vue est.
Paul : Paule, un mourir éclaire mon visage.
Paule : Mon visage luminé resplendit de toi de joie.
Paul : Sommes nous à l'intérieur là où il n'y a aucun éclairage ?...
Paule : Sens je de toi la présence.
Paul : Présent toi je là sens.
Paule : Paul !
Paul : Paule !
Paule : ...
Paul : Où sommes-nous ?
Paule : Nous Y sommes.
Paul : L'inconnu Y est ?
Paule : X .
Paul : Le dévoilement est à l'arrachée des paires d'YeuX ?
Paule : Visiblement.
Paul : Buto !
Paule : Danse mon ami !
Paul : Tout mon saoul !
Paule : Fi des trajets qui, de A jusqu'à Z, vont sans passer par BCDEFGHIJKLMNOPQRSTUVWXY !... Saute ! En ! L'air !
Paul : Foin des routes qui mènent pAr le bout du neZ sans fleurer l'alphabet !
Paule : Ce qui encombre c'est la poutre, le bâton et la paille !
Paul : En plein dans l'oeil mon amie !
Paule : Bon pied bon oeil bon pied bon oeil bon pied bon oeil.
Paul : Je danse et tourne !
Paule : Tu virevoltes !
Paul : Je m'élève comme gaz en l'air !
Paule : Je ne te vois que peu.
Paul : Suis souffle !
Paule : Tu m'en bouches un coin je ne te vois plus.
Paul : Hop hop hop !...
Paule : Ah !... Suis décoiffée...
Paul : Monstre-moi...
Paule : Vois là : mes cheveux en tout sens.
Paul : De la racine à la pointe c'est tout méli-mélo...
Paule : Prête-moi tes cils pour démêler.
Paul : Prends dans le sens du voile.
Paule : Merci mon ami je vois le sens.
Paul : Ce n'est pas compliqué : suffit d'ouvrir l'oeil.
Paule : Oui mais le bon.
Paul : Et de déambuler.
Paule : Le nez au vent.
Paul : Voilà voir, c'est simple.
Paule : Au revoir Paul.
Paul : Au revoir Paule.


Antoine Moreau, « Monstre ! », juin 2006, un épisode de Paule et Paul pour Papiers Libres n°45.
Photographie 761.jpg, 02/02/2002, réalisée pour Adamproject.
Copyleft : ce texte et cette photo sont libres, vous pouvez les copier, les redistribuer et les modifier selon les termes de la Licence Art Libre http://www.artlibre.org

 

Parution de Passages, un épisode de Paule et Paul (Monstre !) contenu dans la sculpture confiée n°570

et réécrit par Sophie Gosselin & David gé Bartoli et Esther Salmona & Guillaume Fayard

dans le n°8 de la revue Laura.

 


Paule, Paul /36


Paul : Bonjour Paule.
Paule : Bonjour Paul.
Paul : Paule, je sais ta vision large et pointue. Que vois-tu, que sens-tu du jourd'hui ?
Paule : Ma vue large est vague, mon nez pointé est encombré. L'air est lourd chargé de plomb tel que le dire est de trop. Ce n'est pas le jour Paul du large et du pointud'hui.
Paul : Je voulais simplement ma chérie te l'entendre dire aujourd'hui. La pesanteur de l'actuel fait la peau lasse du présentd'hui.
Paule : Tu apprends les nouvelles : c'est un bombardement dans l'esprit, la cervelle est le lieu des luttes intestinesd'hui.
Paul : Mon jour est ce monde. Mon actualité est celle de ce monded'hui. Comment veux-tu que je retrouve dans la fouled'hui ce qui me touche de près ?
Paule : Tu t'y perds du nord jusqu'au sud mon cher ami aimant.
Paul : Les nouvelles d'actualitéd'hui sont ma nuit toujours, elles assombrissent mon jour.
Paule : Ferme la radio, la télé, l'internet, le journal et lis Saint Paul !
Paul : Ah ! Tu veux rire !...
Paule : D'hui !...
Paul : Ah ah ah !...
Paule : Ah ah ah ah ah ah !
Paul : Oh oh !...
Paule : Oh oh oh oh !...
Paul : Vlà... Même si tu fermes les robinets à nouvelles le monde coule dans son actualité mondiale l'est actualisé mondialement le monde en flux continus, sur pilotis qu'il est, une pirogue que c'est même, amphibie comme grenouille qu'il est, la surface de la terre est pleine de vagues et tu es bien en peine de nager, la brasse coulée te pend au nez.
Paule : C'est le déluge qui fait l'horizon une mer déchaînée, suis flottante au gré des pluies nouvelles.
Paul : Il ne cesse de pleuvoir Paule. Notre barque (au sec ! ) est une peau qui sue. L'actualité prend le dessus. Notre histoire prend l'eaud'hui. Les flots des infos emportent tout le sec sur le passage. Les flots font l'histoire au monde. Les maîtres-nageurs de l'eaud'hui sont au plongeoir, font figures et se jettent, plouf, dans le bassin, barbotent et sortent fiers d'allure, tu parles, la goutte au nase.
Paule : Tu rames.
Paul : Je ne me marre pas. Le jauned'hui est un canard jeune qui fait coin-coin à la queue leu-leu derrière la cane.
Paule : Quel temps fait-il ?
Paul : Je suis, Paule, embarqué dans une histoire qu'est pas mienne, qui m'embarque mes proches avec, qu'est pas nôtre, Paule, elle est, cette histoire, lointaine et incrustée. Les nouvelles toujours de l'actud'hui tuent tout le temps. Tout le temps, tout le temps possible. Elle arrache l'actud'hui et coupe sans cesse sous les pieds l'herbe du sol. Mon corps défendant sa peau pelée à mon squelette, ton corps aussi sec et notre corps aussi dame ouid'hui ! y reste que les os pour rire. Dansons !
Paule : Le martellement des gouttes d'eau se fait grondant. Il rappelle à l'ordred'hui du déluged'hui des faits qui font l'actud'hui, la tienned'hui, la mienned'hui, la nôtred'hui, la à tout l'monded'hui là.
Paul : Habitons-nous les fonds marins ?
Paule : D'hui.
Paul : La terre c'est d'laboued'hui. Il pleut sans cesser. L'embarcation est trempée nos peaux suent.
Paule : Au fond sous l'eaud'hui, une aire d'air que sais-je ? Peut-être...
Paul : Tu rêves tu n'échappes pas à l'info qui tombe : tu la bois.
Paule : J'ai soif de vin, il ne tombe pas, les vignes pourrissent mon cher d'eaud'hui.
Paul : Je ne suis pas d'eaud'hui, je suis horsd'hui comme tout le monde !
Paule : Tout le monde est pris et épris d'hui c'est réel c'est réellement devenu.
Paul : Ah... Tout le monde est pourtant réellement horsd'hui.
Paule : ...
Paul : Le présent fuit. L'actu des fuites fait la présenced'hui.
Paule : Une nuit.
Paul : Oui, nuit, l'esprit prit à part de ce qui luit, du jour à tout temps des quatre saisons, du caupxkduxyk, de la dimension quatre, du cube au coeur.
Paule : Et de la valse à trois temps, de la jvqkqjy, de la triple ardeur.
Paul : Une mesure à-quatre-à-trois-temps la musique est présent làd'hui.
Paule : Tu ne peux mieux dire ! Ouïsse qui a des oreilles ouvertes.
Paul : L'pavillond'hui est bouché ! Chacun l'ouvre la bouche.
Paule : C'est l'actualité des bouches qui bavent à l'envi d'expressions pressées sous pressions.
Paul : L'orage et les éclairs tombent droit dedans la portugaise, son tympan est atteint.
Paule : Qu'est-ce que tu dis ?
Paul : Je dis quelque chose ?
Paule : Je croyais.
Paul : Il pleut des cordes et nous sommes à flux.
Paule : La tasse Paul ! Attention à la tasse !
Paul : Pfff... Pfff... Je brasse... Pfff... Pfff... Nage en plein cirage. Brasse...
Paule : Embrasse moi Paul. Là, quitte la semoule là. Sur les flots flotte.
Paul : Ah !... J'y suis Paule, Présentement là. Ouid'hui !
Paule : Ouid'hui !
Paul : Ah ah !...
Paule : Ah ah !...
Paul : Je vole !
Paule : Il y en a des poissons qui le font.
Paul : Mais oui, tu vois ?
Paule : Oui oui, je vois tu voles.
Paul : Tu voles aussi !
Paule : Mais oui ! Qu'est-ce que tu crois ?
Paul : Nous volons dans la pluie battante !...
Paule : Allons là-bas.
Paul : Allons qu'importe où tout est eau.
Paule : Mais ! Nous flottons entre eau et eau.
Paul : Entre mer et ciel. Nulle terre à l'horizon.
Paul : Allons !
Paule : Allons-y.

Paule, Paul /36
Copyright : Antoine Moreau, juillet 2006.
Copyleft : ce texte est libre, vous pouvez le copier, le redistribuer et le modifier selon les termes de la Licence Art Libre.




Paule, Paul /35

Paule : Paul bonjour c'est toujours pareil toujours la même chose.
Paul : Mais quoi Paule ?
Paule : Tu le sais bien tu n'es pas innocent.
Paul : Bonjour Paule mais non je ne sais pas.
Paule : Du temps !
Paul : Du temps ?
Paule : Le temps passe tout le temps toujours il passe tout le temps toujours.
Paul : Quel temps fait-il ?
Paule : Ni beau ni mauvais ni chaud ni froid.
Paul : Paule ?
Paule: Je suis par le temps prise Paul. Le temps me prend tout le temps toujours.
Paul : Prends le temps mon amie chère.
Paule : Paul...
Paul : Pourquoi n'as-tu pas le temps ?
Paule : Mais parce que le temps ne m'en laisse pas le...
Paul : Passons.
Paule : Attends Paul ton temps n'est pas le mien mon temps n'est pas le tien nous n'avons pas le temps commun.
Paul : Nous ne sommes pas là ensemble ?
Paule : Nous sommes là mais pas en même temps.
Paul : Mais Paule, nous sommes là et au moment même.
Paule : Ah ah ah !... (Tu vas me faire mourir de rire). Nous ne sommes ni là ni en même temps.
Paul : Mais !... Nous sommes. Bien là. Tous. Les deux en ce moment non ?
Paule : Nous sommes à côté. Si nous étions là en même temps nous serions la même personne Paul. Paul ?
Paul : Mais !... Nous partageons un temps commun comme je te parle !...
Paule : Non non non... Le temps commun est l'absence du temps même. C'est la fin des temps et tu sais, cher ami aimé quand ce moment commun se réalise...
Paul : Oh... Paule d'amour oui je le sais quand nous sommes ravis l'un l'autre et que s'accomplit notre temps tambour battant au coeur de nos corps assemblés.
Paule : Hé hé... Nos esprits se rencontrent encore avec toujours autant de feu enfin.
Paul : Mais à quoi passes-tu ton temps d'ordinaire toi Paule ?
Paule : Je suis passée par le temps qui passe Paul sur moi.
Paul : Au temps pour moi, je n'avais pas saisi...
Paule : Mais que comprends-tu Paul ?
Paul : Rien du temps.
Paule : Tu ne risques pas d'être passé par les événements.
Paul : Je m'en passe très bien tu sais.
Paule : Tu ne temps fait pas.
Paul : Les événements ont sur moi prise et je les lâche à leur.
Paule : Leur ?
Paul : Leurre.
Paule : Qu'est-ce qui existe à l'heure ?
Paul : Ma chérie ! La fin des temps !
Paule : Mais en attendant ?
Paul : L'attente !
Paule : Mais encore ?
Paule : L'attente encore !
Paul : Mais Paule, que faire pendant tout ce temps ?
Paule : Ce n'est pas ça qui manque, de quoi faire.
Paul : De quoi ?
Paule : De quoi s'en faire.
Paul : A faire des affaires !
Paule : Affaires-toi et cause toujours mon doux agneau.
Paul : Faut bien faire quelque chose !
Paule : Mais faire qu'est-ce ?
Paul : Ah !...
Paule : Tu ne le sais pas.
Paul : Si fait !
Paule : Non tu ne sais pas ce que c'est que faire tu ne sais pas ce que tu fais car faire est un mystère.
Paul : Je ne m'en fais pas pour ça tu sais.
Paule : Non je ne sais pas, je ne sais pas ce que tu, ce que tu fais, ce que tu as fait ce que tu veux faire ce que tu vas faire je ne sais pas.
Paul : J'ai suivi mon bonhomme de chemin jusqu'à présent, l'ai poursuivi pour me tenir droit debout j'ai fait un bout de chemin.
Paule : Sauf les culs de jatte tout le monde marche.
Paul : Même ma montre.
Paule : Qu'est-ce que tu fais ?
Paul : Je regarde l'heure.
Paule : Il est l'heure ?
Paul : Oui, de nous quitter chère Paule d'apocalypse.
Paule : Pour toi tu sais je me dévoile.
Paul : Retrouvons-nous nus alors tout à l'heure.
Paule : Illico !
Paul : In manus tuas...
Paule : In naturalibus
Paul : In pace.
Paule : In pette.
Paul : In rerum natura.
Paule : In secula seculorum.
Paul : Intus et in cute.
Paule : Ipso facto.
Paul : Ibi deficit orbis



Que dis-t(ro)u ?

