Paule, Paul /32



Paul : D'un trait Paule je fonce à tombeau ouvert à Zm9uZA==.
Paule : Sans te retourner, tu n'es pas couvert ta tête est nue.
Paul : eJ ne sais rien de ce qui va venir je ne sais rien de ce qui est venu.
Paule : Fonce et sombre mon ami, enfonce toi dans le profond 204 216 215 202.
Paul : 06EN Paule : Tu es perdu dans ton sillon.
Paul : Je trouve la vitesse qui me dépasse.
Paule : 7|_| fonces tête baissée.
Paul : Mon front se cogne à la .-. .- .-.. .. - dure et durable.
Paule : Tu as la bosse de la boxe.
Paul : Mes mains touchent.
Paule : Tu as le bras qui s'allonge.
Paul : Mes jambes à mon cou.
Paule : Pfmmmmfmfpmf ! Comme tu y vas !...
Paul : J'y vais droit dedans, je ne tombe pas, j'y suis à pied joint dans le - --- -- -... . .- ..- .
Paule : Il 01100101 01110011 01110100 vaste.
Paul : C'est le monde.
Paule : Tu le cours.
Paul : En tout sens dans mon sillon creusé sous terre.
Paule : Gruyère qu'est le sous-sol, dentelle le sol.
Paul : Des galeries s'entrecroisent et les 160 154 141 146 157 156 144 163 s'effondrent parfois.
Paule : Mais c'est encore trop, port réfléchi.
Paul : Je vais vite mais je vois encore le paysage.
Paule : Tu ne vas pas assez vite, ton tombeau est trop beau 112 111 117 114 être...
Paul : Vrai ce que tu me dis au creux de l'oreille Paule !... Je vais 65 6e 63 6f 72 65 à une vitesse de croisière.
Paule : Cours à en tomber !
Paul : Je tombe Paule la tête la première je fonce droit 34 31 3e 3j la tombe là.
Paule : Tu passes le mur, tu franchis le cap, tu...
Paul : Je ne te vois plus tu es loin je ne vois plus rien.
Paule : Je viens !
Paul :
Paule : Je te rattrape pfff pffff fonce moi aussi ventre à terre les cheveux dans le vent je renverse tout sur mon passage et je te vois tnanetniam je te fhvf je te rattrape luaP.
Paul : Paule ! Je te vois qui court.
Paule : Nous 86QL;VYS faire le tour.
Paul : Tout autour il y a encore des pffémpfpmfmppfpfmffppfpppfmm qui m'assaillent.
Paule : Pense, le vide se fera, ta tête un gbzornh sera avide d'ouvrir.
Paul : Oui ! Paule ! 01001111 01110101 01101001 !
Paule : Ne 01110010 11101001 01100110 01101100 11101001 01100011 01101000 01101001 01110011 01110011 01101111 01101110 01110011 plus à rien du dG91dA==, crafbaf et qécrafbaf à qui mieux mieux mon ami doux.
Paul : La fatigue m'élève je flotte.
Paule : Tu es ivre.
Paul : Il pleut ,|3 suis trempé.
Paule : Tu es en sueur.
Paul : Toi aussi tu sues.
Paule : Je 54!5.
Paul : Où allons-nous ?
Paule : Nulle part nous fonçons tête baissée à fond le 143 141 151 163 163 157 156.
Paul : Tournons-nous en 72 6f 6e 64 ?
Paule : Nous ne faisons que e7 61.
Paul : Ca va finir ?
Paule : Le 74 6f 6d 62 65 61 75 se refermera.
Paul : Nous aurons franchi la limite.
Paule : C'est possible.
Paul : Allons allons !... Allons-y allons-y !...
Paule : Nous y sommes 01110000 01110010 01100101 01110011 01110001 01110101 01100101. Tu n'es pas crevé ?
Paul : 4VD Paule, je ne sens plus ni mes jambes ni ma tête ni mes bras ni mon torse ni rien du tout et toi ?
Paule : Moi non plus je ne sens plus rien du tuot je .
Paul : Tu n'as pas regardé en erèirra ?
Paule : Non.
Paul : Moi non plus.
Paule : Il n'y a rien qui reste.
Paul : Je m'écroule 5|_|!5 sans souffle.
Paule : Je tombe 5|_|!5 sans souffle.
Paul : Aaaaahh...
Paule : Aaaaahh...
Paul :
Paule :
Paul : Nous avons fait le tour ?
Paule : Quelle question !...
Paul : On nous aura joué un tour, oui !...
Paule : Quoi ? Tu ne le c2F2YWlz pas ?
Paul : Si si... Je le supputais...
Paule : C'est refermé ?
Paul : Je ne sais pas.
Paule : Quel étrange ... .. - ..- .- - .. --- -. .
Paul : --.- ..- .. ça regarde ?
Paule: Nous.
Paul : Suis-je encore =FEV86YT ?
Paule : Suis-je encore =FEV86YT90 ?
Paul : Il n'y a pfmmpppfffmmppfppppppmpp.
Paule: Qu'est-ce qui se voit ?
Paul : Je perçois.
Paule : Tu as tuot perdu tuot.
Paul : La dmll même.
Paule : 70|/||>34|_| ouvert.
Paul : Se referme après sa course.
Paule : TeptZQ== l'écrin est fêlé parcouru de failles béantes crevasses.
Paul : Il n'y a rien d'écrit : 63 27 65 73 74 des cendres le sable les pierres le rocher la montagne.
Paule : Je n'ai pfmpmffmffmm.
Paul : Plus de temps et se passe ce qui.
Paule : Qui écrit ?
Paul : Ah ah !... Un |/|0|27 même.
Paule : Il le faut 01110000 01101111 01110101 01110010 écrire dans la poussière.
Paul : Qu'avons nous 102 117 105 116 ?
Paule : 52 69 65 6e justement : rien.
Paul : Nous voilà enfin dans <75E;'%U90 chose, ah !... quelque 8VAO Paule : Tu le dis.
Paul : Je 9&5V Paule : Me too.
Paul : .--. --- ..- .-. --.- ..- --- .. parlons-nous ?
Paule : Pppppffmffmm atterrissons ami.
Paul : Pmmmpp souffle.
Paule : Ppmppfppp dernier.

