Paule : Allons ! Paul ! Tu es trop mortel avec ton chapeau rigolo.
Paul : A toi, elle te va à merveille la casquette la casquette, tu resplendis, ça me troue, te regarder est une joie pleine, je te vois te mouvoir, ta respiration, ta bouche, tes yeux, ton visage, ton corps, chacun de tes mouvements me transportent et m'élèvent.
Paule : Ooooh Paul... La vie en toi est si vive qu'elle éclaire tout ce que je perçois, ta présence m’éblouis et je vois en tes gestes et paroles la beauté certaine manifestée.
Paul : Aveugle moi aimée Paule ! Que mes yeux brûlent c’est la fournaise, qu'ils éclatent à la braise.
Paule : Soleil dans ma tête !
Paul : Ton feu me tue ton teu me fue, je nais à nouveau (cendres au ciel) du creux de ton ravage.
Paule : Etoiles en moi !
Paul : Univers !
Paule : Univers !
Paul : C'est la vie.
Paule : C'est la vie.
Paul : Que dire de plus ?
Paule : Je ne sais pas.
Paul : On peut tout dire.
Paule : On peut on peut…
Paul : On peut juste dire ce qu'il est possible de dire.
Paule : Si tout dire devient possible…
Paul : Plus rien dire alors.
Paule : On est tue.
Paul : Raid coi cloué du bec.
Paule : Seul y'Ha cbffvoyr est le possible.
Paul : A y'Ha cbffvoyr nul n'est tenu.
Paule : C'est ce qu'on dit, hein ? ...
Paul : Qui est-on pour ainsi dire ?
Paule : On ne sait pas pour tout dire.
Paul : On peut le dire...
Paule : On n'a pas de parole.
Paul : On ne sait pas ce qu'on dit.
Paule : Les on dit courent dit-on.
Paul : Elles sont ou vertes les oreilles, il se dit tellement de choses il paraît.
Paule : Que mes oreilles se bouchent comme des paupières !
Paul : Va !… Nos oreilles sont des trous ouverts à tout vent.
Paule : Mon Dieu !... Entendre ce qui tout le temps toujours se dit me blesse à la longue.
Paul : Du miel du miel en veux-tu en voilà !...
Paule : Merci merci mon ami doux., Aaaah… Aaaah…
Paul : Des abeilles des abeilles!...
Paule : J'entends j’entends !
Paul : De la cire de la cire illico !
Paule : Aaaah... Merci mon cher et tendre ami.
Paul : Je m'en mets aussi.
Paule : Pardon ?
Paul : Voilà.
Paule : Ah oui. Je n'entends plus rien. Quel bonheur !...
Paule : Je pense que oui et je ne suis pas la seule. Beaucoup sont ceux qui pensent à ce qui se passe.
Paul : Je le sais bien. Mous pensons tous nais pas à tout. Ce qui mous échappe est justement ce qui se passe...
Paule : Ca mous passe entre les doigts ?
Paul : Au dessus de la tête oui.
Paule : Dans nes nains un norceau de plage et qui file à travers ciel.
Paul : Comment penser ce qui passe ?
Paule : Je ne le demande.
Paul : Ca demande réflexion.
Paule : Qui peut réfléchir ce qui se passe ?
Paule : Une image est passée percée perçue par niroir.
Paul : Seul l’immobile figé est pensable : des ruines, des traces.
Paule : Ce qui se passe passe à travers. Un tour de passe passe mous dépasse.
Paul : Non amie... Laisse noi réfléchir deux secondes, une ninute, une journée, une année, une éternité... Je me suis pas sûr de saisir ce qui se passe.
Paule : Tu me vois rien de ce qui se passe nis à part ce qui passe, tour de passe passe, des traces de passages.
Paul : C’est passé, me passe plus.
Paule : Ce qui se passe me passe pas, me se pense pas.
Paul : Nais nais nais !… Que dis-tu alors si ce m'est là pensé ? M’as-tu rien vu passer ? Que passes-tu à non oreille ?
Paule : Oui oui Paul chéri. Je suis pensée par là et ce qui pense à travers moi et qui jusqu'à tes oreilles tinte, est l'opération de pensées passagères et tenaces. Je me pense pas, je suis pensée, je suis pensée quand je pense penser.
Paul : Ah !… Na qué passa ? (Je me sais quoi en penser…)
Paule : Suis dépensée non amour. Suis passante pensant penser.
Paul : Mais… Paule… Qui où comment pourquoi qui es-tu ? Es-tu là ? M’as-tu corps, je te vois, te touche, t’embrasse, t’enlace, tu…
Paule : Si je le voulais penser vraiment je serais hors de noi. Ce qui se passe et passe à travers noi est pensé en partie par avance.
Paul : En partie seulement car tu es bien là je te vois, je te touche, t’embrasse, t’enlace, tu…
Paule : Là j'avance sans penser par noi-nême tout le temps car je ne suis jamais noi-nême et vais vers une présence supposée nienne qui n’attend au carrefour.
Paul : Je te suis en partie. (Mais que se passe-t-elle ?…)
Paule : Je le pense nais me pense pas. Que faisons-mous ? Qu’avons-nous fait en fait ? (Nais que se passe-t-il ?…)
Paul : Penser ou agir il faut choisir ? (Nais qu’est-ce qui se passe ?)
Paule : Il n'y a pas le choix. (Qu’est-ce qui se passe ? )
Paul : Ah ah !... Paule s'il te plait, ah… penser est agir, mon ?
Paule : Oui, penser est mon agir.
Paul : Ce n'est pas rien.
Paule : Cher amour de nes yeux, tu le sais bien, c'est souvent préférable à l'action brut de forme la mon action agissante au fond.
Paul : Oui ?… Alors penser (nais que se passe-t-elle ?…) est du mon agir agissant (nais que se passe-t-il ?…) préférable à l'action brute de forme (nais qu’est-ce qui se passe ?), quand agir est une passion soumise aux actes et (qu’est-ce qui se passe ? ) dépassée par l’événement qui vient au passage (enfin qu’est-ce ?).
Paule : Nais (c’est) oui (très) Paul (clair) ! C’est ce que je puis penser au fond.
Paul : Alors : en surface tout s’efface. Cela revient au même quoiqu’il se passe et quoiqu’on fasse la roue tourne et sommes tourneboulés.
Paule : Nais mon nais mon...
Paul : Je comprends chère Paule cul par dessus tête par dessus cul par nont et par vaux en voilà en veux-tu ainsi va l’eau, elle tombe et s’évapore.
Paule : Voilà voilà... Ce n'est pas trop compliqué.
Paul : Si si : trop
Paule : Tu veux trop penser. Tu peux penser tout ça sans trop le vouloir, mi nême le vouloir du tout oh oh.
Paul : Je comprends chère Paule fesses au dessus face au dessus fesses eau qui s’évapore et tombe en pluies ça ruisselle au sol et les rivières se font se jettent dans la ner vaste. Question d'exercice et je nanque de pratique vois-tu…
Paule : Un bon lavage de cervelle, un bon décrassage des meurones et hop tu formes alors ton esprit avec le zeste de discipline que tu t'es choisi pour être en grande forme.
Paul : Nais quoi ?!... Quelle discipline, de quoi parles-tu chère et terrible amie ?
Paule : Je parle, très aimable compère et tendre et doux ami, de la formation de ton esprit.
Paul : Nais j’ai le crâne et pas d’un âne !… Non cerveau est noulé bien dedans, m’ai pas le chapeau qui travaille, au plus, il joue un peu quand ça chauffe un peu parfois.
Paule : Il se passe que…
Paul : Qu’est-ce que se qu’est-ce qui passe ?
Paule : La forme là les formes…
Paul : Paule ?
Paule : Qui forment…
Paul : Tu es…
Paule : Regarde.
Paul : Qu’est-ce qui se passe qu’est-ce qui passe ?
Paule : Passons Paul, passons !…
Paul : Après toi amour de nes jours.
Paule : Formons un cercle…
Paul : Tout autour de l’abîme je te suis tu ne suis mous formons…
Paule : Je ne pensais pas te trouver ici à cette heure.
Paul : Mais moi non plus. Je suis là comme par hasard.
Paule : Comme tout le monde.
Paul : Oui, comme tout le monde.
Paule : Ce n’est pas par hasard si tu es là Paul.
Paul : Non, j'y suis là comme par hasard. C'est comme si, c'est tout comme.
Paule : Comme tout le monde.
Paul : Où pourrais-je être autre part qu’ici ? Qui serais-je ailleurs ? Pourquoi es-tu chère et douce ici avec moi aujourd'hui à cet instant là ? Qui es-tu là ?
Paule : Ce n'est pas le fruit du hasard.
Paul : C’est ce qui est. Ce qui est est. Hé!...
Paule : Hé ! C’est juste. Trop juste pour être juste. Un peu juste, non ?
Paul : Ah mais ! Justifié ce qui arrive justement. Inch Allah !…
Paule : Oh là là… Ainsi donc ainsi soit-il ?…
Paul : Mais… Qu’est-ce qui est ?…
Paule : Attend attends... Je prends ma tête entre mes mains. Qu’est-ce qui est qu’est-ce qui est qu’est-ce…
Paul : Justement tout n'est pas justement. Tout ce qui arrive n'est pas. Tout n’est pas juste. Loin de là, l’injuste est là.
Paule : Tout n’est pas juste, soit !... Mais qu’arrive-t-il de juste, justement ? Qu'est-ce qui est ? Qu'est-ce qui peut être est ?