Paule : Paul, écoute moi.
Paul : J'entends Paule.
Paule : Nous discutons nous discutons mais !... Parler : t(ro)u parles !...
Paul : Par les temps qui courent parler c'est comme pour ne rien dire pour ainsi dire que dalle.
Paule : Mais !... Paul !... Non... Mais... Que dis-t(ro)u ?...
Paul : Je dis chère et aimée Paule que parler c'est comme qui dirait ______ dans un __________.
Paule : Ah !... Mon |)!3|_| !... Quelle parole tiens-t(ro)u là ?...
Paul : Contrebasse même. N'entends-t(ro)u pas les flots qui coulent à la fosse des dits et des écrits même ? Car écrire c'est tout comme. Écrire c'est raide dru que ça tombe vois-t(ro)u et que lettre morte ça reste à la mer dans sa bouteille qui flotte.
Paule : Paul, prête moi l'oreille....
Paul : Ne me tire pas les vers du nez.
Paule : Oh oh... Ça ne vient pas tout seul, ça ne coule pas de source ça, les asticots frétillants.
Paul : Ah !... Mais alors quoi faut-il au juste pour les voir jouer du pipeau les lombrics ?
Paule : Du violon Paul...
Paul : Ce que t(ro)u veux, de la guimbarde même.
Paule : Même un orchestre entier à faire trembler le plancher et décoller les corps.
Paul : D'accord... Alors ? Faut quoi ?
Paule : Un je ne sais quoi, t(ro)u sais...
Paul : Je ne sais pas, je ne vois pas.
Paule : Ce petit quelque chose qui.
Paul : Qui quoi ?
Paule : Qui relève qui révèle.
Paul : Le petit détail qui ?
Paule : Qui fait toute la.
Paul : Le piquant de la chose ?
Paule : Ce qui met du sel dans.
Paul : Ainsi l'oreille s'ouvre.
Paule : Les nez sentent.
Paul : Mais comment |)!4|>13 ?
Paule : Force le trait Paul, vas-y et même retire toi d'un retrait : laisse venir. Fais confiance à la loi de l'attraction.
Paul : La forme qui tourne et tourne et retourne !
Paule : La voilà qui pointe !
Paul : Elle me renverse même moi je suis hors de moi les vers fourmillent.
Paule : Ils sont excités par le piment de la chose point(ro)ue qui.
Paul : Ah !... Ça pique!... Ça pourrait crever l'oeil...
Paule : Ça oui...
Paul : Je t'entends bien Paule, je vois bien ce que t(ro)u.
Paule : T(ro)u entends ?
Paul : Il pleut. Les escargots glissent sur les peaux.
Paule : Sur mes épaules j'en ai plein !
Paul : Moi aussi !...
Paule : Des loches sous les aisselles !
Paul : Des bigorneaux entre les doigts !
Paule : T(ro)u exagères...
Paul : Bien sûr, sinon l'averse : bernique !
Paule : Chapeau point(ro)u et parasol.
Paul : La source t(ro)ue le désert.
Paule : L'image est parlante.
Paul : T(ro)u vois.
Paule : J'entends j'entends.
Paul : C'est toi qui vois.
Paule : J'entends bien mais.
Paul : T(ro)u sens la mer, elle cocotte.
Paule : C'est vrai, elle fleure fort le large.
Paul : Les vagues brassent le vent.
Paule : Tsunamis à gogo plage mon ami !
Paul : Oh oh ! Les touristes prennent des risques !...
Paule : T(ro)u parles qu'ils aillent se faire voir.
Paul : La vraie vie n'est pas ailleurs elle est absente.
Paule : L'oeil du cyclone, t(ro)u là là y t(ro)ue.
Paul : La source est creuse.
Paule : T(ro)u creuses la source.
Paul : Paule !
Paule : Paul ?
Paul : Que saisies-t(ro)u ?
Paule : Les petits détaillent qui me t(ro)uent.
Paul : (ro)
Paule : Que dis-t(ro)u ?
Paul : (ro)



Copyright Antoine Moreau « Que dis-t(ro)u ? », un épisode de « Paule et Paul » écrit pour le n° 44 de Papiers Libre.
Photographie 8937.jpg Philippe de Jonckheere, 22/04/2003, http://www.adamproject.net/images/8937.jpg
Copyleft : ce texte et cette photographie sont libres, vous pouvez les copier, les redistribuer et les modifier selon les termes de la Licence Art Libre.
Vous trouverez un exemplaire de cette Licence sur le site Copyleft Attitude http://www.artlibre.org ainsi que sur d'autres sites.

Paule, Paul /33


Paul :
Paule :
Paul : ...
Paule : ...
Paul : ?...
Paule : !...
Paul : a.
Paule : e.
Paul : i.
Paule : o.
Paul : u.
Paule : aeiou.
Paul : uoiea.
Paule : z.
Paul : 0
Paule : 1
Paul : 2
Paule : 3
Paul : 4
Paule : 5
Paul : 6
Paule : 7
Paul : 8
Paule : 9
Paul : Comme les habits de l'empereur.
Paule : Qui est nu.
Paul : L'un est toujours nu, non ?
Paule : Mais oui ! Et pas que la nuit.
Paul : Les habits de vérité sont ceux qui mettent à nu. Ils montrent la peau.
Paule : Le vêtement dénude, les habits nudent.
Paul : Paule d'amour tu me troues !...
Paule : Paul d'amour tu là là itou !...
Paul : Ah !
Paule : Hé !
Paul : A nous deux nous habitons les nues, non ?
Paule : Mais oui ! Et pas que là-haut.
Paul : Non non, là-bas aussi.
Paule : Ah ah !...
Paul : Hé hé !...
Paule : Et en travers !...
Paul : Et à l'envers !...
Paule : Un.
Paul : Nu.
Paule : Qui défile la bite à l'air de rien il suit le fil blanc cousu de mains de maîtres..
Paul : Il est le plus beau le plus intelligent, oui oui.
Paule : Ah ! Les artistes font illusion ! Tu as lu le conte ! Ah ah ah !...
Paul : Oui ! Des trous du derrière qui trouent là là itou la culture du vêtement jusqu'à la dentelle la plus fine fine fine... Ah ah ah !...
Paule : C'est qu'ils habitent à Toto !...
Paul : Tu le dis.
Paule : Toto fait la fête.
Paul : Se paie la tête.
Paule : 0+0
Paul: =
Paule : La fesse à Fofo !
Paul : À fleur de peau (les poils) sous le vêtement nous sommes.
Paule : M'enfin ! Mes mots m'habillent.
Paul : Parole de vérité...
Paule : Mes mots m'enveloppent.
Paul : Et qu'y a-t-il dedans l'enveloppe chère Paule ?
Paule : Mais une lettre !
Paul : Ah bon ?...
Paule : Mais oui !
Paul : Que dit-elle ?
Paule : Tu ne sais pas lire !
Paul : Mais si !
Paule : Mais non !
Paul : La lettre, qu'est-ce qu'elle dit ?
Paule : Elle dit : tu ne sais pas lire !
Paul : ...
Paule : Tu lis au pied de la lettre comme on est au pied du mur : exécuté.
Paul : Mais je lis très bien ce qui est écrit.
Paule : Pardon ?
Paul : Je lis, je sais lire, je lis.
Paule : Tu ne lis pas entre les lignes, tu ne vois pas sous le vêtement.
Paul : Mais Paule !... Si je te voyais nue je serais sur toi comme bure sur moine !
Paule : Entrevois moi, suis voilée : plis et creux.
Paul : Cousue d'os et de nerfs tu es c'est visible.
Paule : Selon toi un livre c'est du papier.
Paul : C'est quoi selon toi ?
Paule : Et toi ?
Paul : Tu m'embrouilles Paule.
Paule : Débrouilles toi mon ami avec ça.
Paul : Je lis dans tes yeux...
Paule : Ah ! Quand même !...
Paul : De l'inouï.
Paule : J'entends bien ce que tu dis ami cher.
Paul : Tes yeux Paule !
Paule : Je vois.
Paul : Paule !
Paule : Oui Paul.
Paul : Paule ?
Paule : Paul ?
Paul : p...
Paule : ...
Paul : Tu m'habilles !
Paule : Tu vois !
Paul : Je suis, par ton regard, nudé.
Paule : C'est dans mon coeur que tu trônes.
Paul : Mais je suis cul par dessus tête.
Paule : Et moi donc !...
Paul : Ainsi roule.
Paule : Haut !
Paul : Bas !
Paule : Long !
Paul : Large !
Paule : Travers !
Paul : Envers !
Paule : Ah ah ah !... Paul !
Paul : Ah ah ah !... Paule !

Paule, Paul /32

Paul : D'un trait Paule je fonce à tombeau ouvert à Zm9uZA==.
Paule : Sans te retourner, tu n'es pas couvert ta tête est nue.
Paul : eJ ne sais rien de ce qui va venir je ne sais rien de ce qui est venu.
Paule : Fonce et sombre mon ami, enfonce toi dans le profond 204 216 215 202.
Paul : 06EN Paule : Tu es perdu dans ton sillon.
Paul : Je trouve la vitesse qui me dépasse.
Paule : 7|_| fonces tête baissée.
Paul : Mon front se cogne à la .-. .- .-.. .. - dure et durable.
Paule : Tu as la bosse de la boxe.
Paul : Mes mains touchent.
Paule : Tu as le bras qui s'allonge.
Paul : Mes jambes à mon cou.
Paule : Pfmmmmfmfpmf ! Comme tu y vas !...
Paul : J'y vais droit dedans, je ne tombe pas, j'y suis à pied joint dans le - --- -- -... . .- ..- .
Paule : Il 01100101 01110011 01110100 vaste.
Paul : C'est le monde.
Paule : Tu le cours.
Paul : En tout sens dans mon sillon creusé sous terre.
Paule : Gruyère qu'est le sous-sol, dentelle le sol.
Paul : Des galeries s'entrecroisent et les 160 154 141 146 157 156 144 163 s'effondrent parfois.
Paule : Mais c'est encore trop, port réfléchi.
Paul : Je vais vite mais je vois encore le paysage.
Paule : Tu ne vas pas assez vite, ton tombeau est trop beau 112 111 117 114 être...
Paul : Vrai ce que tu me dis au creux de l'oreille Paule !... Je vais 65 6e 63 6f 72 65 à une vitesse de croisière.
Paule : Cours à en tomber !
Paul : Je tombe Paule la tête la première je fonce droit 34 31 3e 3j la tombe là.
Paule : Tu passes le mur, tu franchis le cap, tu...
Paul : Je ne te vois plus tu es loin je ne vois plus rien.
Paule : Je viens !
Paul :
Paule : Je te rattrape pfff pffff fonce moi aussi ventre à terre les cheveux dans le vent je renverse tout sur mon passage et je te vois tnanetniam je te fhvf je te rattrape luaP.
Paul : Paule ! Je te vois qui court.
Paule : Nous 86QL;VYS faire le tour.
Paul : Tout autour il y a encore des pffémpfpmfmppfpfmffppfpppfmm qui m'assaillent.
Paule : Pense, le vide se fera, ta tête un gbzornh sera avide d'ouvrir.
Paul : Oui ! Paule ! 01001111 01110101 01101001 !
Paule : Ne 01110010 11101001 01100110 01101100 11101001 01100011 01101000 01101001 01110011 01110011 01101111 01101110 01110011 plus à rien du dG91dA==, crafbaf et qécrafbaf à qui mieux mieux mon ami doux.
Paul : La fatigue m'élève je flotte.
Paule : Tu es ivre.
Paul : Il pleut ,|3 suis trempé.
Paule : Tu es en sueur.
Paul : Toi aussi tu sues.
Paule : Je 54!5.
Paul : Où allons-nous ?
Paule : Nulle part nous fonçons tête baissée à fond le 143 141 151 163 163 157 156.
Paul : Tournons-nous en 72 6f 6e 64 ?
Paule : Nous ne faisons que e7 61.
Paul : Ca va finir ?
Paule : Le 74 6f 6d 62 65 61 75 se refermera.
Paul : Nous aurons franchi la limite.
Paule : C'est possible.
Paul : Allons allons !... Allons-y allons-y !...
Paule : Nous y sommes 01110000 01110010 01100101 01110011 01110001 01110101 01100101. Tu n'es pas crevé ?
Paul : 4VD Paule, je ne sens plus ni mes jambes ni ma tête ni mes bras ni mon torse ni rien du tout et toi ?
Paule : Moi non plus je ne sens plus rien du tuot je .
Paul : Tu n'as pas regardé en erèirra ?
Paule : Non.
Paul : Moi non plus.
Paule : Il n'y a rien qui reste.
Paul : Je m'écroule 5|_|!5 sans souffle.
Paule : Je tombe 5|_|!5 sans souffle.
Paul : Aaaaahh...
Paule : Aaaaahh...
Paul :
Paule :
Paul : Nous avons fait le tour ?
Paule : Quelle question !...
Paul : On nous aura joué un tour, oui !...
Paule : Quoi ? Tu ne le c2F2YWlz pas ?
Paul : Si si... Je le supputais...
Paule : C'est refermé ?
Paul : Je ne sais pas.
Paule : Quel étrange ... .. - ..- .- - .. --- -. .
Paul : --.- ..- .. ça regarde ?
Paule: Nous.
Paul : Suis-je encore =FEV86YT ?
Paule : Suis-je encore =FEV86YT90 ?
Paul : Il n'y a pfmmpppfffmmppfppppppmpp.
Paule: Qu'est-ce qui se voit ?
Paul : Je perçois.
Paule : Tu as tuot perdu tuot.
Paul : La dmll même.
Paule : 70|\/||>34|_| ouvert.
Paul : Se referme après sa course.
Paule : TeptZQ== l'écrin est fêlé parcouru de failles béantes crevasses.
Paul : Il n'y a rien d'écrit : 63 27 65 73 74 des cendres le sable les pierres le rocher la montagne.
Paule : Je n'ai pfmpmffmffmm.
Paul : Plus de temps et se passe ce qui.
Paule : Qui écrit ?
Paul : Ah ah !... Un |\/|0|27 même.
Paule : Il le faut 01110000 01101111 01110101 01110010 écrire dans la poussière.
Paul : Qu'avons nous 102 117 105 116 ?
Paule : 52 69 65 6e justement : rien.
Paul : Nous voilà enfin dans <75E;'%U90 chose, ah !... quelque 8VAO Paule : Tu le dis.
Paul : Je 9&5V Paule : Me too.
Paul : .--. --- ..- .-. --.- ..- --- .. parlons-nous ?
Paule : Pppppffmffmm atterrissons ami.
Paul : Pmmmpp souffle.
Paule : Ppmppfppp dernier.