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Paule, Paul /31




Paule : Paul !
Paul : Paule !
Paule : Savons nous ce qui va se passer entre nous ?
Paul : Il faut de l'espace pour.
Paule : Entre il y a du jeu entre, je me meus.
Paul : Je me meus aussi.
Paule : Nous nous...
Paul : Meuh !...
Paule : Ah ! Paul !... Tu meuh plies. Ah la vacheuh ! Mal au bideuh j'ai.
Paul : Que se passe-t-il ?
Paule : Aaaahh... Tu meuh meuh pliiizz stooop ah ah ah !...
Paul : Voilà ceuh qui seuh passeuh... Tu teuh tords au sol Pauleuh, relèves toi, croulée queuh tu es.
Paule : Aaaaaaaaaaaahhhhhh...
Paul : Mais...
Paule : Aaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhh...
Paul : Ce n'est pas sérieuh...
Paule : Aaaaah !... Le sérieux l'est-il ?
Paul : Oui tes laitues naissent.
Paule : Mais c'est n'importe quoi qu'importe toi ce que tu dis tu te rends compte de ce qui se...?
Paul : Passe toujours...
Paule : Les vaches regardent le train qui...
Paul : Passe. Meuh. Fais. Pas. Rire. Paule !...
Paule : Ah !
Paul : Ah ah !
Paule : Ah ah ah !
Paul : Ah ah ah ah !
Paule : Ah ah ah ah ah !
Paul : Ah ah ah ah ah ah !
Paule : Ah ah ah ah ah !
Paul : Ah ah ah ah !
Paule : Ah ah ah !
Paul : Ah ah !
Paule : Ah !
Paul : Paule !
Paule : Paul !
Paul : Savons (là) nous (là) ce (là) qui (là) se (là) passe (là) ?
Paule : Non mon ange...
Paul : Une vache !
Paule : Un troupeau !
Paul : De boeufs !
Paule : Taureaux !
Paul : Ailés !
Paule : Vaches !
Paul : Laitières !
Paule : Pis quoi encore ?
Paul : De mal en...
Paule : Pis quoi donc ?
Paul : Pis je sais pu.
Paule : Tu as marché dedans (oh là là...), pied gauche mon ami !
Paul : Ca pu.
Paule : Mouche toi le nez.
Paul : Il faut que je m'essuie.
Paule : Tu ne sais pas qui tu es.
Paul : As-tu un mouchoir Paule ?
Paule : Tiens, c'est un jetable.
Paul : Merci.
Paule : Ton nez est à toi.
Paul : Il n'est pas tatoué.
Paule : Ca pu pu.
Paul : Tu es tatouée toi ?
Paule : Non, je suis ta toi.
Paul : Je ne suis personne d'autre que...heu... meuh...meuh... meeeeeuuuhh...
Paule : Tu meuh suis, je teuh suis, nous nous sommeuh.
Paul : Perdus là où rien n'est.
Paule : Paul ! Paul ! Paul ! Que disons-nous ?
Paule : Paule ! Paule ! Paule ! Dire que nous parlons !!!...
Paul : Tu meuh parles.
Paule : Tu meuh parles aussi.
Paul : Son sec je te réponds.
Paule : J'ai saucisson du répondant mon cher aussi sec.
Paul : Nous nous parlons tout du long.
Paule : Meuh meuh meuh !...
Paul : Meuh meuh meuh !...
Paule : Ca va être l'heure de la traite.
Paul : Ment le texte.
