Paule, Paul /8


Paule : Ah ah ah !… Toi ?

Paul : Hé ! Oui !

Paule : Mais quoi ? Tu es là ?

Paul : Mais oui !… C’est à cette heure que je sors. Le nez hors de mon ordinateur connecté prend le frais là.

Paule : Aaaaah… Plongé dans le cyber-espace que tu es tout le temps… J’ai lu ton message dans le forum de discussion fr.rec.arts.plastiques sur usenet à propos de...

Paul : J’ai vu que tu y avais répondu chère amie aimée.

Paule : Oui. Alors… Qu’en penses-tu ?

Paul : Rien. As-tu lu ce que t’a répondu Trooop?

Paule : Oui et Graaaph a répondu je ne me souviens plus quoi, mais c’était bien vu aussi.

Paul : Je l’ai rencontré il y a peu. Il ne ressemble pas du tout à sa prose.

Paule : Et moi j’ai croisé Trooop lors de la dernière édition des rencontres mobiles informelles et ponctuelles : elle m’a surpris par son silence.

Paul : Paule ? As-tu encore le temps de sortir ?

Paule : Mais je sors tout le temps !

Paul : Où ça ?

Paule : Mais là haut ! En ligne ! Sur le réseau ! Au-dessus des têtes ! L’espace électrifié ! Tu le sais bien.

Paul : Mais… Le web n’est pas…

Paule : Mais je te croise aussi cher ami aimé. Embrasse-moi.

Paul : Embrassons-nous aimable Paule.

Paule : Aimé ami, dans mes bras !

Paul : Dans mes bras aimée amie !

Paule : …

Paul : …

Paule : Tu n’as pas répondu à mon dernier mail.

Paul : J’allais le faire, j’ai été submergé de spams, une nouvelle vague offensivement virale ces derniers temps.

Paule : Tu n’es pas le seul, je filtre, je reçois pas mal toujours trop.

Paul : Bah !… Le net a vécu et nous ne sommes pas morts !

Paule : Oui ! Nous survivrons bien à l’hyper mondanité électronique. L’horizontal est un couperet qui sabre les têtes en ligne à la queue-leu-leu. Toi et moi et d’autres aimés complices, bondissons, créant ainsi des verticales vertigineuses quelques fois.

Paul : Oui oui, je vois ça. Mais tout de même, un ami lointain mais proche a disparu du flux. Sa présence face aux sabres tranchait.

Paule : Je vois de qui tu veux parler. Sache qu’il observe.

Paul : J’entends bien.

Paule : Qui sait ce qu’il fait par ailleurs ?

Paul : Oui… Son activité, prise par erreur pour de l’activisme quand l’internet existait encore dans son inachèvement… Il m’étonnerait qu’il soit inactif. Le net s’achève par la force de la volonté territoriale qui balise, lui avait pris acte du lieu qui confiait.

Paule : Il observe : ce n’est pas rien.

Paul : D’une visibilité moindre, oui, je vois.

Paule : Tu n’as pas de nouvelles ?

Paul : Non, pas depuis une semaine. J’ai reçu un mail très court.

Paule : Bon…

Paul : Paule ?

Paule : Oui ?

Paul : Te tiens-tu informée ?

Paule : Hum… Comme toi je suis bombardée. Comment passer à travers ? Suis bien tenue d’être informée oui.

Paul : Tu te tiens au parfum alors ?

Paule : Peux-tu vivre sans respirer Paul ? Je sniffe l’info qui passe à ma portée.

Paul : Aspires-tu à plein poumons ?

Paule : Non non !… Tu es fol !…

Paul : Mais je me souviens bien que tu étais fort instruite en actualité. Tu gonflais tes poumons d’aise et soufflait des flots de faits frais… Tu avais bonne mine.

Paule : Oui, il y a quelque temps, quand les infos laissaient du temps pour souffler par ailleurs. Aujourd’hui tu ne peux pas mon ami doux.

Paul : Et pourquoi ?

Paule : Mais parce que c’est irrespirable ! Ca pue ! Cocotte sévère les actus !… Ca grouille d’asticots rapides les news. Ca fouette la cervelle par les trous des nez ouverts qu’on a largement.

Paul : Hum… Au courant de tout ce qui se passe qu’on est.