Paul : Juste peut être.
Paule : Peut-être peut-être… Un ajustement (hé !) à ce qui est. Y être en rapport et en mesure d’Y être. Peut-être peut-être… Ma tête ma tête…
Paul : Mais j’y suis ! Il y a du monde, regarde !... Tout ce monde au monde c’est ce qu’il y a c’est ce qui est.
Paule : Juste personne, il n’y a personnes.
Paul : Il y a foule, le peuple y est !
Paule : Mais personne n’y est pour personne.
Paul : Qui y est alors ?
Paule : Pour qu’il y ait personnes il faudrait qu’elles soient au monde ce que le monde est justement.
Paul : …
Paule : Hé !…
Paul : Cela n’existe pas. Ce serait un autre monde…
Paule : Je l'imagine doux ami.
Paul : Ha... Le fruit de l'imagination...
Paule : Fruit de la passion !...
Paul : Salade de fruits, jolis jolis...
Paule : Salade de fruits, jolie jolie...
Paul : Tu plais à mon…
Paule : Tu plais à ma…
Paul : Stoppons là les salades, l'imagination a emprise sur nos personnes. Les images engagent la lutte contre nous-même.
Paule : L'imagination au pouvoir soumet nos corps à l'irréel vraiment.
Paul : C'est un pouvoir passionnant qui domine et les actions et les pensées (hé !).
Paule : Les fruits de l’imagination prennent racines dans le non-être.
Paul : Mais chère amie aimable, tu le sais bien, nous ne sommes pas toujours, nous ne sommes pas. Toujours.
Paule : A dire vrai peut-être nous ne sommes jamais c'est bien pourquoi nous parlons au jour le jour.
Paul : Et créons nom de nom.
Paule : Et dansons ensemble sur le pont d’à côté.
Paul : Comment faire autrement ?
Paule : Allez !… Dégustons les fruits ! Allez allez ! Pas de salades !...
Paul : Les choisir excellents. Multiplier les arbres fruitiers et ainsi partager les pouvoirs !
Paule : Diviser le pouvoir de l'imagination et par là multiplier les imaginations !
Paul : Ah !... L'imagination va pouvoir, être réel est sa réalité.
Paule : Et quel monde alors !...
Paul : Des mondes communicants.
Paule : Des pouvoirs d'imaginer d'autres pouvoirs en puissance.
Paul : Des pouvoirs d'imaginer d'autres pouvoirs d'imaginer d'autres pouvoirs d'imaginer... Quelle puissance !…
Paule : Et ainsi de suite, l'imagination n'est pas au pouvoir, l'imagination n'a pas le pouvoir, l'imagination est pouvoir.
Paul : Ainsi, imaginer un autre monde au pouvoir c'est se le jouer en représentation bien séparée du monde tel qu’il est là puissant.
Paule : L'autre monde possible est un théâtre clos qui manifeste une certaine impuissance.
Paul : Enclos ma douce amie, ce lieu rêvé qui se joue de nous. D’ailleurs ailleurs c’est bien là que nous allons nous faire voir. Allez vous faire voir ailleurs est le lieu réel de ce monde autrement possible.
Paule : Allez !… Comme tu y vas…
Paul : Non non… Je suis là justement. Un autre monde est possible dans la clôture, scène bordée.
Paule : Mais tu n’y es pas mon ami !…
Paul : Non non, je n’y suis pas, suis au monde là dit donc, il n’est pas possible, il est ce qu’il est. Impossible c’est ce qu’il est hein.
Paule : Si je te suis bien : l’autre monde rêvé est l’impossible de l’impossible ?
Paul : Mais oui mais oui !… C’est un gouffre le monde là. Il vide. Il est aspirant. Sommes visés, vidés, virés de tout bords. L’autre monde imaginé c’est du vide sur du vide, le vent souffle.
Paule : Mais n’aspirons-nous pas nous là à un autre monde de toutes les façons possibles. N’est-ce pas ce qui se joue sur les scènes oxygénées?
Paul : Expire chère Paule ! Expire !… Vide toi. Libère tes poumons d’air et respire. Respire et joue.
Paule : Si un autre monde n’est pas possible parce que c’est justement l’impossible de l’impossible, qu’est-ce qui est possible ?
Paul : Le lieu où rien d'autre n'a lieu que notre amour.
Paule : Ah !… Aaaah… Suis touchée au cœur du noyau. Mes joues rosissent… Quel est ce lieu cher ami de mes yeux ?
Paul : Ce qui a lieu en lieu et place de tout territoire.
Paule : Ah !… Tu me transportes ami cher. Je lis dans tes yeux.
Paul : D’ailleurs c’est là.
Paule : C’est… C’est… C’est…
Paul : C’est !
Paule : Ah !…
Paul : C’est…
Paule : Ah… Tu as le dernier mot Paul, celui qui cloue le bec… J’ouvre ma bouche. Ma langue est là muette.
Paul : Pas à l’instant même, non, mais que fais-tu en ce moment oui ?…
Paule : En ce moment et depuis longtemps : j’écris… Ce matin j’ai écrit comme toujours.
Paul : Ah… C’est intéressant…
Paule : Qu’en sais-tu ? Tu n’as rien lu .
Paul : Mais je m’en doute. Tes courriels, je les lis toujours avec grand intérêt.
Paule : Ma ! Notre correspondance électrique, c’est autre chose mon ami !…
Paul : Soit ! Mais alors, qu’écris-tu ?
Paule : Je te le dis : j’écris. Tous les jours j’écris, une fois ou plus par jour.
Paul : Hum… Et depuis combien de temps écris-tu ainsi au moins une fois par jour ?
Paule : Tu ne vas pas me croire : j’écris tous les jours depuis une bonne dizaine d’années, je ne sais plus depuis quand exactement, l’impression depuis toujours.
Paul : Qu’écris-tu alors?
Paule : Rien de très précis. J’écris pour écrire pour ainsi dire… Ecrire procure la paix, J’écris, je respire.
Paul : Ah… La paix… Tu écris pour avoir la paix, mais quoi ? Qu’écris-tu ?
Paule : Je te le dis : rien de très intéressant au fond. J’écris ce qui me traverse ça chasse au fur et à mesure ce qui s’inscrit trop lourdement. J’écris petit à petit. Je prends note.
Paul : Note de quoi et pourquoi faire ?
Paule : Faut-il te faire un dessin, ami cher ? J’écris pour rien d’autre que la bonne heure qui m’envahi quand je plonge dans le texte qui se forme mots à mots. Ce n’est pas franchement un plaisir non plus. Il y a des jours où écrire est pénible et je ne cesse de perdre le fil. Tu sais à quel point il faut être combatif pour avoir la paix, que celle-ci est loin d’être naturelle, qu’il faut véritablement batailler, résister aux vendeurs de sommeils en tous genres. Fais dodo, la belle histoire…
Paul : Tu noircis le papier…
Paule : Oh… Je n’imprime jamais !… Ca reste sur le disque dur. Il m’arrive d’imprimer pour voir mais c’est rare. J’écris comme je respire, sue comme un phoque oui… Pour respirer, me dégager l’esprit des histoires qui m’assaillent j’écris j’écris.
Paul : Je comprends ce que tu me dis. D’autres parlent au vent, ça ne dit rien qui comble, mais ce qui sort de la bouche s’adresse au vide, c’est expiré sorti pfuit.
Paule : Oui, Paul. C’est un exercice, un maintien de la langue, qu’elle ne tombe pas et moi avec. C’est une pratique quotidienne comme une gymnastique douce, un tai-chi-chuan, une prière, d’insérer, que, sais-je, encore ?
Paul : Sans doute, mais qu’est-ce que tu racontes ?
Paule : Qu’est-ce que j’en sais ? Ca m’étonne toujours de constater ce que j’ai pu allonger noir sur blanc en tapotant sur mon clavier. Je découvre étonnée celle qui est moi née.
Paul : Je serais curieux de te lire chère Paule.
Paule : Si tu le veux, oui, pourquoi pas cher Paul.
Paul : Je me demande bien ce que tu peux écrire ainsi.
Paule : Ce n’est pas rien mon ami !… C’est sûrement nul… Ca te dira quoi ? Je ne sais pas. Moi, ça me trouble de me lire et je préfère, et de très loin, lire autrui. D’ailleurs tu le sais, je lis aussi tous les jours et l’étagère où reposent les livres qui m’attendent ne cesse de se remplir, humpf… J’en ai pour des années à la vider. Car je relis aussi.
Paul : Alors peu t’importe ce que tu écris ?
Paule : Non mon bon ami, mais franchement, est-ce que ça me regarde ? Suis pas sûre. Je corrige, oui, je peaufine, oui. M’importe ce que je laisse visiblement, mais sans illusion je suis. Je sais que c’est nul.
Paul : Quoi ?…
Paule : Oui c’est nul, ni moins ni plus, zéro patates. Il n’y a rien, juste le désert, des graphies qui le ponctuent, un départ. Point. Un point de départ. Je ne sais quelle histoire se trame, suis prise dans les mailles. Franchement mon ami, ce n’est pas forcément mauvais, non non non… Suis bien contente de ce que j’écris, oui oui oui… Mais c’est, sur l’échelle des valeurs, ni plus ni moins que 0. Point à la ligne.