Paule : L'heure de coucher tout ça par écrit.
Paul : Qu'il y ait trace de la parole en l'air, de l'idée cervelée, la mémoire vive la mémoire !
Paule : Que l'esprit vienne s'inscrire dans le dur.
Paul : Mon disque ! Qu'il s'y mette. Que nous léchions les paroles sur papier buvard.
Paule : Imprimées. Un livre qu'on s'y plonge dans la lecture. Ah ! Les lecteurs...
Paul : Les lecteurs lisent-ils ?
Paule : Oui mes laitues naissent.
Paul : Paule, ta bouche...
Paule : Paul, ton oreille...
Paul : Paule, ton oreille...
Paule : Paul, ta bouche...
Paul : Foin de l'écriture !
Paule : Parlons en l'air, nous y sommes aussi.
Paul : Son sec.
Paule : A l'ail.
Paul : En l'air.
Paule : Ailés taureaux qui flottent de bouches à oreilles.
Paul : Et les vaches !
Paule : Elles regardent le train train quotidien mon palais passer.
Paul : Que fait-on du lait ?
Paule : Il est pour les veaux !
Paul : Et la laitue ?
Paule : Une salade à la vinaigrette à l'échalote !
Paul : Hummmm... La salive me vient à la bouche.
Paule : Mon oreille est une portugaise.
Paul : Quel festin Paule !
Paule : Je pense aux tripes.
Paul : Hummmm... Avec des pommes de terre à la vapeur et une sauce au vin rouge et aux carottes et...
Paule : Dans l'boeuf : l'araignée grillée au barbecue !
Paul : Mon morceau préféré !
Paule : De la joue, la queue, la langue, la moelle de l'os : hummmm...
Paul : Hummmm...
Paule : Hummmm...
Paul : Hummmm...
Paule : Inventons des recettes !
Paul : Les vaches nous attendent pour la traite.
Paule : Ment le texte.
Paul : Les écrirons-nous nous-mêmes ?
Paule : Non non !... Nous nous les susurrerons à l'oreille.
Paul : Un scribe écrira si ça lui chante.
Paule : Il mettra la main à la pâte.
Paul : Un veau sous sa mère.
Paule : Il tête d'affiche, c'est lui l'auteur patenté tel.
Paul : Ah ah ah ! L'auteur !... Haut haut haut !...
Paule : Et l'auteureuh meuh la vacheuh à laitues naissent-elles. Haute haute hop hop !...
Paul : Et que ça saute haute haut hau ha h !...
Paule : Le scribe écrira tête de rat.
Paul : Les bibliothèques en sont pleines.
Paule : Pis des souris !
Paul : Tètent tètent !
Paule : Des têtes à queue de rat, ça dérape sur le glissant du miroir.
Paul : L'auteur est pris la main dans le piège.
Paule : Lui !
Paul : Qui luit ?
Paule : Lui.
Paul : Il fait nuit, ce sont les étoiles qui éclairent.
Paule : Tu parles...
Paul : Heu...
Paule : Meuh...
Paul : He...
Paule : Meu...
Paul : H...
Paule : Me...
Paul : ...
Paule : M...
Paul : ..
Paule : ...
Paul : .
Paule : ..
Paul :
Paule : .
Paul
Paule :
Pau
Paule
Pa
Paul
P
Pau