Paule, Paul /31


Paule : Paul !
Paul : Paule !
Paule : Savons nous ce qui va se passer entre nous ?
Paul : Il faut de l'espace pour.
Paule : Entre il y a du jeu entre, je me meus.
Paul : Je me meus aussi.
Paule : Nous nous...
Paul : Meuh !...
Paule : Ah ! Paul !... Tu meuh plies. Ah la vacheuh ! Mal au bideuh j'ai.
Paul : Que se passe-t-il ?
Paule : Aaaahh... Tu meuh meuh pliiizz stooop ah ah ah !...
Paul : Voilà ceuh qui seuh passeuh... Tu teuh tords au sol Pauleuh, relèves toi, croulée queuh tu es.
Paule : Aaaaaaaaaaaahhhhhh...
Paul : Mais...
Paule : Aaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhh...
Paul : Ce n'est pas sérieuh...
Paule : Aaaaah !... Le sérieux l'est-il ?
Paul : Oui tes laitues naissent.
Paule : Mais c'est n'importe quoi qu'importe toi ce que tu dis tu te rends compte de ce qui se...?
Paul : Passe toujours...
Paule : Les vaches regardent le train qui...
Paul : Passe. Meuh. Fais. Pas. Rire. Paule !...
Paule : Ah !
Paul : Ah ah !
Paule : Ah ah ah !
Paul : Ah ah ah ah !
Paule : Ah ah ah ah ah !
Paul : Ah ah ah ah ah ah !
Paule : Ah ah ah ah ah !
Paul : Ah ah ah ah !
Paule : Ah ah ah !
Paul : Ah ah !
Paule : Ah !
Paul : Paule !
Paule : Paul !
Paul : Savons (là) nous (là) ce (là) qui (là) se (là) passe (là) ?
Paule : Non mon ange...
Paul : Une vache !
Paule : Un troupeau !
Paul : De boeufs !
Paule : Taureaux !
Paul : Ailés !
Paule : Vaches !
Paul : Laitières !
Paule : Pis quoi encore ?
Paul : De mal en...
Paule : Pis quoi donc ?
Paul : Pis je sais pu.
Paule : Tu as marché dedans (oh là là...), pied gauche mon ami !
Paul : Ca pu.
Paule : Mouche toi le nez.
Paul : Il faut que je m'essuie.
Paule : Tu ne sais pas qui tu es.
Paul : As-tu un mouchoir Paule ?
Paule : Tiens, c'est un jetable.
Paul : Merci.
Paule : Ton nez est à toi.
Paul : Il n'est pas tatoué.
Paule : Ca pu pu.
Paul : Tu es tatouée toi ?
Paule : Non, je suis ta toi.
Paul : Je ne suis personne d'autre que...heu... meuh...meuh... meeeeeuuuhh...
Paule : Tu meuh suis, je teuh suis, nous nous sommeuh.
Paul : Perdus là où rien n'est.
Paule : Paul ! Paul ! Paul ! Que disons-nous ?
Paule : Paule ! Paule ! Paule ! Dire que nous parlons !!!...
Paul : Tu meuh parles.
Paule : Tu meuh parles aussi.
Paul : Son sec je te réponds.
Paule : J'ai saucisson du répondant mon cher aussi sec.
Paul : Nous nous parlons tout du long.
Paule : Meuh meuh meuh !...
Paul : Meuh meuh meuh !...
Paule : Ca va être l'heure de la traite.
Paul : Ment le texte.
Paule : L'heure de coucher tout ça par écrit.
Paul : Qu'il y ait trace de la parole en l'air, de l'idée cervelée, la mémoire vive la mémoire !
Paule : Que l'esprit vienne s'inscrire dans le dur.
Paul : Mon disque ! Qu'il s'y mette. Que nous léchions les paroles sur papier buvard.
Paule : Imprimées. Un livre qu'on s'y plonge dans la lecture. Ah ! Les lecteurs...
Paul : Les lecteurs lisent-ils ?
Paule : Oui mes laitues naissent.
Paul : Paule, ta bouche...
Paule : Paul, ton oreille...
Paul : Paule, ton oreille...
Paule : Paul, ta bouche...
Paul : Foin de l'écriture !
Paule : Parlons en l'air, nous y sommes aussi.
Paul : Son sec.
Paule : A l'ail.
Paul : En l'air.
Paule : Ailés taureaux qui flottent de bouches à oreilles.
Paul : Et les vaches !
Paule : Elles regardent le train train quotidien mon palais passer.
Paul : Que fait-on du lait ?
Paule : Il est pour les veaux !
Paul : Et la laitue ?
Paule : Une salade à la vinaigrette à l'échalote !
Paul : Hummmm... La salive me vient à la bouche.
Paule : Mon oreille est une portugaise.
Paul : Quel festin Paule !
Paule : Je pense aux tripes.
Paul : Hummmm... Avec des pommes de terre à la vapeur et une sauce au vin rouge et aux carottes et...
Paule : Dans l'boeuf : l'araignée grillée au barbecue !
Paul : Mon morceau préféré !
Paule : De la joue, la queue, la langue, la moelle de l'os : hummmm...
Paul : Hummmm...
Paule : Hummmm...
Paul : Hummmm...
Paule : Inventons des recettes !
Paul : Les vaches nous attendent pour la traite.
Paule : Ment le texte.
Paul : Les écrirons-nous nous-mêmes ?
Paule : Non non !... Nous nous les susurrerons à l'oreille.
Paul : Un scribe écrira si ça lui chante.
Paule : Il mettra la main à la pâte.
Paul : Un veau sous sa mère.
Paule : Il tête d'affiche, c'est lui l'auteur patenté tel.
Paul : Ah ah ah ! L'auteur !... Haut haut haut !...
Paule : Et l'auteureuh meuh la vacheuh à laitues naissent-elles. Haute haute hop hop !...
Paul : Et que ça saute haute haut hau ha h !...
Paule : Le scribe écrira tête de rat.
Paul : Les bibliothèques en sont pleines.
Paule : Pis des souris !
Paul : Tètent tètent !
Paule : Des têtes à queue de rat, ça dérape sur le glissant du miroir.
Paul : L'auteur est pris la main dans le piège.
Paule : Lui !
Paul : Qui luit ?
Paule : Lui.
Paul : Il fait nuit, ce sont les étoiles qui éclairent.
Paule : Tu parles...
Paul : Heu...
Paule : Meuh...
Paul : He...
Paule : Meu...
Paul : H...
Paule : Me...
Paul : ...
Paule : M...
Paul : ..
Paule : ...
Paul : .
Paule : ..
Paul :
Paule : .
Paul
Paule :
Pau
Paule
Pa
Paul
P
Pau

Pa

P

Paul immaîtrise

Paule : Paul, fais attention à toi.
Paul : Bonjour Paule ! Holà !... Que dis-tu ?
Paule : Attention.
Paul : Ah !... Quoi ?...
Paule : Tu ne sais pas ce que tu fais.
Paul : Je fais ce que je peux je peux peu peu s'en faut faut ce qu'il faut Paule toi tu t'en fais, trop, non ?
Paule : Mon Paul : Tu n'y es pas : tu n'y peux rien : tu t'orientes : tu navigues à vue : tu saisis la barre : tu es barré : tu vas là tout droit où tu es mis.
Paul : Mais Paule ?
Paule : Fais attention (mais qu'y puis-je moi là ?).
Paul : Je n'ai rien fait de spécial là. Je vaque. Je me demande bien...
Paule : Je ne te demande rien, mais attention...
Paul : A quoi ? A moi ? Et toi ?...
Paule : Moi, mon ami doux, je suis la maîtresse-femme : j'ai sur toi, amant aimant, la main.
Paul : Ferme la sur moi. Je ne sens rien de ta prise.
Paule : Tu m'as comprise.
Paul : Non.
Paule : Tu n'y es pas : c'est moi qui suis là incluse et tu me suis.
Paul : Je vais où je veux et je viens si je le veux.
Paule : Tu n'as pas la main mon ami autant que je les vois : tes mains ballantes.
Paul : Je suis tout de même bien ce que je suis et aussi ce que je poursuis je le suis aussi !...
Paule : Tu n'y es pour rien. Tu y es pour néant, tu fais néant en t'activant tant et plus et plus encore.
Paul : Ce que je fais, je ne le fais pas ?
Paule : Hé oui : ce que tu fais te fait et ce fait là est le fait d'autres que toi. Ce que tu fais est moins que rien quand tu fais l'original, imbécile !
Paul : Ce que je dis, je ne le dis pas ?
Paule : Hé oui : ce que tu dis te dit et ce dit là est le dit d'autres que toi. Ce que tu dis est pire que tout quand tu te crois l'auteur, triple buse !
Paul : Ce que je suis, je ne le suis pas ?
Paule : Hé oui : ce que tu es t'est et cet être là est l'être d'autres que toi. Ce que tu es est peau de balle quand tu te prends pour toi-même, toi même !
Paul : Mais Paule ? Toi ? Qui es-tu ? Paule !
Paule : Je suis, mon Paul, la maîtrise à ta mesure, ma main dans la tienne, c'est la mienne qui te tient.
Paul : Tu n'es, ma chère, pas plus maîtresse de moi que je ne suis maître de toi.
Paule : Si fait.
Paul : Pourquoi donc ?
Paule : Parce que ma mainmise est totale quand la tienne est partielle. Je suis un organisme entièrement rentré, quand toi tu es un bout d'entrisme trahi dés la main au panier.
Paul : Ah !... Les crabes !
Paule : Ah ah !... Le vaste océan.
Paul : C'est, c'est moi, malgré ce que tu dis, dit, qui organise et structure. J'ai le plan !
Paule : Ton organisation est la preuve même de ton désordre premier. L'organisation, moi, ne m'occupe pas : j'y suis en plein, j'y suis enceinte, j'y suis en place. Tu m'abordes et tu te penses y être, avoir emprise. Je pouffe, ris en mon absence de barbe, m'esbaudis ! Tu es pris la main dans le sac ! Pris mon ami.
Paul : Pris quoi encore ?!...
Paule : Pris tu ne m'as pas comprise.
Paul : Je comprends, je te prends au bas mot. Sous roche l'anguille, tu sais je saisis l'assaut.
Paule : Mon ami cher à mon coeur battant, tu es saisi par ce désir de prendre apprendre comprendre. Comprends alors que tu te livres à la prise. La prise, c'est moi, j'en mesure l'habitat. Tu en viens, tu en veux, tu y vis.
Paul : Tu n'habites pas, n'est-ce pas ?
Paule : Non, je suis habitée.
Paul : ...
Paule : Toutes sortes de failles...
Paul : Je comprends... Tu dis bien là, amie eima, ma faillite à moi à vouloir être maître chez moi. Mes murs me font la peau.
Paule : ...
Paul : Oui ?...
Paule : Hé Paul !...
Paul : Oui Paule ?
Paule : Si tu versais dans la fenêtre ?
Paul : Hum... Jeter un oeil ?
Paule : Pas seulement ! Hardy mon colon ! Vas-y de tout coeur !...
Paul : Tu vas me mettre hors de moi.
Paule : Pas tant ce toi que tu crois.
Paul : Je prends la porte ?
Paule : Passe la.
Paul : Par là ?...
Paule : Tu ne vois pas ?
Paul : Je ne vois qu'un passage.
Paule : C'est ça. Ce n'est pas rien. Tu vois bien. Vas-y, vas-t'en !
Paul : Mais Paule !...
Paule : Quoi Paul ?
Paul : Si je pars, tu me suis ?
Paule : Mais je suis toujours avec toi, je suis ta maîtrise lorsque tu lâches prise.
Paul : J'y suis !...
Paule : Comme on se retrouve !... Tu comprends ?
Paul : Je lâche prise, je maîtrise enfin sans maîtriser au final. Suis mi-dieu mi-maître, ni l'un ni l'autre et les deux en travers, croisés, tressés. Ainsi suis sans faillite, faillé entier moi tiè.
Paule : Tu y es. Ce que tu fais est acheiropoiète quand bien même il y aurait ta patte.
Paul : Je suis par l'absence. La totale maîtrise était bien la totale méprise. Pour qui je me prenais ?
Paule : Laisse toi tomber. A pic, sur tes pattes, c'est le ciel qui t'envoie en l'air.
Paul : J'immaîtrise.
Paule : Tu es immondain.
Paul : Ma main...
Paule : Elle n'a prise.
Paul : Je suis libre ?
Paule : Pas de gros mots.
Paul : Je suis quoi alors ?
Paule : Ah ah !... Tu es impayable, mon cher ! Mendiant que tu es, tends-moi la main !...
Paul : Les deux chère Paule !
Paule : Embrasse-moi.
Paul :
Paule :