Paul : Ho ho ho… Que, peux-tu, écrire, chère, et douce, amie ?…
Paule : Je ne sais pas ce que c’est, pas à quoi ça rime moi-même… Je te le dis : ça m’étonne toujours. J’y découvre quoi ? J’y découvre… Que te dire ? Tu liras, je vais pour toi, mon tendre ami d’amour, imprimer quelques pages, tu me diras ce que tu y auras lu.
Paul : J’ai hâte de te lire Paule.
Paule : Mais tu m’as déjà lu, non ?…
Paul : Oui, tes mails…
Paule : C’est vrai, notre correspondance c’est autre chose. C’est autre chose d’écrit mais c’est lié mon ami.
Paul : Comment ça ?
Paule : Voyons voyons, laisse-moi voir… Je découvre… Ca à l’instant… N’y avait pas pensé particulièrement… Notre discussion m’éclaire, c’est heureux. Oui, mon écriture de tous les jours là est aussi une correspondance.
Paul : Je vois : une écriture donnée à, tracée sur le sable de ton écran b. Donnée sans correspondants mais correspondant à b jusqu’à z. A compris.
Paule : Mais c’est… C’est… Je ne… Et ?… C’est ?… Pourrais-je écrire dans l’eau alors ? Hum… Boire la tasse, oui… M’y noyer enfin, je le sais pour m’être imprudemment plongée quelques fois dans certains trous plutôt profonds et risquée d’y rester, au fond...
Paul : Bah… Tu es impatiente souvent, je te connais bien chère très chère amie, tu voudrais en une seule gorgée goûter à tous les vins possibles. Imagine la gerbe et ton coma assurés, la noyade dans la mer de rendus.
Paule : Je me rends bien compte de ce que tu me dis là. Oui et je mets, comme on dit, on dit tellement de choses qui en veulent dire des choses, des sous-entendus, de l’eau dans mon vin, tu sais, depuis longtemps déjà. Ecrire chaque jour me permet d’attendre patiemment les jours qui suivent.
Paul : Et c’est alors que tous les jours tu écris écrits après écrits sans que ces écrits ne trouvent de lecteurs, ils en arrêteraient le cours. Un moment durant... Ton écriture est une trace de vie, une « vitagraphie ». Texto !
Paule : Sans doute, je ne sais pas, je ne sais rien de ce qui se passe, ça se passe ainsi, un jour il y aura des lecteurs peut-être sans doute, mais comment cela se fait ? Qu’est-ce qu’un écrit achevé ? Sous forme de livre ? Imprimé sur papier, ce sont des feuilles qui tombent, mon arbre a des épines.
Paul : Ca sent le sapin ma chère !…
Paule : Question de temps je te dis. Ca ne fait qu’une dizaine d’années que je pratique l’écriture au jour le jour comme je vais d’un point à un autre. Le temps viendra où mes écrits me tomberont des bras pour atterrir sur la tête d’un promeneur d’ici qui sera là.
Paul : Qu’en fera-t-il ? Je te le demande.
Paule : Il jurera et lèvera la tête au ciel ! Une pluie de mots tombera alors. Il lira il ira où ça mène, j’aurai indiqué un cheminement.
Paul : Je me demande bien si j’aime l’odeur de la sève des pins, il me semble que oui.
Paule : Que dis-tu ?
Paul : Rien, je me pose des questions : Tes écrits sont peut-être très mauvais, sans intérêt du tout.
Paule : Je le pense, oui, souvent. Je crois qu’ils n’ont pas grand intérêt. C’est désintéressé au possible. Je te le dis : je fais ça comme une respiration. Ecrire plait à ma cervelle, mais rien de très passionnant ne sort de mon cerveau. Je te le dis : je préfère lire des auteurs. Moi, je ne suis l’auteure de rien de remarquable. Je ne crée rien d’épatant, je découvre simplement quelque chose qui se couche noir sur blanc et qui vient à travers moi, mais c’est étrange toujours, ce n’est pas moi, je le sais bien. C’est je ne sais pas ce que c’est.
Paul : C’est nul !…
Paule : Oui ! Nul à…
Paul : Je vois le 0, la bulle de zéro. C’est beau un cercle.
Paule : Oui, il y a une perfection dans la nullité que je tente en écrivant. Car mon bon ami que j’aime, je n’arrive pas toujours à être aussi nulle que je le souhaiterais. J’y tends. Mais je vois bien à mes relectures que j’approche, sans l’atteindre vraiment la nullité parfaite. Mais est-ce vraiment ça, est-ce vraiment nul ?
Paul : Ce n’est pas facile…
Paule : Tu le dis. Mais est-ce cela la nullité ? Je me pose la question.
Paul : Ce n’est pas moins que rien, c’est un tout comme un trou.
Paule : Mon amour !… Tu m’annules et me rends libre…
Paul : Bon… C’est ainsi, ge vais, g’y vais, ge viens et va.
Paule : Bon alors tout va bien ?
Paul : Ca va ça va… Oui chère amie, tout va bien tu le vois bien.
Paule : Ge vois que ça va ge vois que ça mais ça va où tout ça et toi ? Où tu vas ? Tu vas bien quelque part ?
Paul : Bon !… Viens avec moi…
Paule : D’accord d’accord.
Paul : Nous allons bien voir où nous allons, si voir est possible en chemin.
Paule : Mais pourquoi pas ? Nous verrons bien où nous mènent nos pas.
Paul : M’est avis que ge commande à ma démarche tout de même.
Paule : Mais où tout ça mène ?
Paul : A la fosse à la fosse ! Ah ah !…
Paule : Ah ah ah !… Tous les chemins y mènent.
Paul : Entre temps faut ce qu’il faut !
Paule : Faut bien vivre, que la faux m’emporte si ge mens !…
Paul : Attention de ne pas tomber mon amour.
Paule : Oh… Merci Paul, ge trébuche simplement, m’éjratijne un peu la peau, pas bien jrave.
Paul : Mais tu saijnes ma chérie.
Paule : Quelques gouttes. Ça tombe.
Paul : Laisse moi voir ça.
Paule : Assieds-toi aimé Paul.
Paul : Allonge toi chère tendre et douce Paule aimée.
Paule : Voilà, vois.
Paul : Ge vois bien mais ne sais qu’en penser.
Paule : Ge te le dis : ce n’est pas grave, ge me remets debout illico sans forcer.
Paul : Poursuivons notre chemin.
Paule : C’est par là ?
Paul : Oui. Où veux-tu que ce soit ?
Paule : Par là-bas.
Paul : C’est toujours par là, non ?
Paule : Alors allons-y et ne tournons pas en rond.
Paul : Nous aurons bien l’occasion de repasser par ici, non ?
Paule : Oui, certainement un jour prochain.
Paul : Bon, c’est par là.
Paule : A cette heure les ombres s’allonjent rapidement, bientôt elles disparaîtront.
Paul : Nous avons le temps, ne t’inquiètes pas chère amie.
Paule : La nuit tombera comme d’habitude, la ville sera claire. Nous pourrons aller dîner.
Paul : Nous avons le temps pour cela, ne crois-tu pas ?
Paule : Oui oui, nous l’avons.
Paul : Bon…
Paule : Ge n’ai plus mal au jenou.
Paul : A la bonne heure !…
Paule : Ge marche comme sur des roulettes.
Paul : Connais-tu ce quartier douce amie ?
Paule : G’y suis venue, ge pense, il y a quelque temps.
Paul : Ge pense aussi que g’y suis venu aussi ge ne sais plus quand.
Paule : Ne marches-tu pas trop vite ?
Paul : Vais-ge trop vite pour toi ?
Paule : Non non…
Paul : Ge ne vais ni lentement ni vite ge vais au rythme de mes pas sans penser au temps qui passe sans que ge n’y pense. Ge ne pensais pas à la cadence.
Paule : Ge ne voulais pas y penser non plus cher ami et doux compagnon, cette question m’a traversé l’esprit : la vitesse, la lenteur de notre marche convient-elle au chemin que nous faisons ?
Paul : Mais oui mais oui… N’y pensons plus, ge ne sais comment et à quel rythme marcher maintenant…
Paule : Oh… Mille excuses pour avoir introduit ce soucis dans nos esprits. G’avoue aussi que ge peine à mettre un pied devant l’autre, désormais, ge pense à la cadence.
Paul : N’y pensons plus ! Courrons !…
Paule : Ah oui !… Bonne idée !…
Paul : 1, 2, 3 : Partons !
Paule : Où où ?
Paul : Là là !
Paule : C’est parti mon qui qui !…
Paul : Ah ! Paule !… Tu vas vite !
Paule : Et toi ami de tous les jours, comment tu vas ?
Paul : Bien merci, ça fonce Alphonse !…
Paule : Ah ah !… M’essouffle, crache les poumons rosis, ma respiration est ample, humpf humpf… Fait du bien de courir à fond le caisson.
Paul : Humpf humpf… Cœur qui bat boum boum, me sens cramoisi du visage, g’ai les gambes qui tressautent.
Paule : Allez allez, ‘core un ’tit effort !…
Paul : Ge veux bien ge veux bien, allez allez, humpf humpf… Trotte trotte, respire expire, import export, poussez-vous piétons !…
Paule : Failli en bousculer un tout à l’heure. As-tu vu ?
Paul : Non, nez dans le juidon de la course que ge suis dedans.
Paule : Ah !… Humpf humpf… On… Alors… Fait la course ?…
Paul : Mais tes grandes enjambées ma chérie !… Ge ne fais pas le poids, suis à la traîne si tu comptes me semer.