Pa

P

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Paul immaîtrise



Paule : Paul, fais attention à toi.
Paul : Bonjour Paule ! Holà !... Que dis-tu ?
Paule : Attention.
Paul : Ah !... Quoi ?...
Paule : Tu ne sais pas ce que tu fais.
Paul : Je fais ce que je peux je peux peu peu s'en faut faut ce qu'il faut Paule toi tu t'en fais, trop, non ?
Paule : Mon Paul : Tu n'y es pas : tu n'y peux rien : tu t'orientes : tu navigues à vue : tu saisis la barre : tu es barré : tu vas là tout droit où tu es mis.
Paul : Mais Paule ?
Paule : Fais attention (mais qu'y puis-je moi là ?).
Paul : Je n'ai rien fait de spécial là. Je vaque. Je me demande bien...
Paule : Je ne te demande rien, mais attention...
Paul : A quoi ? A moi ? Et toi ?...
Paule : Moi, mon ami doux, je suis la maîtresse-femme : j'ai sur toi, amant aimant, la main.
Paul : Ferme la sur moi. Je ne sens rien de ta prise.
Paule : Tu m'as comprise.
Paul : Non.
Paule : Tu n'y es pas : c'est moi qui suis là incluse et tu me suis.
Paul : Je vais où je veux et je viens si je le veux.
Paule : Tu n'as pas la main mon ami autant que je les vois : tes mains ballantes.
Paul : Je suis tout de même bien ce que je suis et aussi ce que je poursuis je le suis aussi !...
Paule : Tu n'y es pour rien. Tu y es pour néant, tu fais néant en t'activant tant et plus et plus encore.
Paul : Ce que je fais, je ne le fais pas ?
Paule : Hé oui : ce que tu fais te fait et ce fait là est le fait d'autres que toi. Ce que tu fais est moins que rien quand tu fais l'original, imbécile !
Paul : Ce que je dis, je ne le dis pas ?
Paule : Hé oui : ce que tu dis te dit et ce dit là est le dit d'autres que toi. Ce que tu dis est pire que tout quand tu te crois l'auteur, triple buse !
Paul : Ce que je suis, je ne le suis pas ?
Paule : Hé oui : ce que tu es t'est et cet être là est l'être d'autres que toi. Ce que tu es est peau de balle quand tu te prends pour toi-même, toi même !
Paul : Mais Paule ? Toi ? Qui es-tu ? Paule !
Paule : Je suis, mon Paul, la maîtrise à ta mesure, ma main dans la tienne, c'est la mienne qui te tient.
Paul : Tu n'es, ma chère, pas plus maîtresse de moi que je ne suis maître de toi.
Paule : Si fait.
Paul : Pourquoi donc ?
Paule : Parce que ma mainmise est totale quand la tienne est partielle. Je suis un organisme entièrement rentré, quand toi tu es un bout d'entrisme trahi dés la main au panier.
Paul : Ah !... Les crabes !
Paule : Ah ah !... Le vaste océan.
Paul : C'est, c'est moi, malgré ce que tu dis, dit, qui organise et structure. J'ai le plan !
Paule : Ton organisation est la preuve même de ton désordre premier. L'organisation, moi, ne m'occupe pas : j'y suis en plein, j'y suis enceinte, j'y suis en place. Tu m'abordes et tu te penses y être, avoir emprise. Je pouffe, ris en mon absence de barbe, m'esbaudis ! Tu es pris la main dans le sac ! Pris mon ami.
Paul : Pris quoi encore ?!...
Paule : Pris tu ne m'as pas comprise.
Paul : Je comprends, je te prends au bas mot. Sous roche l'anguille, tu sais je saisis l'assaut.
Paule : Mon ami cher à mon coeur battant, tu es saisi par ce désir de prendre apprendre comprendre. Comprends alors que tu te livres à la prise. La prise, c'est moi, j'en mesure l'habitat. Tu en viens, tu en veux, tu y vis.
Paul : Tu n'habites pas, n'est-ce pas ?
Paule : Non, je suis habitée.
Paul : ...
Paule : Toutes sortes de failles...
Paul : Je comprends... Tu dis bien là, amie eima, ma faillite à moi à vouloir être maître chez moi. Mes murs me font la peau.
Paule : ...
Paul : Oui ?...
Paule : Hé Paul !...
Paul : Oui Paule ?
Paule : Si tu versais dans la fenêtre ?
Paul : Hum... Jeter un oeil ?
Paule : Pas seulement ! Hardy mon colon ! Vas-y de tout coeur !...
Paul : Tu vas me mettre hors de moi.
Paule : Pas tant ce toi que tu crois.
Paul : Je prends la porte ?
Paule : Passe la.
Paul : Par là ?...
Paule : Tu ne vois pas ?
Paul : Je ne vois qu'un passage.
Paule : C'est ça. Ce n'est pas rien. Tu vois bien. Vas-y, vas-t'en !
Paul : Mais Paule !...
Paule : Quoi Paul ?
Paul : Si je pars, tu me suis ?
Paule : Mais je suis toujours avec toi, je suis ta maîtrise lorsque tu lâches prise.
Paul : J'y suis !...
Paule : Comme on se retrouve !... Tu comprends ?
Paul : Je lâche prise, je maîtrise enfin sans maîtriser au final. Suis mi-dieu mi-maître, ni l'un ni l'autre et les deux en travers, croisés, tressés. Ainsi suis sans faillite, faillé entier moi tiè.
Paule : Tu y es. Ce que tu fais est acheiropoiète quand bien même il y aurait ta patte.
Paul : Je suis par l'absence. La totale maîtrise était bien la totale méprise. Pour qui je me prenais ?
Paule : Laisse toi tomber. A pic, sur tes pattes, c'est le ciel qui t'envoie en l'air.
Paul : J'immaîtrise.
Paule : Tu es immondain.
Paul : Ma main...
Paule : Elle n'a prise.
Paul : Je suis libre ?
Paule : Pas de gros mots.
Paul : Je suis quoi alors ?
Paule : Ah ah !... Tu es impayable, mon cher ! Mendiant que tu es, tends-moi la main !...
Paul : Les deux chère Paule !
Paule : Embrasse-moi.
Paul :
Paule :



