Paule, Paul /3


Paul : Paule ? Toi ici ?...

Paule : Mais oui Paul ! Moi là ! Pourquoi pas ?...

Paul : Nous ne cessons de nous rencontrer par les temps qui courent au hasard des coins de rues, c'est toujours surprenant, non ?

Paule : Oui ! A chaque fois nous sommes pris par surprise l'un et l'autre.

Paul : Tu peux le dire... Je n'en reviens pas. Je me pose cette question : pourquoi en est-il ainsi ?

Paule : Là !… Alors là... Vaste question... Si je l'abordais, je m'y noierais. Je préfère rester au sec mon ami, passons passons...

Paul : Non non non chère amie aimée... Je me pose la question tout haut et par là même te la pose aussi à toi qui entends là : pourquoi en est-il ainsi ?...

Paule : Argh... Où veux-tu en venir ?

Paul : Qu'en sais-je ? Nous verrons bien.

Paule : Nous verrons quoi ?… Et… Hum… Verrons-nous aussi bien que tu sembles le vouloir au final ?

Paul : Faut voir... Bien, je ne sais... Bien, je suppose... Bien, on verra bien… Sans doute… "Sans doute" veut-il dire "sans aucun doute" ou bien "peut-être" ?…

Paule : Faut voir... Regardons voir un peu alors.
Hum...
Bon…
Bah…
Après réflexion… Comment dire ?… Soit !
D'accord mon bon ami ! Je me prête à l'exercice d’envisager la question qui te taraude. Celle-ci donc : "Pourquoi en est-il ainsi et pas autrement ?" Et j'ajoute : "Que verrons nous alors ?" et aussi : "Verrons nous alors bien ?" A toi de jouer.

Paul : Ah !... Grumpf… Mais voilà que tout se complique ! Chère Paule... Laisse- moi reprendre souffle, pfff pfff, et envisager le problème... D'abord, quel est le problème ? Quel est le problème que ces questions souhaitent résoudre ? Où est le problème ? Qu'est-ce qui se pose à nous comme problème ?

Paule : Ah !… Mais c'est toi Paul, toi qui pose problème ! Ma rolpa si je ne retrouve plus le fil de ce qui se trame là, m'enfin !… Gloups !… Paul !… Tu posas la question, souviens toi, que je me refusais à aborder. Tu m'y poussas de force, doux ami.

Paul : Aussi fort que l'amour que je te porte et qui m'emporte à te serrer dans mes bras, à t'embrasser chère, très chère Paule... De toutes mes forces.

Paule : Ah... que je t'aime Paul...

Paul : Tu le vois.

Paule : Oui mon ami cher, mon cher et tendre ami. La force de tes sentiments à mon endroit me renverse. Je m'offre à ton regard et ta vision je partage.

Paul : La tienne également je partage. Nos yeux voient au large un horizon formé d'infinies verticales. Il pleut et c'est le soleil. Nous apercevons un arc-en-ciel : que c'est beau !...

Paule : Pourquoi en est-il ainsi ?

Paul : Oui Paul... Pourquoi cela se passe ? Que se passe-t-il ? Ainsi fait.

Paule : Il se passe quelque chose entre nous, entre nous se dit quelque chose. Mais qu'est-ce que cela ? Qu'est-ce qui se passe ?

Paul : Ah Paule...

Paule : Paul...

Paul : Nos yeux, nos yeux !... Nous nous envisageons...

Paule : Sans nous dévisager...

Paul : Comme c'est bien dit ma chérie, oui oui, nous nous, envisageons sans nous dévisager. Ah !... C'est donc aussi simple que cela ?...

Paule : Oui, comme tout ce qui qui : est beau est simple.

Paul : Hé hé !… Tu as raison. Et cette beauté est simple parce qu'elle contient en son sein une complexité inépuisable de simplicités.

Paule : La beauté est riche en sa vérité dépouillée.

Paul : Vérité nue, crue et… couillue !

Paule : … ? Hein ?... Mais, Paul ! Quoi ?… Ah !… Ah ah!...