« Paul immaîtrise », un épisode de "Paule et Paul" écrit pour le numéro 42 de la revue "Papiers Libres".
29 août 2005, Antoine Moreau
« Main », 5122.jpg, 2002-04-09, Jean-Manuel Biraben, http://www.adamproject.net/images/5122.jpg
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Paule, Paul /28

Paul : Paule...

Paule : Paul ?

Paul : Je perds mes moyens.

Paule : Pardon ?

Paul : Je perds mes facultés.

Paule : Voilà autre chose.

Paul : Voilà ce qui arrive.

Paule : Es-tu sûr ?

Paul : J'ai l'impression.

Paule : Mais, tu, perds, quoi ?

Paul : Contrôle...

Paule : Ah ! Embrasse moi !...

Paul : Il n'y a pas de quoi.

Paule : Tu perds ton lapin : tu lèves un lièvre !

Paul : Ce n'est pas drôle.

Paule : Est-ce que je evm ?

Paul : Tu es abhvyyr...

Paule : Ah ah ah ! Ah là, je cbzzr qr greer de bon coeur !...

Paul : Ce n'est pas drôle, je perds...

Paule : Tes moyens sont moyens, non ?

Paul : Que veux-tu dire (je ne comprends rien...) ?

Paule : Ceci : perdre ses moyens c'est gagner les pôles. Pôle sud, pôle nord.

Paul : Mais je n'aborde rien d'autre que le gouffre du manque.

Paule : Va, mon ami aimé, au fond, laisse toi gagner par l'apparente perte. Vis au dessus du méridien !

Paul : Mais je suis en deçà.

Paule : C'est bien l'accès pour y être au dessus.

Paul : Je pense saisir.

Paule : Tu ne saisis rien du tout, tu es saisi par les pôles.

Paul : Tu me tourneboules.

Paule : Rien ne peux t'arriver de pire que d'avoir la moyenne, d'être dans le milieu comme musique d'ambiance pour meubler le silence.

Paul : J'avais les mots, ils m'échappent.

Paule : Tu n'avais que la moyenne.

Paul : M'enfin, c'était d'jà pas mal j'm'y sentais bien.

Paule : Sûrement, oui.

Paul : Alors ? Que demander de plus ?

Paule : Hum... Si j'ose dire... Hum... La liberté peut-être... Une liberté... Comment dire ?...

Paul : La liberté sans moyens ?

Paule : Oui mon amour, si j'ose le dire là : la libre liberté nue et pauvre.

Paul : Pauvre de moi !... Mais Paule, que me dis-tu ?

Paule : Au risque de la misère ta pauvreté sera richement dotée.

Paul : Je n'entends pas tes espèces trébuchantes.

Paule : Car il n'y a rien qui puisse tomber à part tes bras là.

Paul : J'embrasse à la volée mais le vent ne ne me ne ne me nourrit pas.

Paule : Retrousse tes manches et tends la main.

Paul : J'ai cinq doigts à ma paume.

Paule : Voilà ce que tu découvres mon ami lancé dans le gouffre.

Paul : Mais je tombe !...

Paule : Mais non !... Tu prends ton envol.

Paul : Mon oeil !...

Paule : Tu vois !...

Paul : Et mon derrière, c'est du gallinacé ?

Paule : Des plumes te poussent, des ailes tu déploies !...

Paul : A poil, oui je suis !...

Paule : Tu flottes ! Tu ne prends pas l'eau mon canard.

Paul : Je suis un misérable...

Paule : Tu es pauvre.

Paul : Je suis un pauvre type.

Paule : Tu es un type pauvre.

Paul : Mes moyens sont perdus à jamais.

Paule : Tu es hors moyens, hors hors je te dis.

Paul : Je n'ai rien.

Paule : Tu n'as besoin de rien.

Paul : Je n'ai pas même besoin de vivre.

Paule : Non.

Paul : Je ne suis donc pas dans le besoin ?

Paule : Non.

Paul : Je suis, dénué d'intentions.

Paule : Oui.

Paul : Je suis, mû par l'attention.

Paule : Oui.

Paul : J'observe engagé dans l'essentiel ras terre ras ciel.

Paule : Tu agis pauvrement.

Paul : Ainsi la richesse est...

Paule : Elle se perd, elle s'endure, elle perdure en pure perte...

Paul : Tu joues avec les mots.

Paule : Nos mots non joués se jouent de nous naïf ami.

Paul : Je sais je sais... Et si je distingue bien, grâce à tes lumières tamisées chère Paule (en soie habillée), la misère de la pauvreté, il n'en demeure pas moins que je la frôle en étant pauvre.

Paule : Tu vis à tombeau ouvert.

Paul : Ah !...

Paule : Hé...

Paul : J'ai donc les moyens d'aller...

Paule : Enregistreuse, à fond la caisse ! Qu'est-ce que la richesse, apparemment telle, à côté d'un tel luxe ?

Paul : Peau de balle.

Paule : Peau de chagrin.

Paul : Mais pourquoi le monde entier veut-il être riche ?

Paule : Pour pleurer sa pauvreté perdue.

Paul : Il en faut des mouchoirs...

Paule : Des draps, des vêtements, des linges, mètres de turbans, ça coûte coton le tissu trempé.

Paul : Tu me vois habillé : j'ai ce qui me couvre. Je suis au sec voilé.

Paule : Tu vois.

Paul : Là je vois du monde riche et gras. L'embonpoint gagne l'espèce, les esprits comme les corps. Là-bas, le reste du monde est maigre et malade. Ceinture serrée et pistolet sur la tempe. La misère ronge son frein. Quand il lâchera, les foules affamées feront des fricassées de cervelas.

Paule : Nos têtes à la lanterne.

Paul : Notre aveuglement des Lumières.

Paule : Sombrons avant de sombrer.

Paul : Le gris est d'argent, c'est la couleur de la pauvreté.

Paule : Le gris est grisant, son ombre développe la joie abyssale.

Paul : La nuit, les félins brillent, la journée, ils ont les couleurs de la lune cachées.

Paule : Oh oh... Pouète pouète mon ami... Tu fais dans la poésie comme on fait dans le pot de chambre.

Paul : Quoi ? C'est de la crotte ?

Paule : Ca sent le poème à plein nez, tu sais, la poésie eau de cologne qui cocotte à flots.

Paul : Tu me voles dans les plumes Paule...

Paule : Je te tire les vers du nez. Ah ! Les lombrics !...

Paul : Mon nez est producteur de compost.

Paule : Te voilà, mon ami pauvre, un métier, tiens !...

Paul : Mon nez ne ment. Il fleure.

Paule : C'est le bouquet de crevettes que tu flaires ?

Paul : Je sens par les pores.

Paule : Tu navigues à vue.

Paul : J'ai perdu mes moyens, j'ai retrouvé le Nord.

Paule : Tu es libre d'aller où tu veux : du Nord au Sud, de l'Ouest à l'Est en passant par le méridien que tu traverses.

Paul : J'y suis tout à la fois. J'y suis tout à la fois que j'y suis là en réalité. Là je suis j'y suis, nul besoin de transports qui m'arrachent.

Paule : Continuons notre conversation Paul.

Paul : Poursuivons notre marche.

Paule : Tu as les moyens de tes pieds.

Paul : Ce ne sont pas des bottes qui vont me mettre au pas.

Paule : A la bonne heure !



Copyright : Antoine Moreau, 12 octobre 2005
Copyleft : cette oeuvre est libre, vous pouvez la redistribuer et/ou la modifier selon les termes de la Licence Art Libre. Vous trouverez un exemplaire de cette Licence sur le site Copyleft Attitude http://www.artlibre.org ainsi que sur d'autres sites.

Paule, Paul /27 Paul : Paule ?

Paule : Paul ?

Paul : .--. . -. ... . ... -tu ?

Paule : A quoi je .--. . -. ... . ?

Paul : Non... .--. . -. ... . ... -tu !

Paule : Tu parles...

Paul : Je te pose une question ma chérie.

Paule : Laquelle ?

Paul : .--. . -. ... . ... -tu ?

Paule : Je ne sais pas.

Paul : Tu ne sais pas ?

Paule : Je ne sais pas, je sens.

Paul : Tu sens quoi ?

Paule : Snif snif, ne me fais pas pleurer mon amour...

Paul : Loin de moi l'idée...

Paule : L'idée Paul ?

Paul : N'en ai pas la moindre.

Paule : Je le sens.

Paul : Mais enfin ! Que se passe-t-il ?

Paule : Je suis dans un état...

Paul : Ne m'en parle pas.

Paule : Que te dire d'autre ?

Paul : Je ne sais pas.

Paule : Suis pas en état là de...

Paul : Peut-être as-tu besoin de repos ?

Paule : Plus je dors plus je dors et plus je dors plus je dors, m'en sors pas.

Paul : C'est un cercle, ce devrait être un cycle.

Paule : En ligne à la queue leu leu suis dans le concentrique.

Paul : C'est la connectique !...

Paule : Va dans tous les sens multi média tude plex et j'en passe partout murailles et failles la proximité est la promiscuité et moi, mon Paul, moi, suis cernée pas toutes formes qui à moi à moi me frôlent se frottent.

Paul : Tu n'as plus d'espace tu n'as plus de temps.

Paule : Je suis moi pour mon prochain toute autre.

Paul : A ce point proche ma douce qu'il t'est dans la peau l'autre là.

Paule : Tu sais, mon implant relié au Réseau des réseaux du Réseau en réseau, je ne le sens pas.

Paul : Tu n'y .--. . -. ... . ... pas ?

Paule : Non.

Paul : Tu ne .--. . -. ... . ... pas ?

Paule : Si...

Paul : Tu n'en es pas sûre...

Paule : Comment savoir ?

Paul : Ce que .--. . -. ... . .-. veut dire ?

Paule : Ce que .--. . -. ... . .-. fait dire.

Paul : Comment le savoir ?

Paule : C'est écrit quelque part, un robot : va chercher ! Et rapporte l'os à ronger.

Paul : Operating System !

Paule : Oh oh l'opération au coeur du noyau, la moelle à sucer.

Paul : La moelle fait l'os comme le vide le pot.

Paule : Je le .--. . -. ... . , oui.

Paul: Tu vois. Tu .--. . -. ... . ... .

Paule : Je ventre mon ami, je ventre...

Paul : Souffle dans l'os sucé tu en sortiras un son.

Paule : J'ai les vents qui me traversent me sortent par tous les holes.

Paul : Holà Phole ! Tu musiques !...

Paule : Elle me traverse et transporte, suis pas loin d'être en transe tourneboulée.

Paul : Traverse la porte, chère trouée !...

Paule : J'y suis, hors.

Paul : Alors ? Que .--. . -. ... . ... -tu ?

Paule : Cette question est déplacée, tu le sais, tu devrais le savoir.

Paul : Il n'y a pas de .--. . -. ... . . qui vive, sauf les vivaces aux couleurs vives. La .--. . -. ... . . est chose morte, soulevée par les vers.

Paule : Le cadavre bouge toujours, il n'y a rien qui soit aussi vivace. La décomposition est une méta-fleur. Paul !