« Paul immaîtrise », un épisode de "Paule et Paul" écrit pour le numéro 42 de la revue "Papiers Libres".
29 août 2005, Antoine Moreau
« Main », 5122.jpg, 2002-04-09, Jean-Manuel Biraben, http://www.adamproject.net/images/5122.jpg
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Paule, Paul /28



Paul : Paule...

Paule : Paul ?

Paul : Je perds mes moyens.

Paule : Pardon ?

Paul : Je perds mes facultés.

Paule : Voilà autre chose.

Paul : Voilà ce qui arrive.

Paule : Es-tu sûr ?

Paul : J'ai l'impression.

Paule : Mais, tu, perds, quoi ?

Paul : Contrôle...

Paule : Ah ! Embrasse moi !...

Paul : Il n'y a pas de quoi.

Paule : Tu perds ton lapin : tu lèves un lièvre !

Paul : Ce n'est pas drôle.

Paule : Est-ce que je evm ?

Paul : Tu es abhvyyr...

Paule : Ah ah ah ! Ah là, je cbzzr qr greer de bon coeur !...

Paul : Ce n'est pas drôle, je perds...

Paule : Tes moyens sont moyens, non ?

Paul : Que veux-tu dire (je ne comprends rien...) ?

Paule : Ceci : perdre ses moyens c'est gagner les pôles. Pôle sud, pôle nord.

Paul : Mais je n'aborde rien d'autre que le gouffre du manque.

Paule : Va, mon ami aimé, au fond, laisse toi gagner par l'apparente perte. Vis au dessus du méridien !

Paul : Mais je suis en deçà.

Paule : C'est bien l'accès pour y être au dessus.

Paul : Je pense saisir.

Paule : Tu ne saisis rien du tout, tu es saisi par les pôles.

Paul : Tu me tourneboules.

Paule : Rien ne peux t'arriver de pire que d'avoir la moyenne, d'être dans le milieu comme musique d'ambiance pour meubler le silence.

Paul : J'avais les mots, ils m'échappent.

Paule : Tu n'avais que la moyenne.

Paul : M'enfin, c'était d'jà pas mal j'm'y sentais bien.

Paule : Sûrement, oui.

Paul : Alors ? Que demander de plus ?

Paule : Hum... Si j'ose dire... Hum... La liberté peut-être... Une liberté... Comment dire ?...

Paul : La liberté sans moyens ?

Paule : Oui mon amour, si j'ose le dire là : la libre liberté nue et pauvre.

Paul : Pauvre de moi !... Mais Paule, que me dis-tu ?

Paule : Au risque de la misère ta pauvreté sera richement dotée.

Paul : Je n'entends pas tes espèces trébuchantes.

Paule : Car il n'y a rien qui puisse tomber à part tes bras là.

Paul : J'embrasse à la volée mais le vent ne ne me ne ne me nourrit pas.

Paule : Retrousse tes manches et tends la main.

Paul : J'ai cinq doigts à ma paume.

Paule : Voilà ce que tu découvres mon ami lancé dans le gouffre.

Paul : Mais je tombe !...

Paule : Mais non !... Tu prends ton envol.

Paul : Mon oeil !...