Paule : Ah ah !… Bon vent ! Ge m’envole !…
Paul : Attends attends !… Ne me laisse pas à la traîne…
Paule : Cours mon ami ! Rattrape-moi, ge m’élève !
Paul : Mais mais !… Humpf humpf… Où vas-tu ?…
Paule : Le sais-ge ? Ge fonce à toute allure, rendez-vous doux et cher à la prochaine !…
Paul : Jrrr… Retrouvons-nous à la terrasse d’un café là-bas !
Paule : Retrouvons-nous au carrefour lointain. Tu sais, à l’orée de la ville, il y a ce carrefour à l’ombre d’ifs. Ge serai sous celui qui penche un peu.
Paul : Ge vois ! C’est loin.
Paule : Cours mon ami, cours !
Paul : Mais ge peine, n’ai pas tes facultés, tu es agile et jracieuse, ge suis empoté et lourd, g’ai les gambes petites.
Paule : Tu exajères, tu as, Paul admirable, fin tarin et des mollets bien moulés.
Paul : Pour tout te dire Paule superbe, ge préfère flâner, marcher, déambuler, marcher, flâner, oui, que courir et courir.
Paule : Ah mais… Ce n’était qu’une proposition ponctuelle, arbitraire et amusante qui sait : défouler nos muscles, faire bondir nos cœurs, faire suer nos peaux et rafraîchir nos poumons. Notre course aurait eu une fin, franchie la ligne.
Paul : Au départ ge ne suis pas contre, par contre, tu vas beaucoup trop vite pour moi, ge ne te suis pas.
Paule : Paul Paul Paul… Allons-y en petite foulée, tranquille sans forcer, g’y consens à ralentir par amour pour toi le pas. Content ?
Paul : Tu es trop aimable chère et douce. Ge sais qu’il est pénible de redescendre après s’être élancé.
Paule : Ca va aller, ge te quitterai tout à l’heure et g’irai à toute vitesse pendant un bon kilomètre me fatijuer la carcasse. Tu ne verras pas ma chute lasse au bout, choir lentement au sol, souriante et souffrante en goie implosive. Ah mon ami, qu’il est bon de suer torridement.
Paul : Ge suis bien d’accord, moi aussi ge sue volontiers par moment.
Paul : Mais oui !… C’est à cette heure que je sors. Le nez hors de mon ordinateur connecté prend le frais là.
Paule : Aaaaah… Plongé dans le cyber-espace que tu es tout le temps… J’ai lu ton message dans le forum de discussion fr.rec.arts.plastiques sur usenet à propos de...
Paul : J’ai vu que tu y avais répondu chère amie aimée.
Paule : Oui. Alors… Qu’en penses-tu ?
Paul : Rien. As-tu lu ce que t’a répondu Trooop?
Paule : Oui et Graaaph a répondu je ne me souviens plus quoi, mais c’était bien vu aussi.
Paul : Je l’ai rencontré il y a peu. Il ne ressemble pas du tout à sa prose.
Paule : Et moi j’ai croisé Trooop lors de la dernière édition des rencontres mobiles informelles et ponctuelles : elle m’a surpris par son silence.
Paul : Paule ? As-tu encore le temps de sortir ?
Paule : Mais je sors tout le temps !
Paul : Où ça ?
Paule : Mais là haut ! En ligne ! Sur le réseau ! Au-dessus des têtes ! L’espace électrifié ! Tu le sais bien.
Paul : Mais… Le web n’est pas…
Paule : Mais je te croise aussi cher ami aimé. Embrasse-moi.
Paul : Embrassons-nous aimable Paule.
Paule : Aimé ami, dans mes bras !
Paul : Dans mes bras aimée amie !
Paule : …
Paul : …
Paule : Tu n’as pas répondu à mon dernier mail.
Paul : J’allais le faire, j’ai été submergé de spams, une nouvelle vague offensivement virale ces derniers temps.
Paule : Tu n’es pas le seul, je filtre, je reçois pas mal toujours trop.
Paul : Bah !… Le net a vécu et nous ne sommes pas morts !
Paule : Oui ! Nous survivrons bien à l’hyper mondanité électronique. L’horizontal est un couperet qui sabre les têtes en ligne à la queue-leu-leu. Toi et moi et d’autres aimés complices, bondissons, créant ainsi des verticales vertigineuses quelques fois.
Paul : Oui oui, je vois ça. Mais tout de même, un ami lointain mais proche a disparu du flux. Sa présence face aux sabres tranchait.
Paule : Je vois de qui tu veux parler. Sache qu’il observe.
Paul : J’entends bien.
Paule : Qui sait ce qu’il fait par ailleurs ?
Paul : Oui… Son activité, prise par erreur pour de l’activisme quand l’internet existait encore dans son inachèvement… Il m’étonnerait qu’il soit inactif. Le net s’achève par la force de la volonté territoriale qui balise, lui avait pris acte du lieu qui confiait.
Paule : Il observe : ce n’est pas rien.
Paul : D’une visibilité moindre, oui, je vois.
Paule : Tu n’as pas de nouvelles ?
Paul : Non, pas depuis une semaine. J’ai reçu un mail très court.
Paule : Bon…
Paul : Paule ?
Paule : Oui ?
Paul : Te tiens-tu informée ?
Paule : Hum… Comme toi je suis bombardée. Comment passer à travers ? Suis bien tenue d’être informée oui.
Paul : Tu te tiens au parfum alors ?
Paule : Peux-tu vivre sans respirer Paul ? Je sniffe l’info qui passe à ma portée.
Paul : Aspires-tu à plein poumons ?
Paule : Non non !… Tu es fol !…
Paul : Mais je me souviens bien que tu étais fort instruite en actualité. Tu gonflais tes poumons d’aise et soufflait des flots de faits frais… Tu avais bonne mine.
Paule : Oui, il y a quelque temps, quand les infos laissaient du temps pour souffler par ailleurs. Aujourd’hui tu ne peux pas mon ami doux.
Paul : Et pourquoi ?
Paule : Mais parce que c’est irrespirable ! Ca pue ! Cocotte sévère les actus !… Ca grouille d’asticots rapides les news. Ca fouette la cervelle par les trous des nez ouverts qu’on a largement.
Paul : Hum… Au courant de tout ce qui se passe qu’on est.
Paule : Pas trop vite l’ami Pau-Paul !… Tu es au courant de ce qui passe la frontière, les actus rentre-dedans te secouent l’estomac électrifié. Les faits qui défont, sont à la surface de ton visage et maquillent. Les informations contemporaines sont un masque de carnaval.
Paul : Mais c’est ce qui se passe ce que je sais !
Paule : C’est information.
Paul : Quoi ? Il se passe quoi sinon ?…
Paule : Des bonnes nouvelles en pagaille. Des faits infimes et aimables. Des respirations et des musiques, des vues en face, des mots neufs.
Paul : Ca ne fait pas l’actualité. Ce n’est pas de l’information.
Paule : Sans doute mais c’est ce qui se passe pourtant et qui ne passe pas là où il est dit ce qui se passe paraît-il (tour)(de)(passe)(passe). Passoire !
Paul : Paule, les informations (et tu es abonnée comme moi à plusieurs listes de diffusion d’infos de toutes sortes…)
Paule : (Plus maintenant Paul d’amour. J’ai rendu la plupart à la corbeille, n’en ai plus que cinq que je parcours de temps à autre).
Paul : Bon… J’avoue, les informations, les informations d’actualité sont captivantes. Elles captent les attentions et emmènent loin les informés de leur présent.
Paule : Il y a deux temps mon amour. L’actualité et le présent.
Paul : L’actualité captive le présent.
Paule : Sans le comprendre, elle veut sa place prendre. Le « temps réel » n’est pas autre chose que la fin des temps. Enfin… Une fin des temps triviale puisqu’il s’agit de l’accomplissement du temps de l’actualité. La fin de la présence au temps. La fin du temps présent. De l’acte, de l’actualité, de l’information lourde.
Paul : De la petite histoire, du fait divers écrasant, de la boucherie de quartier pèpère au coin de rues.
Paule : J’ouvre le journal, ce n’est pas mon jour. Je me connecte, suis déconnectée.
Paul : Tu forces le trait.
Paule : Je dessine, ça soulage.
Paul : Faire face à la gueule qui dévore c’est la nourrir encore.
Paule : Tu n’as pas faim chère et tendre amie surprenante ?
Paul : Oui. Parler creuse.
Paule : Allons casser la graine dans ce troquet rigolo là-bas que je vois.
Paul : Oh ma chère Paule, sous nos yeux, sous nos yeux.
Paule : Dans l’intestin ! Elle grouille.
Paul : L’intestin grêle.
Paule : La guerre est toute intérieure ici.
Paul : Nous sommes touchés.
Paule : Mais mais mais… Laisse-moi rire !…
Paul : Oh oh !… Je veux ! Ah ah !…
Paule : Hé ! Hé hé !…
Paul : Quelle blague !…
Paule : Wouarf mon ami !… Tu me tords le boyau.
Paul : Oh oh !… Je chavire. Tout s’écroule. C’est terrible.
Paule : Terrifiant.
Paul : Trop mortel.
Paule : Trop trop.
Paul : Tu ne sais pas ce que tu dis.
Paule : Oui, c’est vrai, tendre et doux ami. Je suis atteinte.
Paul : Tu n’es pas la seule, un jour ou un autre… Chacun est touché d’une façon ou d’une autre.