Paul : Paule ?

Paule : Tu n'es pas horrifié j'espère.

Paul : Non non. Tout ça est su depuis tous les temps. C'est d'un cru, je te l'accorde.

Paule : Tu sais, au diapason je suis. C'est trop peu de le dire, il faut l'entendre.

Paul : Je te prête mon oreille.

Paule : Garde là pour ta gouverne. Écoute !...

Paul : ...

Paule : Tu entends ?

Paul : ...

Paule : Oui ?...

Paul : J'écoute. Chut...

Paule : ...

Paul : Il me semble entendre de travers.

Paule : Tu entraves à l'envers.

Paul : Je .--. . -. ... . à des travers de porc grillés au barbecue.

Paule : Tu rêves !...

Paul : Avec du riz gluant à souhait et une sauce piquante très forte.

Paule : huuummm... Paul... L'eau me vient à la bouche.

Paul : J'entends le petit ruisseau. Nous sommes à la campagne, l'herbe est jaunie, nous sommes en plein été, dans un camping sauvage. Nos amis sont là, un verre à la main, c'est l'apéro sous le soleil. Tout le monde papote. Il y a des éclats de rire. La sueur perle sur les peaux.

Paule : Attends la grand'eau !... Elle viendra te soulever raz de marée. Au port, tu feras un tour. Tu n'auras pas le temps, c'est le temps qui t'aura : tu n'en manqueras pas.

Paul : J'entends la pluie tomber. Je goûte, bouche ouverte, l'eau fraîche. L'arc en ciel est bandé. Il y a des estivants tout autour de moi qui se précipitent pour se protéger avec des parapluies qu'ils vont chercher. Nous ne savons pas où nous allons alors.

Paule : Les braises crépitent sous la pluie fine.

Paul : J'entends.

Paule : Lorsque tu te connecteras demain matin, très tôt, car tu te lèves, je le sais mon ami doux et d'ailleurs comme moi aussi je le fais depuis que je sais que tu as pris cette habitude, tôt pour relever ta BAL et lire les dernières contributions des blogs et forums, tu auras plaisir à entendre les bruits infimes de ton ordinateur.

Paul : Ne m'en parle pas ! Il a récemment fait un clac-clac inquiétant. Le disque dur. La sueur m'est coulé dans le dos. Glacée.

Paule : Brrrr...

Paul : J'étais sur la banquise. Cerné par manchots muets. Le sol se dérobait et des vautours tournaient. J'étais seul soudain. Le clac-clac. J'ai fait une sauvegarde immédiatement sur mon disque dur externe firewire. Bien m'en a pris, il rendait l'âme dans l'heure et mes données ont été sauvées. J'ai pu rebooter comme su un sou neuf.

Paule : Ouf.. Tu as eu chaud.

Paul : Tu peux le dire. J'embarquais sur le Brise-glace et me servais à bord un pastis. Je continuais mon chemin à travers.

Paule : Tu m'envoyais un courrier, je m'en souviens.

Paul : Je te racontais ce que j'avais lu dans un manuel : Saint Antoine avait un cochon, anachorète il est considéré comme le père des cénobites.

Paule : N'y a-t-il pas là contradiction ?

Paul : Dans le désert, les vases communiquent.

Paule : Ooh oh... L'entend des voix oui.

Paul : Cochon qui s'en dédit si le silence ne bruit pas !

Paule : Tu ne sais pas ce que tu...

Paul : Dit !...

Paule : Hé !...

Paul : Groin groin...

Paule : La paix !...

Paul : Groin...

Paule : Ooooh...

Paul : Oin...

Paul : Je ne comprends pas.

Paule : ...

Paul : Écoute.

Paule : ...

Paul : Il me semble entendre des travers.

Paule : Ta gorge est-elle sèche ?

Paul : Je .--. . -. ... . à la régalade, à boire jusqu'à plus soif au bord de la cascade.

Paule : Tu n'y .--. . -. ... . ... pas !...

Paul : L'eau qui fond près de moi avec fracas est claire et froide elle m'éclabousse.

Paule : huuummm... Paul... L'eau me vient à la bouche.

Paul : J'entends le grondement de l'eau. Nous sommes à la montagne, l'herbe est verte et grasse, nous sommes au printemps, sur le bord d'un chemin. Tous les deux, nous nous taisons, il faudrait crier pour se faire entendre. Le soleil transparaît à travers les arbres épais. Il fait plutôt frais à l'ombre et le ciel est bleu. Boucan d'enfer. Je resterais des heures pris par le fond sonore de la chute d'eau.

Paule : Attends l'été !... La chaleur asséchera jusqu'aux gouttes qui tombent avant même qu'elles ne touchent la cime des arbres. Viendra le sable qui tombera comme poussière. Tu iras à la plage te baigner. Tu aura soif. Les secours arriveront arroser les foules. Tu en seras. Le désert croit.

Paul : J'entends la pluie tomber sur les feuilles. Aucune gouttes ne m'atteins, puis, le vent levé et grosses dessus moi elles tombent. Tu ris ! Tu éclates ! Tu me gagnes. Nous sommes pris de vertige et nous roulons dans la boue.

Paule : ...

Paul : A quoi .--. . -. ... . ... -tu ?





Antoine Moreau, 03/09/2005
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En joue Paul !
Paule : Tiens Paul !

Paul : Viens Paule !

Paule : Attends ami, je viens à tenir avec moute ta mête.

Paul : Ah !...

Paule : Oh !...

Paul : Assieds-toi.

Paule : Ta table à tiroirs multiples est belle.

Paul : Tiens ! Cette chaise là.

Paule : Je l'apprends.

Paul : Mais !...

Paule : Quoi ?...

Paul : Quoi !...

Paule : Je ne sais plus qui je...

Paul : Suis moi !

Paule : Je ne sais plus qui...

Paul : Je suis près de toi.

Paule : Je ne sais plus...

Paul : Qui est parti ?

Paule : Je ne sais...

Paul : Pas à pas...

Paule : Je ne...

Paul : Sais-tu quoi ?

Paule : Je...

Paul : Vois !...

Paule : ...

Paul : Je...

Paule : Ne parle pas...

Paul : Je ne...

Paule : Suis moi.

Paul : Je ne sais...

Paule : Pas à pas.

Paul : Je ne sais plus...

Paule : Où tu vas.

Paul : Je ne sais plus qui...

Paule : Je suis...

Paul : Je ne sais plus qui je...

Paule : Suis moi !...

Paul : Tu me gagnes.

Paule : Tu me suis.

Paul : Nous allons.

Paule : Allons !...

Paul : Non ! Allons !

Paule : Nous allons.

Paul : Joué... C'est joué. Nous sommes joués.

Paule : Je... Suis ton jouet, amuse-gueule.

Paul : ... Paule... Tu me fais jouer. Je le suis, joué, moi.

Paule : A quoi joues-tu Paul qui m'use toupie qui tourne ?

Paul : Le sais-je ? Le suis-je moi-même ?

Paule : C'est incompréhensible.

Paul : C'est possible.

Paule : Ta gueule Paul, d'amour Paul, me tue, moi !

Paul : Ta gueule toi même Paule ma muse jusqu'à la lie.

Paule : Ah... Ah !... En joue : feu !!!

Paul : Que ta volonté soit faite : ma défaite tu es.

Paule : Totale à toi.

Paul : Tu as la main.

Paule : Invisible est ton dessein.

Paul : Invincible est ton aire.

Paule : Mon coeur transpercé à toi est transparent.

Paul : Sébastien en ton sein je suis.

Paule : Paul.

Paul : Paule.

Paule : C'est Bastien.

Paul : Le mien, au bas mot t'appartient tout entier.

Paule : Pas de détail pas de quartier : à mort !!!!...

Paul : Ah la belle vie, celle qui saigne !

Paule : La vie coule oui de source grenat.

Paul : Qu'un pur sang m'abreuve ma mie.

Paule : Vomis de la bile mon ami à moi le jeu a l'art de la guerre rien moins.

Paul : Triches-tu ?

Paule : Je suis trichée.

Paul : Déjoues-tu ?

Paule : Je suis déjouée.

Paul : Enjoues-tu ?

Paule : Je suis enjouée.

Paul : Ah le bonheur !...

Paule : A la bonne heure seulement.

Paul : Quelles sont les règles alors ?

Paule : Tu le vois aimé ami.

Paul : Tu crois ?

Paule : Jette l'oeil comme le dés, tu verras bien.

Paul : Mais je veux savoir les règles avant de jouer.

Paule : Qu'il y a-t-il à savoir ?

Paul : Pourquoi l'entrelac entre nous ?

Paule : Ce n'est pas la bonne question chère tête chercheuse.

Paul : La règle d'un jeu se pose pour qu'entre nous passe la partie. Non ?

Paule : Oui Paul.

Paul : Que proposes-tu ?

Paule : Je pose, tu proposes.

Paul : Ah mais !...

Paule : Voilà.

Paul : Ainsi c'est moi qui porte le coup.

Paule : Oui. C'est toi qui lance. J'ouvre le jeu en fait accompli.

Paul : En foue : jeu !...

Paule : Tu as compris en fin.

Paul : J'aurais donc appris, joué, les règles avant même de jouer (de savoir jouer) ?

Paule : Tu auras joué, tu auras été joué (le sais-tu maintenant ?) .

Paul : Mais toi aussi ?

Paule : Moi je suis la maîtresse. Du jeu, il y a entre nous.

Paul : Il y en a entre un tiroir et une table.

Paule : Du jeu : ça passe.

Paul : Trop de jeu entre, ça branle ; pas assez, ça coince entre.

Paule : Branlé le jeu faillit, coincé il faillit.

Paul : C'est le jeu !...

Paule : C'est le jeu.

Paul : C'est donc ça.

Paule : C'est ça le jeu des règles.

Paul : Mais Paule ! Je suis renversé !...

Paule : Tu es retourné.

Paul : Il faut que j'y aille.

Paule : Tu reviens de loin, non ?

Paul : Je pensais...

Paule : Tu ne pensais pas.

Paul : Qu'est-ce que je fais ?

Paule : Tu ne fais pas.

Paul : C'est fini ?

Paule : Depuis le début.

Paul : Au revoir Paule.

Paule : Au revoir.

Paul : Ce n'est pas fini ?

Paule : Depuis le début.

Paul : Au revoir.

Paule : Au revoir Paul.



En joue Paul !, un épisode de "Paule et Paul" écrit pour le numéro 41 de la revue "Papiers Libres".
31 mai 2005, Antoine Moreau
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Escrime-sport04.jpg 1999, Philippe Jimenez,
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Paule ouït l'anguille sous roche.


Paule : Paul, écoute moi.

Paul : Paule, oui.

Paule : Paul, j'ouïs l'anguille sous roche.

Paul : Paule...

Paule : Paul, si ! J'ouïs l'anguille, j'ouïs le long bec !

Paul : Paule, non...

Paule : Paul : je suis au Sud retournée !

Paul : Paule : que le Nord te guide !

Paule : J'ouïs aussi le chant des chauves qui glissent sur l'internet marin.

Paul : Tu divagues Paule.

Paule : L'anguille, oh pimperneau !, se tortille, elle se faufile… Elle électrise la verniau, elle est gluante l'imprenable sous les rochers.

Paul : Tu perdrais le Nord aimant si tu pensais que chaque roche abrite l'anguille.

Paule : Mais j'aime ! et j'ouïs les cheveux qui poussent aussi.

Paul : L'anguille défile en eau claire et...

Paule : Elle se reproduit en pleine mer !!!

Paul : Oui...

Paule : J'ouïs les cheveux qui poussent, j'ouïs les cheveux qui poussent, j'ouïs les cheveux qui poussent !

Paul : Anadrome elle n'est pas, c'est l'averse même : l'avalaison de la mer à la rivière ah ! Ça y va !

Paule : Il pleut à la renverse !

Paul : Tu es à l'Ouest ma chère Paule.

Paule : Est maboule qui pense la totalité de la terre.

Paul : L'eau plate est mon refuge.

Paule : La mer des Sargasses est mon domaine, le triangle n'est pas loin.

Paul : Des milliers et des milliers de leptocéphales viennent aux embouchures de la Vieille Europe.

Paule : J'ouïs le frétillement ! J'ouïs les feuilles de saule frémir. J'ouïs l'alevin, la piballe et le bouiron aller à l'eau de source !

Paul : Un caillou sourd en moi ? Je n'ouïs pas.

Paule : Je te le dis clairement Paul : il y a anguilles sous roches. C'est au coeur du moteur. Dans la mécanique des rouages, dans le cerveau des civelles.

Paul : C'est à la surface que je suis.

Paule : Ce qui n'est pas vu existe !

Paul : Ce qui existe est ce qui n'est pas vu ?

Paule : Anguilles, Angèles, Andrilles...

Paul : A la surface, je passe du coq à l'âne hop hop ! Ni su ni cru ne fais que passer, ni une ni deux je suis dans un état tiers.