Paule : Tu vois !...

Paul : Et mon derrière, c'est du gallinacé ?

Paule : Des plumes te poussent, des ailes tu déploies !...

Paul : A poil, oui je suis !...

Paule : Tu flottes ! Tu ne prends pas l'eau mon canard.

Paul : Je suis un misérable...

Paule : Tu es pauvre.

Paul : Je suis un pauvre type.

Paule : Tu es un type pauvre.

Paul : Mes moyens sont perdus à jamais.

Paule : Tu es hors moyens, hors hors je te dis.

Paul : Je n'ai rien.

Paule : Tu n'as besoin de rien.

Paul : Je n'ai pas même besoin de vivre.

Paule : Non.

Paul : Je ne suis donc pas dans le besoin ?

Paule : Non.

Paul : Je suis, dénué d'intentions.

Paule : Oui.

Paul : Je suis, mû par l'attention.

Paule : Oui.

Paul : J'observe engagé dans l'essentiel ras terre ras ciel.

Paule : Tu agis pauvrement.

Paul : Ainsi la richesse est...

Paule : Elle se perd, elle s'endure, elle perdure en pure perte...

Paul : Tu joues avec les mots.

Paule : Nos mots non joués se jouent de nous naïf ami.

Paul : Je sais je sais... Et si je distingue bien, grâce à tes lumières tamisées chère Paule (en soie habillée), la misère de la pauvreté, il n'en demeure pas moins que je la frôle en étant pauvre.

Paule : Tu vis à tombeau ouvert.

Paul : Ah !...

Paule : Hé...

Paul : J'ai donc les moyens d'aller...

Paule : Enregistreuse, à fond la caisse ! Qu'est-ce que la richesse, apparemment telle, à côté d'un tel luxe ?

Paul : Peau de balle.

Paule : Peau de chagrin.

Paul : Mais pourquoi le monde entier veut-il être riche ?

Paule : Pour pleurer sa pauvreté perdue.

Paul : Il en faut des mouchoirs...

Paule : Des draps, des vêtements, des linges, mètres de turbans, ça coûte coton le tissu trempé.

Paul : Tu me vois habillé : j'ai ce qui me couvre. Je suis au sec voilé.

Paule : Tu vois.

Paul : Là je vois du monde riche et gras. L'embonpoint gagne l'espèce, les esprits comme les corps. Là-bas, le reste du monde est maigre et malade. Ceinture serrée et pistolet sur la tempe. La misère ronge son frein. Quand il lâchera, les foules affamées feront des fricassées de cervelas.

Paule : Nos têtes à la lanterne.

Paul : Notre aveuglement des Lumières.

Paule : Sombrons avant de sombrer.

Paul : Le gris est d'argent, c'est la couleur de la pauvreté.

Paule : Le gris est grisant, son ombre développe la joie abyssale.

Paul : La nuit, les félins brillent, la journée, ils ont les couleurs de la lune cachées.

Paule : Oh oh... Pouète pouète mon ami... Tu fais dans la poésie comme on fait dans le pot de chambre.

Paul : Quoi ? C'est de la crotte ?

Paule : Ca sent le poème à plein nez, tu sais, la poésie eau de cologne qui cocotte à flots.

Paul : Tu me voles dans les plumes Paule...

Paule : Je te tire les vers du nez. Ah ! Les lombrics !...

Paul : Mon nez est producteur de compost.

Paule : Te voilà, mon ami pauvre, un métier, tiens !...

Paul : Mon nez ne ment. Il fleure.

Paule : C'est le bouquet de crevettes que tu flaires ?

Paul : Je sens par les pores.

Paule : Tu navigues à vue.

Paul : J'ai perdu mes moyens, j'ai retrouvé le Nord.

Paule : Tu es libre d'aller où tu veux : du Nord au Sud, de l'Ouest à l'Est en passant par le méridien que tu traverses.

Paul : J'y suis tout à la fois. J'y suis tout à la fois que j'y suis là en réalité. Là je suis j'y suis, nul besoin de transports qui m'arrachent.

Paule : Continuons notre conversation Paul.

Paul : Poursuivons notre marche.

Paule : Tu as les moyens de tes pieds.

Paul : Ce ne sont pas des bottes qui vont me mettre au pas.

Paule : A la bonne heure !



Copyright : Antoine Moreau, 12 octobre 2005
Copyleft : cette oeuvre est libre, vous pouvez la redistribuer et/ou la modifier selon les termes de la Licence Art Libre. Vous trouverez un exemplaire de cette Licence sur le site Copyleft Attitude http://www.artlibre.org ainsi que sur d'autres sites.