Paule : L’élégance quand on respire l’air qui arrive par les trous de nez impose de poursuivre le chemin pas à pas comme ça… Regarde les doigts... Au pif mais pile poil…
Paul : Drôle de danse.
Paule : Tous en rond, conjurons le sort !
Paul : En sortirons-nous vivants ?
Paule : Tu plaisantes !…
Paul : Ah ah ! Oui ! Grosse Berta !…
Paule : Oooh… Mon cher, vous allez vous prendre un gnon si vous me traitez ainsi.
Paul : Vas-y ma chérie, ma face t’est offerte au bleu. Le sang peut couler sur le sol par mon nez robinet, je m’en moque.
Paule : Mais ! Paul ! Que t’arrive-t-il ? Qu’est-ce qui se passe ? Est-ce la guerre ou quoi ? Qu’est-ce ?
Paul : Je perds le nord, la boule tourne pas rond.
Paule : La tête au carré que le diable m’emporte si ça irait mieux au carré ! Sûrement pas là dit donc !…
Paul : Oui, chère et tendre amie, tu as raison. Me faut retrouver la face, je roule ma bosse cœur vaillant vaille que vaille et travaille du chapeau oh oh...
Paule : Couvre toi, je te vois souvent exposé aux vents, tes cheveux volent.
Paul : Je n’aime pas les couvre-chefs.
Paule : Amour, mets une gapette !
Paul : Mouais…
Paule : Ce n’est pas la paix ici ! Tu le sais bien ! Crève les yeux ça. Il y a luttes sans fins. C’est ainsi, c’est la vie, de repos, il n’y a qu’éternel.
Paul : En attendant je suis battu à plat de couture. Dépecé à l’air libre.
Paule : Mon pauvre ami, dans mes bras que je te câline.
Paul : Aaaah… Paule, que tu es bonne…
Paule : Je ne veux aucun mal.
Paul : Qui voudrait faire mal sauf à mal faire ?
Paule : Je ne vois pas, la terreur même est un art. La terreur même est un art ?
Paul : C’est la guerre qui est belle. C’est la guerre qui est belle ?
Paule : L’atroce est proche qui frôle hum hum...
Paul : C’est la chaise à bascule, la balançoire du dimanche !
Paule : Quel malheur tout de même !
Paul : Le bonheur du combat est un fait vrai. La lutte est un purgatoire joyeux soumis au jugement de l’histoire. Le paradis n’est pas loin.
Paule : Qui gagne, gagne sur tous les fronts, fronts. Ce n’est pas juste ! Ce sont toujours les vainqueurs qui gagnent qui ont raison, raison ! Malgré les crimes commis en voilà tu l’auras.
Paul : Mais si, chère amie douce, c’est juste ainsi. Que veux-tu? Qui gagne gagne. La raison va au bénéfice, pas au sacrifice !
Paule : Très juste oui… Trop juste quoi... De justesse le gain et pas de justice enfin.
Paul : Mais mais mais… Qu’est-ce qui serait juste au fond ? Que celui qui perde la guerre la gagne au fond du fond finalement enfin ?
Paule : Oui mon ami ! Et ainsi de suite, sans fin. Le perdant devient le gagnant qui devient le perdant et qui devient le gagnant et qui et qui et ainsi de suite. La roue tourne et l’histoire est tourneboulée. Hé !…
Paul : Mais ça n’a pas de sens !
Paule : Sens dessus dessous.
Paul : Les derniers sont les premiers.
Paule : Les perdants sont les gagnants.
Paul : Les premiers, les gagnants : toujours premiers et gagnants !
Paule : C’est une histoire. Une histoire totale. On se la raconte, on se la joue.
Paul : Faut bien se raconter des histoires pour s’endormir et le matin au lendemain, se réveiller à la conquête du jour qui naît, quelques acquis de la veille en souvenir.
Paule : A qui les belles paroles ? Aux gagnants du jeu. Les mots suaves des killers ensorcellent les losers.
Paul : Game over !
Paule : Play it again, Sam !
Paul : Well honey, I do must have some money to play again… Do you have, sweet love, any money for me ?
Paule : Ah !… Je ne te voyais pas… Mille excuses, je ne t’entendais pas…
Paul : Nous voici ! Nous ne nous entendons plus.
Paule : Ah bon ? Quelle fâcherie as-tu à mon endroit ?
Paul : Aucune Paule, ma tendre amie si chère et douce… Je dis, mais crier serait nécennaire pour que ma voix atteigne tes oreilles, que nous ne nous entendons plus.
Paule : Quoi ? Pardon Paul, mais je ne t’entends pas.
Paul : Oui, nous ne nous entendons plus.
Paule : Ah oui, crier est du dernier cri comme qui dirait. L’autre fois au restaurant la musique d’ambiance était si présente que chacun restait dans son coin-coin et hurlait à qui mieux-mieux pour se faire entendre. C’est trop fort non ?…
Paul : Viens Paule, allons à la recherche d’un lieu silencieux.
Paule : Pardon ?
Paul : …
Paule : Ah oui… Je te suis.
Paul : Paule ? M’entends-tu ?
Paule : Oui mon amour…
Paul : Nous nous entendons.
Paule : Que disais-tu tout à l’heure ?
Paul : Je disais que nous ne nous entendions pas.
Paule : Mais si mais !…
Paul : Mais oui, bien sûr ! Mais les musiques qui fondent sur nous et dans nos oreilles, tu le sais, bouchent les ouvertures. Atmosphère ron-ron tourne en rond de la musique de fond des bars branchés.
Paule : Faut crier.
Paul : Reste sans voix.
Paule : Bruit en fond partout tout le temps, on pourrait croire que le silence ronfle.
Paul : Je t’entends bien, ici nous sommes à l’abri et des regards aunni. Si si ponnible…
Paule : Il y a de l’animation alentour !…
Paul : Pierres qui roulent !
Paule : Je prendrais bien une bière. Où trouver un bar où règne le silence ?
Paul : Achetons nos boinnons à l’étalage et revenons ici dans ce recoin. Nous serons bien.
Paule : Oui.
Paul : Les bocaux sont agités. S’occupent dans tous les sens et de tout toujours. Que c’est entraînant !
Paul : Il y a du monde. Les animés sont aunni les animateurs ! Les animateurs sont aunni les animés. Qui n’est pas animés ? Qui n’est pas animateurs ?
Paule : Qu’entend-t-on ?
Paul : La seconde nature bruit. Les sons de la nature humaine, ce n’est pas moi qui le dit, qui comblent partout les espaces tout le temps. Des arts à la portée. De l’art nulle part. Des artistes à la pelle. Un artiste à la peine.
Paule : C’est le temps des actions. Elles ne font actes que pour ce qu’elles rapportent. Ce dont il s’agit ? D’agitation scions du bois pour la mère pour la mère. Animés, sommes agis.
Paul : Ah !…
Paule : Ah ! …
Paul : Oh !…
Paule : Hé !
Paul : On est bien, je n’entends qu’un brouhaha lointain. Ta voix est proche et je l’aime.
Paule : Un endroit pareil est précieux. A la maison tout panne à travers les canaux.
Paul : Ne peux-tu pas fermer ?
Paule : Oui, mais non.
Paul : Je sais, l’attraction est captivante… Tu appuies sur un bouton et hop ! Capté tu es.
Paule : Des nouvelles ! Des visuels ! Des infos ! Des nouveautés !… Cerise sur le gâteau : gerbe à la volée à l’envi pour tout le monde sans noyau !
Paul : Fascinant, nan ?
Paule : Je sais je sais… Mais maintenant, maintenant mon doux ami aimé, je…
Paul : Ferme les robinets un tant soit peu je t’en prie. Que le vide et la création soit. De l’espace, de l’air, du ciel nom de Nom !
Paule : Tu me dosses le vertige ami ami. J’ai peur, vais-je souffrir la solitude et chuter dans le rien du tout ?
Paul : Tu vas frôler une mort.
Paule : Et toi, chez toi, dans ta maison, mets-tu la musique à donf en fond ?
Paul : Dans le temps, oui, en fond sonore, nuit et jour plus ou moins fort. Mais je t’en avais déjà parlé un peu, sans doute ne t’en souviens-tu pas j’ai depuis cinq ans capté une fréquence qui filtre les sons. Une radio aux milles silences. Je chante alors. J’écoute beaucoup.
Paule : Il faut que je viesse. Cela fait longtemps.
Paule : Un peu, oui, je vais le prendre, pour toi cher et doux ami.
Paul : Le temps de faire un tour.
Paule : Plusieurs même.
Paul : Bon… Mais ce sera du temps perdu très certainement.
Paule : Oh… Je ne sais pas ce que c’est : « perdre son temps ».
Paul : Oui, tu as raison. Comment perdre son temps ?…
Paule : En ne faisant rien ?
Paul : On pourrait le croire.
Paule : En tournant autour du pot ?
Paul : La terre elle-même.
Paule : Mourir d’ennui, est-ce la victoire du temps ?
Paul : Attends attends…
Paule : Quoi ?
Paul : Hum… Je ne sais pas.
Paule : Alors ?…
Paul : Tu ne perds rien pour attendre.
Paule : Pardon Paul ?
Paul : Excuse-moi. Je ne sais pas ce que je dis.
Paule : J’avais compris.
Paul : N’as-tu rien d’autre à faire ?
Paule : Je ne m’en fais pas pour ça. Le temps viendra.
Paul : Tu parles…
Paule : Que faire d’autre ?