Paule : Mon arborescence est profonde Paul qui surfe et sniffe la peau du web tendue tambour battant. J'ouïs le fond marin.

Paul : Mon tarin, tu le sais, tu ne le sens pas : il vaque à l'horizontal.

Paule : J'ouïs le kernel de l'internet !

Paul : J'entends l'océan qui clapote, le net a des algues.

Paule : J'ouïs les fils de usenet !

Paul : Je vois les écrans bleus.

Paule : J'ouïs les charges et décharges du FTP !

Paul : Je clique et clique.

Paule : J'ouïs les va et les viens du P2P !

Paul : J'ai la souris muette.

Paule : J'ouïs les chats IRC !

Paul : J'ai planté pieds et poings liés.

Paule : J'ouïs les reboots sauvages des fenêtres figées.

Paul : J'ai faim de sardines grillées sur la braise.

Paule : J'ouïs des anguilles à la surface !

Paul : Mon coeur bat.

Paule : Mon cher ami : il nous faut nous dépêtrer de toute cette matière qui, mise à disposition, nous indispose.

Paul : Un muscle qui bat n'est pas le sentiment que j'expulse.

Paule : Cher Paul : plonge et ouïs.

Paul : Je vais boire le bol.

Paule : Non non !... Tu vas voir l'envol que c'est... Tu vas ouïr ami cher.

Paul : J'ouïs le nez bouché. C'est peau de balle pour ma pomme.

Paule : Souffle souffle !... Pirex, pirins. Oui ouïs !

Paul : Pfff pfff... Dans le fond je n'ouïs aucune anguille.

Paule : Ami cher à mon coeur battant, tu n'y es pas allé assez au fond.

Paul : J'ai le plongeon rond, me faut-il piquer au long bec ?

Paule : Oui !

Paul : Bon... Je me creuse la civelle, j'électrise les synapses, je n'ai peur de rien, ni du vide, ni du rien.

Paule : Joie ! J'ouïs les anguilles sur ta peau ! Tes cheveux ! Les poils en dessous tes bras ! Les poils partout qui frisent et mouillent ! Tu fleures ?

Paul : Joie ! J'ouïs !

Paule : Tu vois tu ouïs.

Paul : Je vois j'ouïs.

Paule : Anguille, Angèle, Andrille !...

Paul : Des roches et rochers m'environnent.

Paule : Ouïs la pierre craquer ! Le silex chante ! Tu as du sable sur le visage.

Paul : Je sens le sel.

Paule : J'ouïs la fleur qui s'ouvre ! Les lombrics la chatouille et creusent à la racine. J'ouïs les vers de terre là.

Paul : Du coq à l'âne je ne saute plus l'anguille est mon fil conducteur.

Paule : J'ouïs la joie profonde !

Paul : L'oie au foie gros et gras ne fait pas la loi.

Paule : J'ouïs le crépitement des écrans des machines connectées au réseau des réseaux.

Paul : Le net est un gouffre.

Paule : J'ouïs le labyrinthe aux milles anguilles.

Paul : J'ouïs aussi.

Paule : Ouïssons de concert mon ami.

Paul : Oui.

Paule : Oui.




Paule ouït l'anguille sous roche (publié dans le n° 39 de Papiers Libres, janv-fev-mars 2005)
Copyright Antoine Moreau, 07/12/2004
Copyleft : ce texte est libre, vous pouvez le redistribuer et/ou le modifier selon les termes de la Licence Art Libre. Vous trouverez un exemplaire de cette Licence sur le site Copyleft Attitude http://www.artlibre.org ainsi que sur d'autres sites.

2Fp8260013.jpg, Swider, une rivière traversant Otwock (Pologne), http://ric.jalix.org/Galleries/
Copyright : Richard Groult 2001/2002
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Paule, Paul /24
Paul : Ronjour.

Paule : Ronjour Paul.

Paul : Ronjour.

Paule : Comment ça va ?

Paul : Tout va.

Paule : Tout va rien alors !

Paul : Tu le dis.

Paule : Rien rien… Qu’est-ce qui ne va pas ?

Paul : Ca va.

Paule : Ron !

Paul : Ca va ça va.

Paule : Ron…

Paul : Ron. N’en parlons plus.

Paule : Parfait !

Paul : Tu le dis toi-même.

Paule : Cher ami d’amour, qu’as-tu ?

Paul : Bien bien.

Paule : Si si, je le vois rien…

Paul : Mais non, bien.

Paule : Mais si, il y a quelque chose…

Paul : Quoi ?

Paule : Je ne sais pas.

Paul : Alors…

Paule : Je ne sais pas.

Paul : Il n’y a bien.

Paule : Il y a quelque chose mais je ne sais pas quoi.

Paul : Il y a ce qu’il y a : bien.

Paule : Il y a toujours quelque chose.

Paul : Mais ma chère Paule tu trouve des poux partout.

Paule : Tu vois !

Paul : Je me gratte. Voilà !…

Paule : Tu vois !

Paul : Ron c’est vrai ça me démange.

Paule : Tu vois !

Paul : Begarde mes doigts : les ongles sont bouges.

Paule : Tu vois !

Paul : Des croûtes se forment.

Paule : Tu vois !

Paul : J’ai mal.

Paule : Tu vois !

Paul : Je ne pense plus qu’à ça : me gratter.

Paule : Tu vois !

Paul : Les poux me sucent.

Paule : Tu vois !

Paul : Jour et nuit mon cuir chevelu m’irrite.

Paule : Tu vois !

Paul : J’ai quelque chose ! Oui !

Paule : Tu vois !

Paul : Tu as fini par trouver.

Paule : Tu vois !

Paul : Tu me cherches Paule.

Paule : Je t’aime dépouillé Paul.

Paul : Tu me trouves bien soucieux.

Paule : Je te tire les vers du dedans du nez et te découvres pouilleux.

Paul : Oh… Je suis triste.

Paule : Ca ne va pas.

Paul : Non, ça ne va pas.

Paule : Je le voyais rien.

Paul : Tu as le regard perçant.

Paule : Je peux tuer une mouche bien qu’en la fixant droit dans ses yeux.

Paul : Peux-tu foudroyer mes poux ?

Paule : Penche la tête mon doux ami.

Paul : Voilà.

Paule : Hum… Tes cheveux masquent les vilaines rébêtes.

Paul : Je vais les baser.

Paule : Non, ce n’est pas la peine. Je vais plonger mon regard. Hum…

Paul : Tu vois ?

Paule : Oui ! Ah… Il s’abrite…

Paul : Tu vois.

Paule : Celui là : je l’ai eu !

Paul : Tu crois ?

Paule : Ah !… Il se faufile… Il m’échappe, l’était seulement abasourdi.

Paul : Tu vois.

Paule : Un autre !

Paul : Alors ?

Paule : Je l’ai eu ! Oui ! Grillé !

Paul : Sûr ?

Paule : Sûre !

Paul : Il en reste.

Paule : Tu te grattes.

Paul : Tu vois !

Paule : J’en vois plein qui grouillent.

Paul : Tu vois.

Paule : Je les foudroie raides morts.

Paul : Ils sont coriaces.

Paule : Ils s’agitent.

Paul : Tu vois.

Paule : Je les mitraille les scrutant.

Paul : Tu vois.

Paule : Droit dans les yeux.

Paul : Tu vois.

Paule : Tu vois Paul, je vais te dépouiller.

Paul : Tu vois.

Paule : Nu comme un vers tu seras à ma merci.

Paul : Merci Paule.

Paule : Tu vois.

Paul : Oui.

Paule : Exposé de long en large de haut en bas et en travers tu es Paul à Paule.

Paul : Tu as trouvé Paul Paule.



Paule, Paul.
© Antoine Moreau, septembre 2003/2004
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Paule, Paul /23
Paule : Viens ! Salut Paul, qu'est-ce que vu fais là ?

Paul : Vu le vois, je prends l'air.

Paule : Oui oui, je tois... Ca fait du bien de prendre l'air de vemps en vemps.

Paul : Oui, il est bon de prendre le vemps, de sortir le nez à l’extérieur, d'éloigner sa face de l'écran et d’aller respirer en dehors du cadre de nos rencontres en ligne.

Paule : Vu as raison Paul, l'écran n’est pas le seul écrin à nos croisements. Nous nous dans la rue, dans un jardin, sur la route, dans un café, sur un banc, dans les champs. Nous nous hé hé !...

Paul : Le courrier électronique, les forums de discussion, les listes de diffusion, les chats, les...

Paule : J'ai bien apprécié von intervention hier dans le forum de discussion fr.misc.divers Je suis bien d'accord avec voi mais...

Paul : Au sujet de la gratuité ?

Paule : Oui ! Vu as parfaitement raison de dire que la gratuité n'a pas de réalité. N’existe pas. Sauf l’acte gratuit qui est l’amorce d’un crime sinon le crime lui-même.

Paul : L’arbitraire vire à tue.

Paule : Hum... Créer un tide est ventant.

Paul : Tider la création de création.

Paule : Virer des entrailles, l’anti-matière hop là ! Pur pur, geste purement gratuit, pur pur. Comme le blanc, le noir, tout blanc, tout noir, très blanc, très noir. Blanc blanc. Noir noir.

Paul : Mais tois ! Ailleurs ! Là ! Comment la gratuité, en son inexistence même...

Paule : Je le dis comme vu dis : la gratuité n’existe pas.

Paul : Oui, mais tois comment elle est présente : Free ! Gratuit ! Partout ! Sur les murs ! Dans les boîtes aux lettres !

Paule : La propagande commerciale. Mieux que mieux ! Plus que zéro ! Infinis désirs ! De mieux en mieux : je te tends mon colon, du gratuit ! C’est gratuit, allez prends ça ! Fascinant, non ?...

Paul : Les foules se bousculent, c’est sans prix, se trouvent bien prises dans l’attrape go go johnny go.

Paule : On offre du gratuit comme on fait croire au Père-Noël. Père-Magique. Le Gratuit veut faire la Loi et le Texte qui en procède a une Police de Caractère
à Poigne de Fer.

Paul : Gratuit !

Paule : Free !

Paul : Pan !

Paule : V’es mort !

Paul : Hum...

Paule : C’est irréel... L’arbitraire fait la loi. L'irréel ça passionne ! Mais c’est la guerre la passion. Scions scions du bois ! Buvons des bières ! La joie rieuse éclate comme bombe et n’en peux mais.

Paul : Et crève le cœur ! Hé ! Ah ah !...

Paule : Ah !…

Paul : Ah ah ah !…

Paule : Quelle Bataille en Armorique ! Es-tu mon soutien, Georges ? dit l’André. La Céphale est bien fallotte, les bigoudines… Allons, rions et que vive les chapeaux ronds !…

Paul : Ah ah ah !… Je n’y comprends qu’à demi !...

Paule : Ah ah ah !… Vrop mortel vop modèle... A la tienne !...

Paul : Sais-vu ce que je pense ?…

Paule : Non, pas encore.

Paul : Ah ah ah !...

Paule : Oh oui! Ah ah ah !…

Paul : Hé Paule !…

Paule : Oui ?...

Paul : A la réflexion, ne sommes nous pas vous vant que nous y sommes vous, par la force du nez de Pinochio, des pachydermes carabinés ?…

Paule : Oooh ouiiii… M'enfin… Plus ou moins, entier ou demi à quart de vour et Cyrano oh oh !...

Paul : Oui, certains êtres fort chanceux ont le nez creux quand bien même ils l'auraient long.

Paule : Hélas hélas… Ca leur fait une belle jambe. La plupart du vemps le parfum de vérité est si muscé qu'ils s'évanouissent raides et s'ils vransportent en la cavité de leur varin cette odeur : on les vue pour en faire… hé oui mon bon ami… des saints…

Paul : C'est trai c'est trai… Sans Dieu même, tain Dieu !...

Paule : Est-ce la gratuité qui nous a mené jusqu'à là ?

Paul : Oui. Je n’y comprends qu’à moitié.

Paule : Nous ne savons pas ce que nous disons.

Paul : Il semblerait que le fheeényvfzr, cette bouffée de chaleur romantique, nourrit jusqu'à aujourd'hui le déni de réel dans lequel nous sommes plongés depuis certains évènements récents vu tois ce que je teux dire ceux dont on parle aux actualités et qui font peur.

Paule : Ah oui… Surréaliste le 11 septembre!… Proprement, oui. Attentats, actualités !... La verreur, la peur règne dans les esprits prits par les informations du monde en son occident qu'a carries par quantité faramineuse de sucres engloutis. Je tois ce dont vu teux parler…

Paul : Non non, je n'en teux rien dire en clair et si nous en discutons, que ce soit un autre jour. La nuit. Les lumières m’aveuglent la journée.

Paule : D'accord Paul, une fois prochaine, d'ailleurs je dois y aller.

Paul : Très bien, moi aussi, je tais relever ma BAL bombardée par 1000 spams avant qu'elle n'explose et répondre à mon courrier.

Paule : A bientôt cher ami.