Paule : Pas trop vite l’ami Pau-Paul !… Tu es au courant de ce qui passe la frontière, les actus rentre-dedans te secouent l’estomac électrifié. Les faits qui défont, sont à la surface de ton visage et maquillent. Les informations contemporaines sont un masque de carnaval.

Paul : Mais c’est ce qui se passe ce que je sais !

Paule : C’est information.

Paul : Quoi ? Il se passe quoi sinon ?…

Paule : Des bonnes nouvelles en pagaille. Des faits infimes et aimables. Des respirations et des musiques, des vues en face, des mots neufs.

Paul : Ca ne fait pas l’actualité. Ce n’est pas de l’information.

Paule : Sans doute mais c’est ce qui se passe pourtant et qui ne passe pas là où il est dit ce qui se passe paraît-il (tour)(de)(passe)(passe). Passoire !

Paul : Paule, les informations (et tu es abonnée comme moi à plusieurs listes de diffusion d’infos de toutes sortes…)

Paule : (Plus maintenant Paul d’amour. J’ai rendu la plupart à la corbeille, n’en ai plus que cinq que je parcours de temps à autre).

Paul : Bon… J’avoue, les informations, les informations d’actualité sont captivantes. Elles captent les attentions et emmènent loin les informés de leur présent.

Paule : Il y a deux temps mon amour. L’actualité et le présent.

Paul : L’actualité captive le présent.

Paule : Sans le comprendre, elle veut sa place prendre. Le « temps réel » n’est pas autre chose que la fin des temps. Enfin… Une fin des temps triviale puisqu’il s’agit de l’accomplissement du temps de l’actualité. La fin de la présence au temps. La fin du temps présent. De l’acte, de l’actualité, de l’information lourde.

Paul : De la petite histoire, du fait divers écrasant, de la boucherie de quartier pèpère au coin de rues.

Paule : J’ouvre le journal, ce n’est pas mon jour. Je me connecte, suis déconnectée.

Paul : Tu forces le trait.

Paule : Je dessine, ça soulage.

Paul : Faire face à la gueule qui dévore c’est la nourrir encore.

Paule : Tu n’as pas faim chère et tendre amie surprenante ?

Paul : Oui. Parler creuse.

Paule : Allons casser la graine dans ce troquet rigolo là-bas que je vois.

Paul : Oui, j’en salive par avance.



Paule, Paul.
© Antoine Moreau, septembre 2003/2004
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Paule, Paul /7


Paul : Bonjour Paule.

Paule : Bonjour Paul.

Paul : A quoi penses-tu ?

Paule : Je me le demande. Et toi ?

Paul : J’aime mieux ne pas y penser.

Paule : Moi non plus.

Paul : Penses-tu que ce sera bientôt la guerre ?

Paule : Mais c’est la guerre de toute façon.

Paul : Ici ?

Paule : Et là. Ici la guerre est sourde.

Paul : Là-bas on la voit.

Paule : Ici on la sent.

Paul : Ne veux-t-on rien entendre ?

Paule : C’est un dialogue de sourds.

Paul : C’est criant, oui.

Paule : Brouhaha.

Paul : On dit c’est cool.

Paule : Tu parles…

Paul : Ce n’est pas moi qui le dit.

Paule : J’entends bien.

Paul : Bon. Qu’est-ce que c’est ?

Paule : C’est la guerre je te dis.

Paul : Drôle de guerre…

Paule : Hé !… Qui prend à dépourvu.

Paul : Qui la pensait ainsi ?

Paule : Un stratège ?

Paul : Non pas.

Paul : Personne alors.

Paule : Personne.

Paul : C’était impensable.

Paule : C’est incroyable.

Paul : Oh ma chère Paule, sous nos yeux, sous nos yeux.

Paule : Dans l’intestin ! Elle grouille.

Paul : L’intestin grêle.

Paule : La guerre est toute intérieure ici.

Paul : Nous sommes touchés.

Paule : Mais mais mais… Laisse-moi rire !…

Paul : Oh oh !… Je veux ! Ah ah !…

Paule : Hé ! Hé hé !…

Paul : Quelle blague !…

Paule : Wouarf mon ami !… Tu me tords le boyau.

Paul : Oh oh !… Je chavire. Tout s’écroule. C’est terrible.

Paule : Terrifiant.

Paul : Trop mortel.

Paule : Trop trop.

Paul : Tu ne sais pas ce que tu dis.

Paule : Oui, c’est vrai, tendre et doux ami. Je suis atteinte.