Paul : N’y a-t-il pas mieux à faire ?
Paule : Il ne faut pas s’en faire. Soit tranquille.
Paul : Mais j’ai le cœur qui bat.
Paule : Laisse-le battre. A la mesure du temps. Qui passe à travers. Tes poumons…
Paul : Ah !… Paule…
Paule : Oui mon ami. Que faire ?…
Paul : Mais je ne sais pas et pourquoi faire ?
Paule : Faire... Qu’y pouvons-nous faire ?
Paul : Nous pourrions faire du temps.
Paule : Cela se peut-il ?
Paul : Ah !…
Paule : Oh !…
Paul : Suffit de le prendre, non ?… Le temps est à prendre.
Paule : Ben oui.
Paul : Bon.
Paule : Ainsi là, nous fabriquons du temps ?
Paul : Hé !… Paule d’amour !… Nous pensions le perdre, non ?
Paule : La question se posait si je me souviens bien.
Paul : Perds-tu la mémoire chère et douce amie ?
Paule : Je le crains, oui. Je perds mes moyens, la mémoire, mais aussi l’esprit, je crois bien.
Paul : Aaargh… Ma pauvre amie, te voilà qui travaille du chapeau… Change de gapette, mets-toi deux secondes à l’ombre.
Paule : Deux secondes suffiront ?
Paul : C’est une impression.
Paule : Je crois bien que je vais m’allonger au ras du sol.
Paul : Continuons notre chemin, magnifique amie. Si tu le veux bien.
Paule : Oui, mais laisse moi choir au sol deux minutes.
Paul : Je t’en prie. Imprime en toi la fraîcheur de l’herbe rase.
Paule : Merci. Je ferme les yeux.
Paul : Il fait nuit, les lumières brillent, les trottoirs sont mats autour.
Paule : En rentrant je me connecterai au net.
Paul : Moi aussi.
Paule : J’imagine…
Paul : Nous nous croiserons.
Paule : Sûrement.
Paul : Mais dis-moi Paule, qu’as-tu le temps de faire ces temps-ci ?
Paule : Ecoute, je me le demande… J’ai tout mon temps pris tout le temps.
Paul : Tu es à temps plein.
Paule : Je suis trop à temps trop plein, oui, trop.
Paul : Perds le ! Perds le le temps temps !….
Paule : Je compte bien y arriver un peu. Ce n’est pas facile tous les jours. Me colle à la peau, c’est une ombre qui fait de l’ombre.
Paul : Tu te relèves ?
Paule : Oui, continuons notre chemin.
Paul : Tu as de la poussière au dos.
Paule : Laisse ! Elle s’enlèvera toute seule.
Paul : Le ventilateur de mon ordinateur est en panne.
Paule : Mon fournisseur d’accès a été en rade pendant 3 heures.
Paul : Mon disque dur a rendu l’âme avant-hier, heureusement j’avais fait une sauvegarde sur un disque externe fireware.
Paule : Quelqu’un tente de pénétrer dans mon Personal Computer.
Paul : J’ai un bon coupe-feu et je passe par un proxy anonyme.
Paule : Quand il pleut, je n’ai pas toujours mon parapluie avec moi et quand je l’ai sous la main, il s’ouvre avec le vent et se referme. Je suis trempée aux pieds.
Paul : Boire est nécessaire comme respirer.
Paule : Je bois des tasses le nez au vent.
Paul : Mais Paule !… Il te faut mettre les mains dans le cambouis ! Un ordinateur n’est pas un sèche cheveux : c’est complexe, fragile et le réseau est un sac de nœuds grouillant.
Paule : Je sais bien que ma mise en plis n’est pas de mise. Dés le matin suis toute décoiffée, mon peigne peine à démêler les histoires, me faut faire face au miroir et brosser la tignasse logiquement.
Paul : C’est beaucoup mieux pour ton chapeau. Il tient et toi debout. Tu passerais par un bricolo de coiffeur à la noix qu’il te tondrait la boule et te refilerait pour bonbon une moumoute télécommandée vérolée.
Paule : Mes tifs sont des fils conducteurs !
Paul : Tu devrais mettre un chapeau, le soleil cogne. J’ai la sueur qui coule moi.
Paule : Mais oui Paul ! Moi là ! Pourquoi pas ?...
Paul : Nous ne cessons de nous rencontrer par les temps qui courent au hasard des coins de rues, c'est toujours surprenant, non ?
Paule : Oui ! A chaque fois nous sommes pris par surprise l'un et l'autre.
Paul : Tu peux le dire... Je n'en reviens pas. Je me pose cette question : pourquoi en est-il ainsi ?
Paule : Là !… Alors là... Vaste question... Si je l'abordais, je m'y noierais. Je préfère rester au sec mon ami, passons passons...
Paul : Non non non chère amie aimée... Je me pose la question tout haut et par là même te la pose aussi à toi qui entends là : pourquoi en est-il ainsi ?...
Paule : Argh... Où veux-tu en venir ?
Paul : Qu'en sais-je ? Nous verrons bien.
Paule : Nous verrons quoi ?… Et… Hum… Verrons-nous aussi bien que tu sembles le vouloir au final ?
Paul : Faut voir... Bien, je ne sais... Bien, je suppose... Bien, on verra bien… Sans doute… "Sans doute" veut-il dire "sans aucun doute" ou bien "peut-être" ?…
Paule : Faut voir... Regardons voir un peu alors.
Hum...
Bon…
Bah…
Après réflexion… Comment dire ?… Soit !
D'accord mon bon ami ! Je me prête à l'exercice d’envisager la question qui te taraude. Celle-ci donc : "Pourquoi en est-il ainsi et pas autrement ?" Et j'ajoute : "Que verrons nous alors ?" et aussi : "Verrons nous alors bien ?" A toi de jouer.
Paul : Ah !... Grumpf… Mais voilà que tout se complique ! Chère Paule... Laisse- moi reprendre souffle, pfff pfff, et envisager le problème... D'abord, quel est le problème ? Quel est le problème que ces questions souhaitent résoudre ? Où est le problème ? Qu'est-ce qui se pose à nous comme problème ?
Paule : Ah !… Mais c'est toi Paul, toi qui pose problème ! Ma rolpa si je ne retrouve plus le fil de ce qui se trame là, m'enfin !… Gloups !… Paul !… Tu posas la question, souviens toi, que je me refusais à aborder. Tu m'y poussas de force, doux ami.
Paul : Aussi fort que l'amour que je te porte et qui m'emporte à te serrer dans mes bras, à t'embrasser chère, très chère Paule... De toutes mes forces.
Paule : Ah... que je t'aime Paul...
Paul : Tu le vois.
Paule : Oui mon ami cher, mon cher et tendre ami. La force de tes sentiments à mon endroit me renverse. Je m'offre à ton regard et ta vision je partage.
Paul : La tienne également je partage. Nos yeux voient au large un horizon formé d'infinies verticales. Il pleut et c'est le soleil. Nous apercevons un arc-en-ciel : que c'est beau !...
Paule : Pourquoi en est-il ainsi ?
Paul : Oui Paul... Pourquoi cela se passe ? Que se passe-t-il ? Ainsi fait.
Paule : Il se passe quelque chose entre nous, entre nous se dit quelque chose. Mais qu'est-ce que cela ? Qu'est-ce qui se passe ?
Paul : Ah Paule...
Paule : Paul...
Paul : Nos yeux, nos yeux !... Nous nous envisageons...
Paule : Sans nous dévisager...
Paul : Comme c'est bien dit ma chérie, oui oui, nous nous, envisageons sans nous dévisager. Ah !... C'est donc aussi simple que cela ?...
Paule : Oui, comme tout ce qui qui : est beau est simple.
Paul : Hé hé !… Tu as raison. Et cette beauté est simple parce qu'elle contient en son sein une complexité inépuisable de simplicités.
Paule : La beauté est riche en sa vérité dépouillée.
Paul : Ah ah ah !... J'allais te faire sursauter !... J'en étais sûr !…
Paule : Rompre le charme, oui !... Que je sache, ami, la vérité n'a pas de testicules. Si elle est courageuse jusqu'à la mort même, ce n'est pas par le poids des bourses, mais par la chair tout entière et qui porte l'esprit dans l'action. La vérité est nue, crue et sue. Elle s'abandonne à qui veut la prendre, offre à dévorer son foie et ruisselle d'amour insoupçonné.
Paul : Comme tu as raison !… Pardon chère amie aimée d'amour d'y avoir mis les glandes. La vérité n'a pas de sexe apparemment, elle y est tout entière.
Paule : Bon bon...
Paul : Es-tu contrite ?
Paule : Tourneboulée tout de même...
Paul : Ah... Mille pardons mille pardons Paule d'amour amour...
Paule : Accordé accordé.
Paul : Merci merci mille fois Paule Paule d'...
Paule : N'en parlons plus...
Paul : Non non non... Plus jamais ça... Comment ai-je pu faire cette imprudente couillonnade et par là te heurter et blesser ton coeur ? Pourquoi cela arrive-t-il ?...
Paule : Nous nous posons la question...
Paul : Oui...
Paule : Là est le problème...
Paul : Le problème est-il là alors ?...
Paule : Ce qui arrive, qui arrive comme ça et qui se pose là est de l'inconnu, une énigme en somme.
Paul : Mais nous ne sommes pas non plus tombés de la dernière pluie (comme on dit...) (On dit on dit…) (On dit si bien aussi : "l'arroseur arrosé".)