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Paule, Paul /27

Paul : Paule ?

Paule : Paul ?

Paul : .--. . -. ... . ... -tu ?

Paule : A quoi je .--. . -. ... . ?

Paul : Non... .--. . -. ... . ... -tu !

Paule : Tu parles...

Paul : Je te pose une question ma chérie.

Paule : Laquelle ?

Paul : .--. . -. ... . ... -tu ?

Paule : Je ne sais pas.

Paul : Tu ne sais pas ?

Paule : Je ne sais pas, je sens.

Paul : Tu sens quoi ?

Paule : Snif snif, ne me fais pas pleurer mon amour...

Paul : Loin de moi l'idée...

Paule : L'idée Paul ?

Paul : N'en ai pas la moindre.

Paule : Je le sens.

Paul : Mais enfin ! Que se passe-t-il ?

Paule : Je suis dans un état...

Paul : Ne m'en parle pas.

Paule : Que te dire d'autre ?

Paul : Je ne sais pas.

Paule : Suis pas en état là de...

Paul : Peut-être as-tu besoin de repos ?

Paule : Plus je dors plus je dors et plus je dors plus je dors, m'en sors pas.

Paul : C'est un cercle, ce devrait être un cycle.

Paule : En ligne à la queue leu leu suis dans le concentrique.

Paul : C'est la connectique !...

Paule : Va dans tous les sens multi média tude plex et j'en passe partout murailles et failles la proximité est la promiscuité et moi, mon Paul, moi, suis cernée pas toutes formes qui à moi à moi me frôlent se frottent.

Paul : Tu n'as plus d'espace tu n'as plus de temps.

Paule : Je suis moi pour mon prochain toute autre.

Paul : A ce point proche ma douce qu'il t'est dans la peau l'autre là.

Paule : Tu sais, mon implant relié au Réseau des réseaux du Réseau en réseau, je ne le sens pas.

Paul : Tu n'y .--. . -. ... . ... pas ?

Paule : Non.

Paul : Tu ne .--. . -. ... . ... pas ?

Paule : Si...

Paul : Tu n'en es pas sûre...

Paule : Comment savoir ?

Paul : Ce que .--. . -. ... . .-. veut dire ?

Paule : Ce que .--. . -. ... . .-. fait dire.

Paul : Comment le savoir ?

Paule : C'est écrit quelque part, un robot : va chercher ! Et rapporte l'os à ronger.

Paul : Operating System !

Paule : Oh oh l'opération au coeur du noyau, la moelle à sucer.

Paul : La moelle fait l'os comme le vide le pot.

Paule : Je le .--. . -. ... . , oui.

Paul: Tu vois. Tu .--. . -. ... . ... .

Paule : Je ventre mon ami, je ventre...

Paul : Souffle dans l'os sucé tu en sortiras un son.

Paule : J'ai les vents qui me traversent me sortent par tous les holes.

Paul : Holà Phole ! Tu musiques !...

Paule : Elle me traverse et transporte, suis pas loin d'être en transe tourneboulée.

Paul : Traverse la porte, chère trouée !...

Paule : J'y suis, hors.

Paul : Alors ? Que .--. . -. ... . ... -tu ?

Paule : Cette question est déplacée, tu le sais, tu devrais le savoir.

Paul : Il n'y a pas de .--. . -. ... . . qui vive, sauf les vivaces aux couleurs vives. La .--. . -. ... . . est chose morte, soulevée par les vers.

Paule : Le cadavre bouge toujours, il n'y a rien qui soit aussi vivace. La décomposition est une méta-fleur. Paul !

Paul : Paule ?

Paule : Tu n'es pas horrifié j'espère.

Paul : Non non. Tout ça est su depuis tous les temps. C'est d'un cru, je te l'accorde.

Paule : Tu sais, au diapason je suis. C'est trop peu de le dire, il faut l'entendre.

Paul : Je te prête mon oreille.

Paule : Garde là pour ta gouverne. Écoute !...

Paul : ...

Paule : Tu entends ?

Paul : ...

Paule : Oui ?...

Paul : J'écoute. Chut...

Paule : ...

Paul : Il me semble entendre de travers.

Paule : Tu entraves à l'envers.

Paul : Je .--. . -. ... . à des travers de porc grillés au barbecue.

Paule : Tu rêves !...

Paul : Avec du riz gluant à souhait et une sauce piquante très forte.