Paul : Tu n’es pas la seule, un jour ou un autre… Chacun est touché d’une façon ou d’une autre.

Paule : L’élégance quand on respire l’air qui arrive par les trous de nez impose de poursuivre le chemin pas à pas comme ça… Regarde les doigts... Au pif mais pile poil…

Paul : Drôle de danse.

Paule : Tous en rond, conjurons le sort !

Paul : En sortirons-nous vivants ?

Paule : Tu plaisantes !…

Paul : Ah ah ! Oui ! Grosse Berta !…

Paule : Oooh… Mon cher, vous allez vous prendre un gnon si vous me traitez ainsi.

Paul : Vas-y ma chérie, ma face t’est offerte au bleu. Le sang peut couler sur le sol par mon nez robinet, je m’en moque.

Paule : Mais ! Paul ! Que t’arrive-t-il ? Qu’est-ce qui se passe ? Est-ce la guerre ou quoi ? Qu’est-ce ?

Paul : Je perds le nord, la boule tourne pas rond.

Paule : La tête au carré que le diable m’emporte si ça irait mieux au carré ! Sûrement pas là dit donc !…

Paul : Oui, chère et tendre amie, tu as raison. Me faut retrouver la face, je roule ma bosse cœur vaillant vaille que vaille et travaille du chapeau oh oh...

Paule : Couvre toi, je te vois souvent exposé aux vents, tes cheveux volent.

Paul : Je n’aime pas les couvre-chefs.

Paule : Amour, mets une gapette !

Paul : Mouais…

Paule : Ce n’est pas la paix ici ! Tu le sais bien ! Crève les yeux ça. Il y a luttes sans fins. C’est ainsi, c’est la vie, de repos, il n’y a qu’éternel.

Paul : En attendant je suis battu à plat de couture. Dépecé à l’air libre.

Paule : Mon pauvre ami, dans mes bras que je te câline.

Paul : Aaaah… Paule, que tu es bonne…

Paule : Je ne veux aucun mal.

Paul : Qui voudrait faire mal sauf à mal faire ?

Paule : Je ne vois pas, la terreur même est un art. La terreur même est un art ?

Paul : C’est la guerre qui est belle. C’est la guerre qui est belle ?

Paule : L’atroce est proche qui frôle hum hum...

Paul : C’est la chaise à bascule, la balançoire du dimanche !

Paule : Quel malheur tout de même !

Paul : Le bonheur du combat est un fait vrai. La lutte est un purgatoire joyeux soumis au jugement de l’histoire. Le paradis n’est pas loin.

Paule : Qui gagne, gagne sur tous les fronts, fronts. Ce n’est pas juste ! Ce sont toujours les vainqueurs qui gagnent qui ont raison, raison ! Malgré les crimes commis en voilà tu l’auras.

Paul : Mais si, chère amie douce, c’est juste ainsi. Que veux-tu? Qui gagne gagne. La raison va au bénéfice, pas au sacrifice !

Paule : Très juste oui… Trop juste quoi... De justesse le gain et pas de justice enfin.

Paul : Mais mais mais… Qu’est-ce qui serait juste au fond ? Que celui qui perde la guerre la gagne au fond du fond finalement enfin ?

Paule : Oui mon ami ! Et ainsi de suite, sans fin. Le perdant devient le gagnant qui devient le perdant et qui devient le gagnant et qui et qui et ainsi de suite. La roue tourne et l’histoire est tourneboulée. Hé !…

Paul : Mais ça n’a pas de sens !

Paule : Sens dessus dessous.

Paul : Les derniers sont les premiers.

Paule : Les perdants sont les gagnants.

Paul : Les premiers, les gagnants : toujours premiers et gagnants !

Paule : C’est une histoire. Une histoire totale. On se la raconte, on se la joue.

Paul : Faut bien se raconter des histoires pour s’endormir et le matin au lendemain, se réveiller à la conquête du jour qui naît, quelques acquis de la veille en souvenir.

Paule : A qui les belles paroles ? Aux gagnants du jeu. Les mots suaves des killers ensorcellent les losers.

Paul : Game over !

Paule : Play it again, Sam !

Paul : Well honey, I do must have some money to play again… Do you have, sweet love, any money for me ?



Paule, Paul.
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Paule, Paul /6


Paul : Paule ?