Paule : Non, en effet, nous ne sommes pas tombés comme la pluie du nuage. Nous en savons un rayon sur les astres, nous en connaissons tant et plus encore et tout le temps notre somme est considérable, pouvons dormir sur nos deux oreilles.
Paul : Oui ! Mais ! Ce qui pose problème et qui nous fait poser questions et envisager, chère et tendre et douce, solutions, n'est-ce pas justement ce que nous ne connaissons pas encore ?.... (Je sens qu'on approche, tends l’oreille...)
Paule : hum hum... Laisse- moi réfléchir deux secondes...
Paul : Plus, si tu veux.
Paule : Peux-tu répéter s'il te plait ?
Paul : Ce qui pose problème est ce que nous ignorons.
Paule : Hum hum... Oui oui... Alors...
Paul : Oui, ce serait ça en somme. Vois-tu ?
Paule : Vaguement vaguement...
Paul : Attention ! Paule ! Ne te laisse pas aller par la vague !... Attention !... C'est la noyade risquée !...
Paule : Oups !… Je vois des tasses à la surface flotter. Elles m'inondent ! Tout est trouble ! Transportée d'un bord à l'autre je suis. Des vagues m'emportent plus qu'elles ne me portent. A l'aide Paul !… Il y a-t-il bouées de secours ?
Paul : Oui ! Tiens ! Prends celle-là !…
Paule : Ah !… Merci mon ami, je flotte enfin mais mouillée je suis encore et j'ai froid. Me faut une embarcation pour me ramener à terre ! Paul ! Au sec !…
Paul : Oui ma douce, une bouée est d'un secours ponctuel. Largement insuffisant par le temps qu'il fait. Je m'apprêtais à t'inviter à monter dans…
Paule : Oh. !… Ouf !… Quel esquif !… M'y voici ! Comme il tangue tout de même… Mais me voilà sauve.
Paul : Oui ! N'oublie pas le gilet fluo ! Mets-le ! Qu'on te voie ! Il protège de la pluie et du vent froid aussi ! Il est gonflé d'air et si tu passes (ça arrive !…) par-dessus bord, tu resteras (Dieu merci !…), à la surface de l'eau. Car c'est aussi une bouée ce gilet !…
Paule : Paul… Je sens que je vais rendre…
Paul : Vas-y ma chère, cela te soulagera.
Paule : Voilà c'est fait… Ouf… Mazette… Me sens plus légère. Je respire. Vacille.
Paul : Repose toi, Paule.
Paule : Voilà… Je m'allonge. Aaah… Je sens l'océan devenir plat. Le vent fuit. Soleil !
Paul : Vois l'arc-en-ciel !…
Paule : Oui ! Comme c'est beau !… Je le vois avec précision. Ce n'est pas un mirage, ce n'est pas une illusion, c'est une courbe multicolore dans le ciel !
Paul : C'est ainsi.
Paule : Ainsi c'est beau.
Paul : Mais pourquoi ?
Paule : Oui, pourquoi ?
Paul : Pourquoi pas ?
Paule : Oui, pourquoi pas ?
Paul : On ne sait jamais.
Paule : Jamais on ne saura ?
Paul : Ca !… Se saurait…
Paule : Oui, on le saurait.
Paul : Et que sait-on ?
Paule : On le sent on le sent, mais le savoir…
Paul : Et que sent-on ?
Paule : La merdre !
Paul : Ah ah !… Ah !… Ah ah ah !…
Paule : Aaaahh !… Ah ah ah ah ah !…
Paul : Ooooohh… Ooooohh…
Paule : Morbleu !
Paul : Oooh ouiii… Mort bleue !… Mort mort mort !!!… Morbleu ! Mort de l'Inommable…
Paule : Aaahh… Pour quoi en est-il ainsi ?
Paul : Ainsi fait, c'est sûr ! Ca se sent ! Le sait-on ?
Paule : Oooohh… Paul chéri, nous le savons à ce point qu'il n'est besoin de le dire. Ce savoir là est inscrit dans la chair. Dés la mise à bas. Tombé de mère.
Paul : Souvenir souvenir…
Paule : Innomable qui prit chair et nommé loin.
Paul : Tellement loin qu'on le croit mort ?
Paule : Oui, c'est une croyance…
Paul : Mais alors ? Il n'est pas mort ?…
Paule : Mais non gros bêta !
Paul : La question se pose.
Paule : Disparu semble-t-Il.
Paul : Pardon ?
Paule : Il a disparu.
Paul : Mais de quoi tu parles ?
Paule : Le sais-je ?
Paul : Pourquoi est-ce ainsi ?
Paule : Ainsi soit-Il.
Paul : Ah !…
Paule : Oh !…
Paul : Hé !…
Paule : Hu !…
Paul : Hein ?…
Paule : Hein ?…
Paul : Hein ?…
Paule : Hein ?…
Paul : Rien…
Paule : Bon.
Paul : S'il n'y a rien, il n'y a pas lieu.
Paule : Mais oui !…
Paul : C'est ainsi.
Paule : Et pas autrement.
Paul : Car l'Autre ment.
Paule : Hé oui…
Paul : Il dit plage et pense vague, Il dit balai et pense manche, Il dit rladiladada et pense lalalère.
Paule : Hé oui…
Paul : Il dit vrai.
Paule : Il le dit vraiment.
Paul : Qu’entend-on ?
Paule : Ah mais !…
Paul : Ah mais dit donc !…
Paule : Il est là vraiment. Comment en serait-il autrement ? Il ne peut être perçu que par l'ombre de nous-même. Sa lumière.
Paul : Alors, que croire ?
Paule : Qu’il est impossible de mourir et penser la mort. Il n’y a que la vie. Il vit, tu vois.
Paul : Bon bon bon… Je ne sais que penser.
Paule : Penser est une chose, un gri-gri grisant. Seul aimer est vivant.
Paul : Oh… Chère et douce amie… Comme tu dis bien !… Amour-toujours… Ma ! N’y pensons plus !… Mais… Ne vois-tu pas ?… Nous nous éloignons du centre-ville. Où allons nous diriger nos pas maintenant ? Le soir tombe.
Paule : Nous continuerons notre discussion quand nous nous rencontrerons à nouveau par accident.
Paul : Oui ! Ce sera un choc aimable. Il arrêtera le temps qui court.
Paule : Nous ferons un bout de chemin ensemble. Peut-être nous assoirons-nous à une table pour prendre un pot ?
Paul : S’il y a une terrasse un peu en retrait de la rue, oui.
Paule : Et s’il ne pleut pas, oui.
Paul : Et s’il pleut, nous irons à l’intérieur.
Paule : Oui ! C’est une bonne idée ! J’aime entendre et voir la pluie tomber.
Paul : Moi aussi ! Ca tombe bien.
Paule : Et nous discuterons de je ne sais pas quoi.
Paule, Paul /2
Paule : Ah ! Paul ? Est-ce bien toi que je vois là ?
Paul : Mais oui ! C'est bien moi ! Ne me reconnais-tu pas ?
Paule : Si si... Mais je ne pensais pas te trouver là...
Paul : Et pourquoi donc ?...
Paule : Je ne sais pas...
Paul : Bon... Si tu ne le sais pas, comment puis-je, moi, le savoir ?
Paule : Je ne sais pas. Et toi, que peux-tu savoir alors de ma surprise ?
Te trouver là, ici même, à cet endroit… Oui, j'ai été bien surprise. Tu peux supposer des raisons à mon étonnement...
Paul : Oui, sans doute... Mais pour quoi faire au juste ?
Paule : Faire connaissance justement.
Paul : Mais je te connais bien Paule ! Je te reconnais entre toutes. Et de loin... Je sens ton odeur. Tu fleures ma chère. Tu dégages un ouragan parfumé, il s'engouffre dans mes narines et empli mes poumons d'aise et ma cervelle bondit et mon corps tressaille et mon cœur, mon cœur... Oh oh... Je te connais bien Paule, entre toutes je te reconnais. Et de loin…
Paule : Oh Paul... Je ne pensais pas ainsi, par la voie nasale, entrer dans l'intimité de tes sens. J'étais à mille lieux d'imaginer me faire connaître par le parfum délicat que je mets chaque matin... Et moi qui peine à te voir et savoir si c'est bien toi, là, que je vois, là. Ah… Mes sens… Mon œil, mon nez, mes oreilles, ma peau…
Paul : Mais chère Paule... Ce n'est pas tant le parfum dont tu t'asperges au réveil que je sens, que ton odeur. Ton odeur ma chère... Tu fouettes de tous les pores sans qu'il ne te soit réellement besoin de beaucoup suer. Tu ne ruisselles pas, non non, mais ta peau si finement musclée est fortement musquée. Je te le dis : ça m'étourdis même avant que je ne t'aperçoive à l'horizon. Je sais que tu es dans l'aire. Je tourne la tête, je renifle par saccade et je vois quelqu'un là-bas, je sais que c'est toi quand mon nez pointe dans cette direction et m’y promène alors pour t'y retrouver. Mon pif est à toi ce que l'aiguille aimantée de la boussole est au nord. Je ne te perds jamais chère et tendre amie.
Paule : Oh... Paul... Je savais sentir un peu fort de là où ça ruisselle et c'est la raison de mes pshitt pshitt parfumés quotidiens dés le matin... Mais je ne pensais pas que je cocottais du corps entier à ce point et que mon parfum n'avait alors plus d'action du tout, que mon odeur reprenait le dessus et qu'elle arrivait à cogner ton tarin de si loin... Mais mais mais Paul... Tu as le nez hum… très sensible, non ?...