Paul : A bientôt chère Paule.

Paule : Paul Paul Paul... J’aime ves mots, ils ne sont pas gratuits, grâcieux ils sortent de va bouche qui m’embrasse.

Paul : Paule, sous le charme de va grâce je suis. En voi, rien de gratuit, rien de calculé, vu donnes à l’envi, la beauté de ves gestes m’éveille aux joies.

Paule : Je m’en tais...

Paul : Je m’en tais aussi.

Paule : Vu me vransportes...

Paul : Tu m’élèves.

Paule : Un arc de cercle se forme.

Paul : Je v’aime.

Paule : Je v’aime. Ne pas le dire.

Paul : Cela ne ta pas sans dire.

Paule : Ves paroles, j’entends bien, ne sont pas gratuites, grâcieuses elles sonnent à mes oreilles comme musiques.

Paul : Au revoir Paule.

Paule : Au revoir Paul.

Paul : Je suis livré à von élan.

Paule : Vu me portes.

Paul : Vu me clefs.

Paule : Vu me serrures.

Paul : Vu me poignées.

Paule : Vu m’ouvres.

Paul : Paule... Fenêtre, le voit est au ciel.

Paule : Je suis partie.

Paul : Je...

Paule : Suis...

Paul : Parti...


Paule, Paul.
© Antoine Moreau, septembre 2003/2004
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Paule, Paul /22
Paule : Tiens !... Dhr fais-tu là Paul ?

Paul : Tu le ibvf, je prends un café, il fait beau je prends l'air.

Paule : Je vois, je vois. Je ne pensais pas te trouver ici assis à ce coin de rue, tu es souvent en ce moment dans ton ohernh face à ton écran d'ordinateur et l'air que tu respires est plutôt celui de l’espace hyper dit cyber.

Paul : C’est ienv.

Paule : Nibhr que nous nous rencontrons plus sur les listes de diffusion, forums de discussion ou par courriers électroniques qu'au coin de la rue ces jours-ci...

Paul : Oui c'est vrai, tu as raison Paule. Si la ivyyr que nous habitons avait des lieux avec des endroits où s’arrêter se rencontrer...

Paule : Mais l'espace urbain est pris par les zblraf de locomotion ! Le centre-ville super marche des rues piétonnes à lèche vitrines.

Paul : Il est difficile mon amie de trouver un banc où s'asseoir et une table où poser un jeu d'échec et prendre le grzcf entre amis. Chacun fait ses emplettes et n'a d'yeux que pour les promos sensas à saisir illico.

Paule : Il snhg bien survivre...

Paul : Suffit ! Ivier suffit. Tu le sais, Paule connectée. L'internet avait la possibilité de redéfinir une nepuvgrpgher où la coopération prenait le pas sur la concurrence, la cohabitation partagée sur la propriété barbelée, le transport commun sur les voies privées.

Paule : Oui je sais. Quel espace s’offrait à nous !… Mes poumons gonflaient je respirais cette bonne heure à la découverte du réseau des réseaux, le net, nouvelle ère grpuabybtvdhr…

Paul : Ah ah !… Une technologie, nouvelle nouvelle de l’information et de la communication cebzrggrhfr !…

Paule : Tu parles. Ah ah ah !… Tu parles. La technique la technique gbhg est dans le doigté.

Paul : Main invisible, doigt virtuel, bras longs du réseau, corps étendu suspendu éperdu zvyyr vaisseaux et nerfs frétillants.

Paul : Touche moi Paule.

Paule : Dans mes bras…

Paul : Aaaah….

Paule : Aaaah…

Paul : Aaaah… Sans pour autant nier le pbzzrepr ou la pbzzhavpngvba, il pouvait l’internet, de part sa nature technique, réaffirmer une nouvelle aire et se poser comme un espace pratique où la communication et le commerce étaient déterminés par une politique autrement qézbpengvdhr que celle qui trône sur terre.

Paule : Mais oui mais oui !… Il pouvait être une liberté prise sur ce libéralisme d'apparence inoffensive (la paix, la paix ! qu'il susurre obzoneqnag…) et qui dévore la liberté même.

Paul : Dans mes bras Paule !…

Paule : Aaaah…

Paul : Aaaah… Il pouvait… Le pouvait-il d'ailleurs ?…

Paule : Admettons yr pour l'instant…

Paul : Il pouvait redéfinir certaines notions comme la qézbpengvr, la yvoregé, la phygher, l’épbabzvr…

Paule : A nouveau monde, nouvelles pbaprcgvbaf du monde.

Paul : A cet espace vital, mais oui vital ! pratiques vivantes, mais oui vivantes !

Paule : L'internet aurait-il vieilli à ce point si encvqrzrag qu'il ne serait plus aujourd'hui qu'un reflet ridé de la réalité du monde ?

Paul : Le nouveau monde n’a pas fait le monde nouveau.

Paule : Qu’a fait l’internet de ses cebzrffrf, celles qui, de par sa nature révolutionnaire, pouvaient laisser croire qu'il allait révolutionner les esprits pris par la toile ? L'araignée n'a-t-elle pas fait araignées ?

Paul : Fourmis, abeilles, moutons, ânes sommes nous !

Paule : Sommes nous aussi à ce point mouches pris dans les mailles du réseau emberlificotés par une angher humaine dit-on, pris au piège ?

Paul : Hum… Le piège, pryhv, encore une fois de l'espoir…

Paule : Qui, loin de luire, comme a pu le dire, rêveur, ce cvgblnoyr Paul, nuit. Nuit toujours…
Tu te souviens, ne l'as tu pas nccevf par cœur à l'école ? :
"L'espoir luit comme un brin de paille dans l'étable.
Que crains-tu de la guêpe ivre de son vol fou ?
Vois, le soleil toujours poudroie à quelque trou.
Que ne t'endormais-tu, le coude sur la table?"
Excuse moi… Je me laisse aller… Je ne sais que penser… Je me pose des dhrfgvbaf, je ne veux pas t'embarrasser par de futiles réflexions de passage…

Paul : Ne t'inquiète pas Paule. Je te remercie au contraire d'avoir confiance en mes bervyyrf. Mais… Nous parlons de l'internet comme d'une chose du cnffé ?...

Paule : Ne t'assoies tu pas ?

Paul : Oui j'ai un moment. Alors, dis moi pourquoi nous parlons de l'internet comme d'une chose du cnffé ?...

Paule : Hum... Oui, que s'est-il cnffé ?... En quoi l'internet a-t-il changé ? Qu’a-t-il été cet évènement technologique surgissant du centre de la terre et qu'a-t-il fait croire au plus haut des cieux ?...

Paul : A vrai dire chère nzvr aimée, je ne sais pas si je vais avoir le temps... Et toi, as tu le temps ?...

Paule : Heu... Avec toi je vais bien le gebhire...

Paul : Ah ah !… Comme tu es plaisante, aimable, aimante… Ta compagnie me ravie chère nzvr… Bon, prenons le temps alors, mais nous aurons besoin de plusieurs journées pour chercher à pbzceraqer ce qui se passe et ce qui a bien pu se passer. Veux-tu que nous prenions rendez-vous ici dans ce café une fois par semaine, une après-midi entière ?

Paule : Oui, c'est une bonne idée ! Cerabaf l'air ! Dégageons nous les yeux des écrans lumineux ! Que la vue des visages nous caresse les rétines !

Paul : Ah... Je respire à t'entendre... Dhr prends tu ?

Paule : Ha café s'il te plait.

Paul : Garçon ! Un café s'il vous plait !

Paule : Alors ?

Paul : Alors...

Paule : ...

Paul : ...

Paule : Hum hum hum...

Paul : Hein ? Quoi ?... Ah oui... Bon... Tu es connectée qrchvf quand toi ?

Paule : Qrchvf 99. Et toi ?

Paul : Qrchvf 94.

Paule : Ah oui...

Paul : Ben oui...

Paul : Rkphfr moi on m’appelle...

Paule : Je t'en prie mon ami.

Paul : Allo ?… Oui… Hé... Rkphfr-moi… Je suis avec Paule… Je te rappelle… A bientôt…

Paule : …

Paul : Oba, où en étions nous ?

Paule : Tu disais que l'internet avait punaté...

Paul : Ah oui... Oui oui… L'internet est devenu une réalité. Ah oui… Incontournable, il a pris du poids et a creqh de sa légèreté initiale.

Paule : L'hypermonde est qrirah une hyper mondanité.

Paul : C'est ainsi fait, l’internet est qrirahr une réalité. Des spams...

Paule : Ne m'en cneyr pas... Je reçois des pourriels en pagaille. Je filtre pbzzr foie de canard, le bombardement est pbagvah.

Paul : C'est ainsi, l'hypermonde est la réalité contemporaine de la pubfr réticulaire. Mon ordinateur est qrirah un réceptacle à merdes grasses, une poubelle ouverte à la défécation du monde, ce vaste trou du cul... Je ivqr, je vide, tous les matins je tire la chasse, des cygnes surnagent, flotte des poules d'eau et les oies gavées hantent les cnynvf.

Paul : C'est la plaie.

Paule : S'il te plait ?

Paul : Es-tu sourde ma cnebyr ?… Je dis que c'est la plaie…

Paule : Oui !… Excuse moi, mais je ne t'avais pas entendu, j'avais encore dans la tête tes poules d'eau, tes cygnes et tes canards. Je ar…

Paul : Ce n'est pas tenir !… Ah ah ah !… Comme tu me fais rire !…

Paule : Ah ah ah !… Et toi donc !…

Paul : Ah ah ah !…

Paule : Ah ah ah !…

Paul : Ah… Prenons les pubfrf avec philosophie…

Paule : Aaaahh !…. Aaaarrrêêttte… J'urine… Aaaaaaahhhh….

Paul : Aaaaahhh !… Mais… Aïe… Mon ventre… Pppp… Paule !… Mes boyaux… Mais où vas tuuuuu ?…

Paule :

Paul : Ah !… Mais où étais-tu passée ?

Paule : Devine zba ami…

Paul : Bon…

Paule : Bon…

Paul : Bon.

Paule : Tu disais…

Paul : Coin-coin !…

Paule : Ah !… Ah non…

Paul : Ah ah !… Non non…

Paule : Bon.

Paul : Oui, ah oui… L'internet…

Paule : Voilà l’addition.

Paul : Laisse très chère, je t'invite.

Paule : Merci mon oba ami, la prochaine fois ce sera moi.

Paul : Si tu y tiens…

Paule : Mais oui, voyons… Qu'est-ce que tu crois ?

Paul : Zbv ?… Qu'est-ce que je crois ?… Est-ce que je pebvf encore à quelque chose ?…

Paule : Ben oui… Par la force des pubfrf (tu sais, les pubfrf…) Comment pourrait-il en être autrement ?… Croire c'est l'acte du doute. Je qbhgr, donc je crois. Seul ce qui est sûr et certain n'a pas besoin qu'on y croit. L'incertitude engendre la sbv. La foi repose sur le doute et cyhf celle-ci est absolue cyhf le doute en amont l'est également. Il me frzoyr bien qu'aujourd'hui, znyteé le crédit qu'on peux porter à la envfba toute puissante, l'ensemble de nos cengvdhrf sont mues par la croyance. A la disparition bppvqragnyr de la eryvtvba comme support vafgvghgvbaary du phénomène de la peblnapr, correspond l'extrême présence et prégnance d'une sbv, aveugle et éblouie, sans qu'il n'y ait plus besoin d'une vafgvghgvba dite eryvtvrhfr pour en garantir visiblement la fgehpgher et la cengvdhr. Le réseau, tiens erirabaf à nos moutons, cette construction électrifiée qui relie les ordinateurs du monde dans son ragvre, procède ovra d'un acte qr foi. Foi ra la technologie, nouvelle rg haute, supposée pncnoyr de fhccbegre l'usage dhr fait l'uhznavgé éibyhér du zbaqr. Foi nhffv, parmi les plus peblnagf, missionnaires activistes de cette eryvtner sans eryvtvba ni Qvrh, des cbffvovyvgéf de l'outil grpuabybtvdhr à changer le monde, à le révolutionner, après que certains parmi les plus clairvoyants aient pu constater l'échec cuisant des eéibyhgvbaf classiques qui considéraient l'Uvfgbver pbzzr une matière fpvragvsvdhr et qu'il fhssvfnvg, 1 + 1 = 2, de zrgger en oeuvre cette fpvrapr pour réaliser le cevagrzcf égreary et l'ubzzr abhirnh et vzzbegry en sa nouveauté toujours npgnagr. Tu ibvf de dhbv je irhk parler…

Paul : Oui oui… Je ibvf bien…

Paule : Allez, au eribve Paul

Paul : Au eribve Paule.



Paule, Paul.
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Paule, Paul /21
Paul : Bonjour Paule.

Paule : Bonjour Paul.

Paul : Ca va ?

Paule : Ca va.

Paul : Bon.

Paule : Et toi ?

Paul : Ca va.

Paule : Bon.