Paule : …

Paul : Paule ?…

Paule : Oui ? …

Paul : Paule, je suis là !…

Paule : Ah !… Je ne te voyais pas… Mille excuses, je ne t’entendais pas…

Paul : Nous voici ! Nous ne nous entendons plus.

Paule : Ah bon ? Quelle fâcherie as-tu à mon endroit ?

Paul : Aucune Paule, ma tendre amie si chère et douce… Je dis, mais crier serait nécennaire pour que ma voix atteigne tes oreilles, que nous ne nous entendons plus.

Paule : Quoi ? Pardon Paul, mais je ne t’entends pas.

Paul : Oui, nous ne nous entendons plus.

Paule : Ah oui, crier est du dernier cri comme qui dirait. L’autre fois au restaurant la musique d’ambiance était si présente que chacun restait dans son coin-coin et hurlait à qui mieux-mieux pour se faire entendre. C’est trop fort non ?…

Paul : Viens Paule, allons à la recherche d’un lieu silencieux.

Paule : Pardon ?

Paul : …

Paule : Ah oui… Je te suis.

Paul : Paule ? M’entends-tu ?

Paule : Oui mon amour…

Paul : Nous nous entendons.

Paule : Que disais-tu tout à l’heure ?

Paul : Je disais que nous ne nous entendions pas.

Paule : Mais si mais !…

Paul : Mais oui, bien sûr ! Mais les musiques qui fondent sur nous et dans nos oreilles, tu le sais, bouchent les ouvertures. Atmosphère ron-ron tourne en rond de la musique de fond des bars branchés.

Paule : Faut crier.

Paul : Reste sans voix.

Paule : Bruit en fond partout tout le temps, on pourrait croire que le silence ronfle.

Paul : Je t’entends bien, ici nous sommes à l’abri et des regards aunni. Si si ponnible…

Paule : Il y a de l’animation alentour !…

Paul : Pierres qui roulent !

Paule : Je prendrais bien une bière. Où trouver un bar où règne le silence ?

Paul : Achetons nos boinnons à l’étalage et revenons ici dans ce recoin. Nous serons bien.

Paule : Oui.

Paul : Les bocaux sont agités. S’occupent dans tous les sens et de tout toujours. Que c’est entraînant !

Paul : Il y a du monde. Les animés sont aunni les animateurs ! Les animateurs sont aunni les animés. Qui n’est pas animés ? Qui n’est pas animateurs ?

Paule : Qu’entend-t-on ?

Paul : La seconde nature bruit. Les sons de la nature humaine, ce n’est pas moi qui le dit, qui comblent partout les espaces tout le temps. Des arts à la portée. De l’art nulle part. Des artistes à la pelle. Un artiste à la peine.

Paule : C’est le temps des actions. Elles ne font actes que pour ce qu’elles rapportent. Ce dont il s’agit ? D’agitation scions du bois pour la mère pour la mère. Animés, sommes agis.

Paul : Ah !…

Paule : Ah ! …

Paul : Oh !…

Paule : Hé !

Paul : On est bien, je n’entends qu’un brouhaha lointain. Ta voix est proche et je l’aime.

Paule : Un endroit pareil est précieux. A la maison tout panne à travers les canaux.

Paul : Ne peux-tu pas fermer ?

Paule : Oui, mais non.

Paul : Je sais, l’attraction est captivante… Tu appuies sur un bouton et hop ! Capté tu es.

Paule : Des nouvelles ! Des visuels ! Des infos ! Des nouveautés !… Cerise sur le gâteau : gerbe à la volée à l’envi pour tout le monde sans noyau !

Paul : Fascinant, nan ?

Paule : Je sais je sais… Mais maintenant, maintenant mon doux ami aimé, je…

Paul : Ferme les robinets un tant soit peu je t’en prie. Que le vide et la création soit. De l’espace, de l’air, du ciel nom de Nom !

Paule : Tu me dosses le vertige ami ami. J’ai peur, vais-je souffrir la solitude et chuter dans le rien du tout ?

Paul : Tu vas frôler une mort.

Paule : Et toi, chez toi, dans ta maison, mets-tu la musique à donf en fond ?

Paul : Dans le temps, oui, en fond sonore, nuit et jour plus ou moins fort. Mais je t’en avais déjà parlé un peu, sans doute ne t’en souviens-tu pas j’ai depuis cinq ans capté une fréquence qui filtre les sons. Une radio aux milles silences. Je chante alors. J’écoute beaucoup.

Paule : Il faut que je viesse. Cela fait longtemps.