Paul : Ah ah ah !... J'allais te faire sursauter !... J'en étais sûr !…

Paule : Rompre le charme, oui !... Que je sache, ami, la vérité n'a pas de testicules. Si elle est courageuse jusqu'à la mort même, ce n'est pas par le poids des bourses, mais par la chair tout entière et qui porte l'esprit dans l'action. La vérité est nue, crue et sue. Elle s'abandonne à qui veut la prendre, offre à dévorer son foie et ruisselle d'amour insoupçonné.

Paul : Comme tu as raison !… Pardon chère amie aimée d'amour d'y avoir mis les glandes. La vérité n'a pas de sexe apparemment, elle y est tout entière.

Paule : Bon bon...

Paul : Es-tu contrite ?

Paule : Tourneboulée tout de même...

Paul : Ah... Mille pardons mille pardons Paule d'amour amour...

Paule : Accordé accordé.

Paul : Merci merci mille fois Paule Paule d'...

Paule : N'en parlons plus...

Paul : Non non non... Plus jamais ça... Comment ai-je pu faire cette imprudente couillonnade et par là te heurter et blesser ton coeur ? Pourquoi cela arrive-t-il ?...

Paule : Nous nous posons la question...

Paul : Oui...

Paule : Là est le problème...

Paul : Le problème est-il là alors ?...

Paule : Ce qui arrive, qui arrive comme ça et qui se pose là est de l'inconnu, une énigme en somme.

Paul : Mais nous ne sommes pas non plus tombés de la dernière pluie (comme on dit...) (On dit on dit…) (On dit si bien aussi : "l'arroseur arrosé".)

Paule : Non, en effet, nous ne sommes pas tombés comme la pluie du nuage. Nous en savons un rayon sur les astres, nous en connaissons tant et plus encore et tout le temps notre somme est considérable, pouvons dormir sur nos deux oreilles.

Paul : Oui ! Mais ! Ce qui pose problème et qui nous fait poser questions et envisager, chère et tendre et douce, solutions, n'est-ce pas justement ce que nous ne connaissons pas encore ?.... (Je sens qu'on approche, tends l’oreille...)

Paule : hum hum... Laisse- moi réfléchir deux secondes...

Paul : Plus, si tu veux.

Paule : Peux-tu répéter s'il te plait ?

Paul : Ce qui pose problème est ce que nous ignorons.

Paule : Hum hum... Oui oui... Alors...

Paul : Oui, ce serait ça en somme. Vois-tu ?

Paule : Vaguement vaguement...

Paul : Attention ! Paule ! Ne te laisse pas aller par la vague !... Attention !... C'est la noyade risquée !...

Paule : Oups !… Je vois des tasses à la surface flotter. Elles m'inondent ! Tout est trouble ! Transportée d'un bord à l'autre je suis. Des vagues m'emportent plus qu'elles ne me portent. A l'aide Paul !… Il y a-t-il bouées de secours ?

Paul : Oui ! Tiens ! Prends celle-là !…

Paule : Ah !… Merci mon ami, je flotte enfin mais mouillée je suis encore et j'ai froid. Me faut une embarcation pour me ramener à terre ! Paul ! Au sec !…

Paul : Oui ma douce, une bouée est d'un secours ponctuel. Largement insuffisant par le temps qu'il fait. Je m'apprêtais à t'inviter à monter dans…

Paule : Oh. !… Ouf !… Quel esquif !… M'y voici ! Comme il tangue tout de même… Mais me voilà sauve.

Paul : Oui ! N'oublie pas le gilet fluo ! Mets-le ! Qu'on te voie ! Il protège de la pluie et du vent froid aussi ! Il est gonflé d'air et si tu passes (ça arrive !…) par-dessus bord, tu resteras (Dieu merci !…), à la surface de l'eau. Car c'est aussi une bouée ce gilet !…

Paule : Paul… Je sens que je vais rendre…

Paul : Vas-y ma chère, cela te soulagera.

Paule : Voilà c'est fait… Ouf… Mazette… Me sens plus légère. Je respire. Vacille.

Paul : Repose toi, Paule.

Paule : Voilà… Je m'allonge. Aaah… Je sens l'océan devenir plat. Le vent fuit. Soleil !

Paul : Vois l'arc-en-ciel !…

Paule : Oui ! Comme c'est beau !… Je le vois avec précision. Ce n'est pas un mirage, ce n'est pas une illusion, c'est une courbe multicolore dans le ciel !

Paul : C'est ainsi.

Paule : Ainsi c'est beau.