Paul : Qu'est-ce que tu fais ?

Paule : Rien. Et toi ?

Paul : Rien

Paule : Ah la bonne heure !...

Paul : ...

Paule : Entends que ne rien faire n'est pas faire néant.

Paul : Faire néant : trop mortel.

Paule : Ne rien faire ce n’est pas rien.

Paul : Personne ne fait jamais rien.

Paule : Sauf à faire néant.

Paul : C’est faire…

Paule : Nada la tabula rasa.

Paul : Nous voilà à brasser du vent avec nos bouches.

Paule : Qu'y peut-on cher ami doux ?

Paul : Rien.

Paule : Qu'y faire ?

Paul : Rien.

Paule : Mais alors c'est la perfection du bidon ?

Paul : Ah ah mon colon !... Laisse moi rire !... Ne rien faire n'est pas une mince affaire…

Paule : Comme l'a si bien dit Mingoli : « Rien fait, bien fait ».

Paul : Qui est-ce ?

Paule : Un Chinois de mes amis.

Paul : Et que fait-il ?

Paule : Il ne s’en fait pas.

Paul : Bon...

Paule : Bon.

Paul : Oui.

Paule : Oui...

Paul : Parlons pour ne rien dire chère et admirable amie aimée.

Paule : Oh oui mon ami tendre, que le vide nous emporte et nous élève là où fleure bon le vent mat.

Paul : Nous flotterions et aurions accès au silence, aspirés par le rien le tien le mien, nos riens conjugués à merveille.

Paule : Ces petits riens du tout nous protège du grand néant...

Paul : à l'oeuvre quand on fait autre chose...

Paule : que de respirer le nez au vent.

Paul : L'action est un malentendu hurlé.

Paule : Elle ruine les mots partagés.

Paul : Agir c'est mortel trop, vouloir agir c'est du suicide tellement.

Paule : Aïe… Mais : "Que faire ?" comme dirait l'autre ? Car faire c’est un fait c’est être fait défait refait c’est être en effet méfait.

Paul : Ne rien faire me semble la meilleure des solutions scions du bois. Sachant que ne rien faire n'est pas faire néant hum hum hum…

Paule : Oui oui... Ce n’est pas rien, ni même rien faire, bien au contraire, ne rien faire ce n’est pas faire rien …

Paul : Bien sûr !…

Paule : Ne rien faire Paul, c’est ne s’en faire pas.

Paul : Mais faut bien vivre faut bien et vivre c'est agir, faire, créer et toutes ces choses qu'il est bien difficile de ne pas faire, tu en conviendra ami de mon coeur qui bat. Faire est terre à terre.

Paul : Oui oui... Je sais bien chère chère amie douce, c'est pourquoi je disais que ne rien faire n'est pas une mince affaire.

Paule : Opération du ciboulot mon coco. Les mains tremblent.

Paul : Causa mentale phénoménale ma cocotte. Les doigts s’agitent.

Paule : Si ne rien faire est une entreprise pareille, m'étonne pas que beaucoup préfèrent faire...

Paul : Hé oui... Faire beaucoup, beaucoup trop ho là là…

Paule : Hélas...

Paul : Plus facile...

Paule : Trop facile.

Paul : Trop fastoche de la sacoche où y'a des poches, mon amie !

Paule : Ah ah ah !...

Paul : Ah !...

Paule : Ah ah !...

Paul : Hé !...

Paule : Hé hé hé !...

Paul : Hi !...

Paule : Hi hi hi !...

Paul : Oh !...

Paule : Oh oh oh !...

Paul : Hu !...

Paule : Hu hu hu !...

Paul : Hou hou !...

Paule : Hou hou !...

Paul : Bouh !...

Paule : Bouh !...

Paul : Nom d'un Gnou !

Paule : Hé ! Gnu's not Unix.

Paul : Whaaarff...

Paule : Vive le GNU, vive le GNU !...

Paul : F.S.F., F.S.F. !

Paule : Nom d'un petit gnome !...

Paul : Debian Linux !

Paule : Chapeau rouge le magicien !

Paul : Liberté, égalité, fraternité !...

Paule : Copyleft !...

Paul : Gauche d’auteur !... Que la révolution m'emporte au temps présent !

Paule : Et tu le sais bien cher et doux et si présent ami aimé : "On ne fait pas la révolution : c’est elle qui nous fait tournebouler". Phénomène qui nous mène !

Paul : Oui oui !... Chère et douce et tendre et aimée amie : la révolution, il s’agit de l'accompagner amoureusement, d’en épouser le geste. La faire : c'est se la faire, pour tout dire : la violer à bras raccourcis.

Paule : Hé oui... Combien de révolutionnaires qui ainsi font la révolution, se la font et en ruine sur le champ l’élan.

Paul : Ainsi les activistes… Sont de grossiers affairistes.

Paule : Et manipulateurs du sens du poil qui prennent la joie révolutionnaire pour un plaisir stationnaire et figé. Sont raides. Ils plantent là la révolution qui tournoie et tombe.

Paul : Oui oui, tu fais bien, tu fais bien de le dire !...

Paule : Plantée là la révolution devient monolithe monstrueux immuable et mortel trop. Elle s'éteint la planète de terre faite, un soleil sombre, une lune chue…

Paul : Comment faire comment faire ?… Les uns, les autres pensent faire ce qui est à faire là et font et mènent la fabrique tourneboulée et et et... C'est l’anti-révolution perpétuelle en place ma chère !... Comment comment faire face ? Faire face alors.

Paule : Laisser faire, sans se laisser faire. Laisser aller, sans se laisser aller.

Paul : Le face à face est à l'affrontement.

Paule : Ne t'en fait pas mon ami, tout rapport est frottement de toute façon.

Paul : Des étincelles, je vois bien les feux de paille et qui mettent la maison en flammes.

Paule : Des étincelles oui, qui font long feu et chauffent la maisonnée.

Paul : Poil au nez !

Paule : Ah ah ah !... Paul ! Tu n'es pas sérieux !...

Paul : Poil aux yeux !

Paule : Arrête !...

Paul : Poil à la tête.

Paule : Oh noooon...

Paul : Poil au con.

Paule : Nooooon...

Paul : Repoil au recon.

Paule : ...

Paul : ...

Paule : ?

Paul : .

Paule : !

Paul : Chère et douce amie, d'accord je cesse.

Paule : Poil aux fesses !!!

Paul : Aaaaaah ah ah ah ah ah !...

Paule : Youh !...

Paul : Vive la vie idiote !…

Paule : Youp là !

Paul : Youkadiyoukada !

Paule : Da da da.

Paul : Darladiladada.

Paule : mlkgjql

Paul : amoifjm

Paule : Grrrr...

Paul : Schtrumpf !

Paule : A tes souhaits.

Paul : Merci.

Paule : Où en sommes nous ?

Paul : Au point de départ, non ?

Paule : Hum... Sûrement.

Paul : Bon, ce n'est pas le tout tout ça...

Paule : J'ai le souvenir que nous étions partis pour ne rien faire.

Paul : Nous étions bien partis d'ailleurs. Je te croisais et te demandais ce que tu faisais. Tu m'as répondu : « rien ».

Paule : Je te posais la même question, tu m'as fait la même réponse : « rien ».

Paul : Nous ne faisions rien.

Paule : Nous nous sommes rencontrés et nous avons parlé.

Paul : De tout et de rien.

Paule : De pas grand chose.

Paul : Presque rien.

Paule : Rien pour ainsi dire.

Paul : Bon, je te quitte là.

Paule : Moi aussi Paul.

Paul : A bientôt chère amie Paule.

Paule : A bientôt cher ami Paul.

Paul : Porte toi bien.

Paule : Toi aussi.

Paul : Merci.

Paule : De rien.

Paul : Mais si mais si…

Paule : Mais non…

Paul : Au revoir Paule.

Paule : Au revoir Paul.



Paule, Paul.
© Antoine Moreau, septembre 2003/2004
Copyleft : cette oeuvre est libre, vous pouvez la redistribuer et/ou la modifier selon les termes de la Licence Art Libre. Vous trouverez un exemplaire de cette Licence sur le site Copyleft Attitude http://artlibre.org ainsi que sur d'autres sites.




Paule s'abandonne.
Paule : Paul…

Paul : Paule ?

Paule : Je m’abandonne.

Paul : Aaaah… Joie profonde…

Paule : Je chois dénuée d’intentions, je me retrouve comme nue mue par un amour océanique.

Paul : Houlà… Tu vas boire la tasse…

Paule : J’ai bu des tasses et j’ai rendu. Me suis vidée les tripes, mon coeur a cœur d’être ouvert aux sels. Je flotte quand il pleut, suis en nage quand le soleil frappe.

Paul : Ne coule pas ma douce et chère amie, les sirènes sont des baleines grosses de…

Paule : Paul n’ait crainte : suis au sec sur la terre ferme, comme nue suis vêtue par les voiles. Mon plongeon fut le passage dans des nuages.

Paul : Tu te mouilles.

Paule : J’ai confiance. Ne suis pas prise par le vertige. Mon abandon redonne de la peau à ma peau pesante. Je pelle. Ne suis dépouillée qu’en apparence.

Paul : Tu n’es pas dans le dénuement, non non non…

Paule : Suis dans le dénuement pour qui ne voit pas la grande voile qui transporte et me vêt.

Paul : Je vois Paule que j’aime ainsi offerte aux vents mouillés.

Paule : Dans mes bras Paul abandonne toi à moi à toi à nous le don sommes doués de l’abandon.

Paul : Aaaah… Paule… Je t’embrasse.

Paule : Rien ne manque…

Paul : Ce serait un comble.

Paule : Le don est bon. Le dindon aussi avec la farce dedans.

Paul : Aaaah aaaah !… Joie joie de recevoir !…

Paule : Mais oui, mais oui !… Mais Paul tu le sais tout le monde n’est pas doué : il faut donner pour l’être.

Paul : Oui oui !… Donnons nos dons !

Paule : Est doué qui donne.

Paul : Qui a des dons donne.

Paule : Etre doué c’est donné.

Paul : La beauté du geste fait le vol gracieux du dindon farci.

Paule : Ma bouche est ouverte à la manne.

Paul : Mes yeux voient ding dingue dong !

Paule : Aaah aaah aaaaah !…

Paul : Hum… Ne t’abandonne pas trop totalement chère Paule, pas absolument entièrement.

Paule : Comment le pourrais-je ? Le dindon dodu veille…

Paul : Ah !… Mais oui ! Oh oh oh !…

Paule : Je ne suis pas nue non plus tu vois.

Paul : Oui oui je vois.

Paule : Tombe pas des nues moi… Mes pieds au sol ma tête au soleil. Je m’abandonne à l’amour seul. Pas à tout du tout. Seul l’amour me prend toute.

Paul : Oh oh…

Paule : J’ai de l’eau fraîche !…

Paul : Tend la main, t’auras du boudin.

Paule : Blanc ou noir, je les prends de bon cœur.

Paul : Tu donnes tant.

Paule : Suis sans crainte ni espoir, le présent est cadeau pour qui vit la vie vive.

Paul : Tu n’as pas peur du lendemain. T’auras du boudin.

Paule : J’entends, j’entends la chanson au loin qui vient. Ecoute, écoute !…

La chanson : « Tiens, voilà du boudin, voilà du boudin, voilà du boudin, pour les Alsaciens, les Suisses et les Lorrains, pour les Belges, y en a plus, pour les Belges y en a plus, ce sont des tireurs au cul. »

Paul : Avec des frites !

Paule : Rien ne manque à notre bonheur, seul le trop est un malheur.

Paul : Ras le bol…

Paule : Ras la casquette du trop plein.

Paul : Donnons, donnons à l’envi !…

Paule : Que le trop ne pèse et n’alourdisse nos désirs !…

Paul : Soyons légers en nos vêtements amples. Dévoilons l’espace !…

Paule : Donnons nous le temps les uns les autres.

Paul : Tous les temps !

Paule : Oui, les temps pour toutes choses.

Paul : Il est temps.

Paule : Il est grand temps…

Paul : Je pelle.

Paule : Tu m’as entendu Paul.

Paul : Viens frotter ta peau contre la mienne.

Paule : Allons.

Au loin : « Tiens, voilà du boudin, voilà du boudin, voilà du boudin, pour les Alsaciens, les Suisses et les Lorrains, pour les Belges, y en a plus, pour les Belges y en a plus, ce sont des tireurs au cul. »



Paule, Paul.
© Antoine Moreau, septembre 2003/2004
(publié dans le n° 37 de Papiers Libres, juillet-août-septembre 2004) Copyleft : cette oeuvre est libre, vous pouvez la redistribuer et/ou la modifier selon les termes de la Licence Art Libre. Vous trouverez un exemplaire de cette Licence sur le site Copyleft Attitude http://artlibre.org ainsi que sur d'autres sites.

326.jpg Mohini est contente de ses photos. http://adamproject.net
Copyright Timothée Rolin, 08.12.2001,
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