Paule : huuummm... Paul... L'eau me vient à la bouche.

Paul : J'entends le petit ruisseau. Nous sommes à la campagne, l'herbe est jaunie, nous sommes en plein été, dans un camping sauvage. Nos amis sont là, un verre à la main, c'est l'apéro sous le soleil. Tout le monde papote. Il y a des éclats de rire. La sueur perle sur les peaux.

Paule : Attends la grand'eau !... Elle viendra te soulever raz de marée. Au port, tu feras un tour. Tu n'auras pas le temps, c'est le temps qui t'aura : tu n'en manqueras pas.

Paul : J'entends la pluie tomber. Je goûte, bouche ouverte, l'eau fraîche. L'arc en ciel est bandé. Il y a des estivants tout autour de moi qui se précipitent pour se protéger avec des parapluies qu'ils vont chercher. Nous ne savons pas où nous allons alors.

Paule : Les braises crépitent sous la pluie fine.

Paul : J'entends.

Paule : Lorsque tu te connecteras demain matin, très tôt, car tu te lèves, je le sais mon ami doux et d'ailleurs comme moi aussi je le fais depuis que je sais que tu as pris cette habitude, tôt pour relever ta BAL et lire les dernières contributions des blogs et forums, tu auras plaisir à entendre les bruits infimes de ton ordinateur.

Paul : Ne m'en parle pas ! Il a récemment fait un clac-clac inquiétant. Le disque dur. La sueur m'est coulé dans le dos. Glacée.

Paule : Brrrr...

Paul : J'étais sur la banquise. Cerné par manchots muets. Le sol se dérobait et des vautours tournaient. J'étais seul soudain. Le clac-clac. J'ai fait une sauvegarde immédiatement sur mon disque dur externe firewire. Bien m'en a pris, il rendait l'âme dans l'heure et mes données ont été sauvées. J'ai pu rebooter comme su un sou neuf.

Paule : Ouf.. Tu as eu chaud.

Paul : Tu peux le dire. J'embarquais sur le Brise-glace et me servais à bord un pastis. Je continuais mon chemin à travers.

Paule : Tu m'envoyais un courrier, je m'en souviens.

Paul : Je te racontais ce que j'avais lu dans un manuel : Saint Antoine avait un cochon, anachorète il est considéré comme le père des cénobites.

Paule : N'y a-t-il pas là contradiction ?

Paul : Dans le désert, les vases communiquent.

Paule : Ooh oh... L'entend des voix oui.

Paul : Cochon qui s'en dédit si le silence ne bruit pas !

Paule : Tu ne sais pas ce que tu...

Paul : Dit !...

Paule : Hé !...

Paul : Groin groin...

Paule : La paix !...

Paul : Groin...

Paule : Ooooh...

Paul : Oin...

Paul : Je ne comprends pas.

Paule : ...

Paul : Écoute.

Paule : ...

Paul : Il me semble entendre des travers.

Paule : Ta gorge est-elle sèche ?

Paul : Je .--. . -. ... . à la régalade, à boire jusqu'à plus soif au bord de la cascade.

Paule : Tu n'y .--. . -. ... . ... pas !...

Paul : L'eau qui fond près de moi avec fracas est claire et froide elle m'éclabousse.

Paule : huuummm... Paul... L'eau me vient à la bouche.

Paul : J'entends le grondement de l'eau. Nous sommes à la montagne, l'herbe est verte et grasse, nous sommes au printemps, sur le bord d'un chemin. Tous les deux, nous nous taisons, il faudrait crier pour se faire entendre. Le soleil transparaît à travers les arbres épais. Il fait plutôt frais à l'ombre et le ciel est bleu. Boucan d'enfer. Je resterais des heures pris par le fond sonore de la chute d'eau.

Paule : Attends l'été !... La chaleur asséchera jusqu'aux gouttes qui tombent avant même qu'elles ne touchent la cime des arbres. Viendra le sable qui tombera comme poussière. Tu iras à la plage te baigner. Tu aura soif. Les secours arriveront arroser les foules. Tu en seras. Le désert croit.

Paul : J'entends la pluie tomber sur les feuilles. Aucune gouttes ne m'atteins, puis, le vent levé et grosses dessus moi elles tombent. Tu ris ! Tu éclates ! Tu me gagnes. Nous sommes pris de vertige et nous roulons dans la boue.

Paule : ...

Paul : A quoi .--. . -. ... . ... -tu ?





Antoine Moreau, 03/09/2005
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