Paul : Mais pourquoi ?

Paule : Oui, pourquoi ?

Paul : Pourquoi pas ?

Paule : Oui, pourquoi pas ?

Paul : On ne sait jamais.

Paule : Jamais on ne saura ?

Paul : Ca !… Se saurait…

Paule : Oui, on le saurait.

Paul : Et que sait-on ?

Paule : On le sent on le sent, mais le savoir…

Paul : Et que sent-on ?

Paule : La merdre !

Paul : Ah ah !… Ah !… Ah ah ah !…

Paule : Aaaahh !… Ah ah ah ah ah !…

Paul : Ooooohh… Ooooohh…

Paule : Morbleu !

Paul : Oooh ouiii… Mort bleue !… Mort mort mort !!!… Morbleu ! Mort de l'Inommable…

Paule : Aaahh… Pour quoi en est-il ainsi ?

Paul : Ainsi fait, c'est sûr ! Ca se sent ! Le sait-on ?

Paule : Oooohh… Paul chéri, nous le savons à ce point qu'il n'est besoin de le dire. Ce savoir là est inscrit dans la chair. Dés la mise à bas. Tombé de mère.

Paul : Souvenir souvenir…

Paule : Innomable qui prit chair et nommé loin.

Paul : Tellement loin qu'on le croit mort ?

Paule : Oui, c'est une croyance…

Paul : Mais alors ? Il n'est pas mort ?…

Paule : Mais non gros bêta !

Paul : La question se pose.

Paule : Disparu semble-t-Il.

Paul : Pardon ?

Paule : Il a disparu.

Paul : Mais de quoi tu parles ?

Paule : Le sais-je ?

Paul : Pourquoi est-ce ainsi ?

Paule : Ainsi soit-Il.

Paul : Ah !…

Paule : Oh !…

Paul : Hé !…

Paule : Hu !…

Paul : Hein ?…

Paule : Hein ?…

Paul : Hein ?…

Paule : Hein ?…

Paul : Rien…

Paule : Bon.

Paul : S'il n'y a rien, il n'y a pas lieu.

Paule : Mais oui !…

Paul : C'est ainsi.

Paule : Et pas autrement.

Paul : Car l'Autre ment.

Paule : Hé oui…

Paul : Il dit plage et pense vague, Il dit balai et pense manche, Il dit rladiladada et pense lalalère.

Paule : Hé oui…

Paul : Il dit vrai.

Paule : Il le dit vraiment.

Paul : Qu’entend-on ?

Paule : Ah mais !…

Paul : Ah mais dit donc !…

Paule : Il est là vraiment. Comment en serait-il autrement ? Il ne peut être perçu que par l'ombre de nous-même. Sa lumière.

Paul : Alors, que croire ?

Paule : Qu’il est impossible de mourir et penser la mort. Il n’y a que la vie. Il vit, tu vois.

Paul : Bon bon bon… Je ne sais que penser.

Paule : Penser est une chose, un gri-gri grisant. Seul aimer est vivant.

Paul : Oh… Chère et douce amie… Comme tu dis bien !… Amour-toujours… Ma ! N’y pensons plus !… Mais… Ne vois-tu pas ?… Nous nous éloignons du centre-ville. Où allons nous diriger nos pas maintenant ? Le soir tombe.

Paule : Nous continuerons notre discussion quand nous nous rencontrerons à nouveau par accident.

Paul : Oui ! Ce sera un choc aimable. Il arrêtera le temps qui court.

Paule : Nous ferons un bout de chemin ensemble. Peut-être nous assoirons-nous à une table pour prendre un pot ?

Paul : S’il y a une terrasse un peu en retrait de la rue, oui.

Paule : Et s’il ne pleut pas, oui.

Paul : Et s’il pleut, nous irons à l’intérieur.

Paule : Oui ! C’est une bonne idée ! J’aime entendre et voir la pluie tomber.

Paul : Moi aussi ! Ca tombe bien.

Paule : Et nous discuterons de je ne sais pas quoi.

Paul : Comment le savoir ?

Paule : Nous ne pouvons pas.

Paul : Nous verrons bien.

Paule : Oui, à bientôt Paul !…

Paul : A bientôt Paule !…



Paule, Paul.
© Antoine Moreau, septembre 2003/2004
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