Paul : Peut-être, qui sait ?
Paule : Je le pense. Mes amis me disent souvent aimer bien mon eau de toilette, ils me demandent quelle marque c'est. Jamais ne m'ont fait de remarques sur mon odeur. La sentent pas.
Paul : Mais tu sais douce et enivrante amie, que j'ai le nez creux... Je sens les choses venir avant même que d'autres ne s'aperçoivent de leur présence. Et même !... Ce que je sens à mon organe titillé, fort comme un bouc, paraît inodore à la plupart... Et si je veux m'appliquer à faire sentir ce dont le creux de mon nez est empli, il me faut faire tout un discours et par l'haleine mentholée de ma bouche, rendre sensible, enfin, le blair petit qui trône au milieu du visage que j'ai face à ma face. Un nez naît alors quelques fois. Il s'ouvre au sens lentement.
Paule : La vie donnée n'existe que si et seulement si elle renaît au sens !... Je le devine bien Paul ami : le gouffre de ton nez détecte à la ronde les milles et une odeurs du monde, quand la nature donnée des nez nés se borne à la centaine au plus.
Paul : Ce qui n'est pas plus mal non plus... Beaucoup d'odeurs sont repoussantes et font vomir pour tout dire. M'approcher de toi, chère et douce et tendre amie, me garde du nauséeux. Bien qu'elle soit forte et puissante, ton odeur m'entête joyeusement sans me faire gerber !... Puis-je sentir dessous tes bras ?
Paule : Mais fait donc mon ami !
Paul : Ah !... Arc-en-ciel lumineux ! Tonitruant paysage ! Mer déchaînée ! Volcan surchauffé !
Paule : Comme j'aimerais avoir l'abîme de ton nez !... Puis-je m'essayer à sentir dessous tes bras moi aussi ?
Paul : Mais oui Paule ! Je t'en prie.
Paule : Hum... Oui ça sent... Ca sent... Oui...
Paul : Mais encore ?
Paule : Comment dire ?... Ca sent le dessous des bras.
Paul : Et...
Paule : Hum... Et les poils mouillés, oui...
Paul : Et...
Paule : Ca sent hum... Hum, ça sent...
Paul : Quoi ?...
Paule : Le dessous des bras quoi !...
Paul : Veux-tu essayer les pieds ?
Paule : Oui d'accord.
Paul : Alors ?
Paule : Ca sent les pieds.
Paul : C'est tout ?...
Paule : Hum... Ca sent Paul un peu fort des pieds même...
Paul : Oui ?...
Paule : Ca sent le coton de la chaussette et le cuir de la chaussure.
Paul : Ne trouves-tu pas que ça sent aussi le vin aigre, l'alcool de prunes, l'alambic 30 ans d'âge ?
Paule : Hum hum... Oui oui... Maintenant que tu me le dis... Tiens ! Sent mes pieds pour voir.
Paul : Hum... Mon cœur va éclater je le sens... Il bat à tout rompre chère mie tendre. Je deviens autre, tes pieds par l'odeur me transportent. Où suis-je, où suis-je ?
Paule : Que sens-tu Paul ?
Paul : Je ne me sens plus !... C'est inouï. Je ne me sens plus Paule !
Paule : Que sens-tu Paul ?
Paul : ... Je sens... Je sens... Je chavire, je tombe, je sens, je sens... Il y a de la racine de pin, il y a des plantes et des fleurs aux sèves acides, il y a de la corne de brume tiède, il y a des relents de lombrics qui suintent, il y a...
Paule : Tu me chatouilles !...
Paul : Veux-tu sentir ailleurs ?
Paule : Et si nous allions manger ?
Paul : Bonne idée, tous ces reniflements creusent.
Paule : Oui, mon estomac gargouille, il a besoin d'une bonne collation. Sais-tu où aller ?
Paul : Laisse moi sentir... Humpf humpf…Oui, par là, ça sent le bon repas.
Paule : Ne m'en dit pas plus, cher compagnon, j'ai la salive qui commence déjà à me venir à la bouche.
Paule : Tu le vois, je me promène, je prends l'air.
Paul : Tu fais bien, moi aussi je quille un instant mon écran pour me dégourdir les jambes et voir quel temps il fait dehors. Prendre le temps, c'est bon, non ?
Paule : Oui, tu as raison mon cher ami, le temps devient aussi rare que notre espérance de vie devient longue. Mais qu'est-ce qu'une longue vie qui s'éternise si ette n'a le temps ?…
Paul : Je me le demande.
Paule : Moi aussi et me promener me fait prendre le temps comme je respire.
Paul : Que fais-tu en ce moment sinon chère et tendre amie ?
Paule : Je réponds à mes mails, je discute dans les forums, ah ah ! nous nous croisons souvent en ces lieux…
Paul : Oui !… Ah ah ah ! Il y a foule et je dois avouer que j'y passerais facilement mes journées à discuter avec les uns et les autres. Il y a de bonnes rencontres parfois, il y a quelques fois de bettes conversations... Mais ! A part te caler la tête dans le cyber espace, que fais-tu ?
Paule : Mais mon cher, je ris !… J'éclate de rire plusieurs fois par jour, ça me prend comme une envie d'uriner sec, c'est un vrai besoin, je te prie de croire !
Paul : Ah ah ah !…
Paule : Ah ah ah !… Je m'écroule, je suis tordue, pliée !…
Paul : Oh oh oh !…
Paule : Oh oh oh !…Mon ventre !…
Paul : Bon… Mais à part rire comme une canne, que fais-tu ?
Paule : Je te l'ai dit : je suis à l'ordinateur connectée toute la fnvagr journée plongée dans l'espace du réseau je traverse l'hypermonde en tout sens à en perdre la boule.
Paul : …
Paule : C'était l'an passé, j'ai basculé dedans l’espace-temps électronique, m'y suis fondue, devenu ma seule réalité entièrement de façon totale. Je ne mangeais plus ne dormais plus.
Paul : Mais tu ne m'en as jamais parlé…
Paule : Non non, je ne sortais pas de chez moi, chez moi c’est là où trône l'ordinateur connecté au réseau. Dans une pièce étroite, au bout d'une semaine, j'avais maigri de moitié et me lever pour marcher me semblait archaïque trop total, je ne le faisais que pour boire et atter au petit coin. Connectée tout le temps que j’étais je dormais sur mon clavier m'enfin au bout d'une semaine j'eus faim quand même. Me suis fait des nouittes.
Paul : Et alors ?…
Paule : Alors je me suis mise à manger et manger toutes sortes de choses précuites, de la nourriture facile et complaisante et j'ai passé une semaine calée face à l'écran en mangeant et j'ai grossi, j'ai engraissé.
Paul : Hum… Je n’ai pas le souvenir de t'avoir vue bouffie…
Paule : Meuh non… Je ne sortais pas. Une semaine entière à gonfler de partout en graisse motte du bide, des membres et je vomissais je vomissais... Jusqu'au jour, c'était un dimanche où j'ai gerbé sur mon clavier… Et là la cata! Ecran noir. Clavier HS. Me fallait sortir en acheter un neuf… Je ne pouvais marcher durablement tettement j'étais grosse je sentais mauvais j'étais sale et j'avais envie de dormir…
Paul : Alors ?…
Paule : Alors j'ai dormi. J'ai passé une semaine entière à ronfler comme une truie lasse. Une semaine à ne rien faire d'autre que dormir. Ne me levais que pour me faire des biscolles au beurre doux, boire du lait écrémé et atter aux toilelles. Je suais des litres pendant mon sommeil ! Je suais je suais !… Je maigrissais. J'avais envie de dormir,dormir, dormir . Je reprenais profil, perdais du poids, mon écran était éteint.
Paul : Je vois… Et après celle semaine marmolle ?
Paule : J'ai donc pu acheter un clavier neuf, suis sortie, j'étais fine, me suis reconnectée. Ma boîte aux lellres avait explosé. M'a fattu réparer les dégâts.
Paul : Hum… Me souviens d'un creux dans nos échanges e-mails, oui oui... Et tette que je te vois, chère et douce amie, tu es superbe, resplendissante à ce jour. Ce que tu m'as raconté me paraît incroyable.
Paule : C'est que, nous ne nous rencontrions que, sur le net et l'expression comme la communication a peu, à voir avec la réalité réette. Que transparaît de ce que nous sommes dans ce qui est visiblement la trace de nous-même ? Peux-tu me le dire ?
Paul : Je ne sais pas. Quelque chose d'autre sûrement. L'écart entre les traces et la réalité réette de celui qui trace peut être béant. Ca trompe l’œil terriblement, non ?
Paule : C'est toujours, il me semble, un sujet d'étonnement pour les sujets que nous sommes. L'expression est l’expression d'une étrangeté qui prend place et fait figure. La stupeur qui se dégage des falaises vues d'en bas pour cettes, qui comme moi, se promènent quand la marée monte est, oui, toujours un sujet d'étonnement.
Paul : Tu dis bien, oui.
Paule : Et toi, que fais-tu ?
Paul : Tu le vois, je me promène.
Paule : Ma parole ! C'est donc vrai ! Je m'en rends bien compte maintenant. Bien !… Mon cher ami, je suis heureuse d'avoir fait ce brin de causelle avec toi. Nous promener ensemble et avoir conversation est un bonheur.