Paul : Nous nous entendrons chuchoter.

Paule : Oooh Paul… Lèche moi l’oreille…



Paule, Paul.
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Paule, Paul /5


Paul : Bonsoir Paule.

Paule : Tiens !… Bonsoir Paul.

Paul : As-tu le temps ?

Paule : Un peu, oui, je vais le prendre, pour toi cher et doux ami.

Paul : Le temps de faire un tour.

Paule : Plusieurs même.

Paul : Bon… Mais ce sera du temps perdu très certainement.

Paule : Oh… Je ne sais pas ce que c’est : « perdre son temps ».

Paul : Oui, tu as raison. Comment perdre son temps ?…

Paule : En ne faisant rien ?

Paul : On pourrait le croire.

Paule : En tournant autour du pot ?

Paul : La terre elle-même.

Paule : Mourir d’ennui, est-ce la victoire du temps ?

Paul : Attends attends…

Paule : Quoi ?

Paul : Hum… Je ne sais pas.

Paule : Alors ?…

Paul : Tu ne perds rien pour attendre.

Paule : Pardon Paul ?

Paul : Excuse-moi. Je ne sais pas ce que je dis.

Paule : J’avais compris.

Paul : N’as-tu rien d’autre à faire ?

Paule : Je ne m’en fais pas pour ça. Le temps viendra.

Paul : Tu parles…

Paule : Que faire d’autre ?

Paul : N’y a-t-il pas mieux à faire ?

Paule : Il ne faut pas s’en faire. Soit tranquille.

Paul : Mais j’ai le cœur qui bat.

Paule : Laisse-le battre. A la mesure du temps. Qui passe à travers. Tes poumons…

Paul : Ah !… Paule…

Paule : Oui mon ami. Que faire ?…

Paul : Mais je ne sais pas et pourquoi faire ?

Paule : Faire... Qu’y pouvons-nous faire ?

Paul : Nous pourrions faire du temps.

Paule : Cela se peut-il ?

Paul : Ah !…

Paule : Oh !…

Paul : Suffit de le prendre, non ?… Le temps est à prendre.

Paule : Ben oui.

Paul : Bon.

Paule : Ainsi là, nous fabriquons du temps ?

Paul : Hé !… Paule d’amour !… Nous pensions le perdre, non ?

Paule : La question se posait si je me souviens bien.

Paul : Perds-tu la mémoire chère et douce amie ?

Paule : Je le crains, oui. Je perds mes moyens, la mémoire, mais aussi l’esprit, je crois bien.

Paul : Aaargh… Ma pauvre amie, te voilà qui travaille du chapeau… Change de gapette, mets-toi deux secondes à l’ombre.

Paule : Deux secondes suffiront ?

Paul : C’est une impression.

Paule : Je crois bien que je vais m’allonger au ras du sol.

Paul : Continuons notre chemin, magnifique amie. Si tu le veux bien.

Paule : Oui, mais laisse moi choir au sol deux minutes.

Paul : Je t’en prie. Imprime en toi la fraîcheur de l’herbe rase.

Paule : Merci. Je ferme les yeux.

Paul : Il fait nuit, les lumières brillent, les trottoirs sont mats autour.

Paule : En rentrant je me connecterai au net.

Paul : Moi aussi.

Paule : J’imagine…

Paul : Nous nous croiserons.

Paule : Sûrement.

Paul : Mais dis-moi Paule, qu’as-tu le temps de faire ces temps-ci ?

Paule : Ecoute, je me le demande… J’ai tout mon temps pris tout le temps.

Paul : Tu es à temps plein.

Paule : Je suis trop à temps trop plein, oui, trop.

Paul : Perds le ! Perds le le temps temps !….

Paule : Je compte bien y arriver un peu. Ce n’est pas facile tous les jours. Me colle à la peau, c’est une ombre qui fait de l’ombre.

Paul : Tu te relèves ?

Paule : Oui, continuons notre chemin.

Paul : Tu as de la poussière au dos.

Paule : Laisse ! Elle s’enlèvera toute seule.

Paul : Le ventilateur de mon ordinateur est en panne.

Paule : Mon fournisseur d’accès a été en rade pendant 3 heures.

Paul : Mon disque dur a rendu l’âme avant-hier, heureusement j’avais fait une sauvegarde sur un disque externe fireware.

Paule : Quelqu’un tente de pénétrer dans mon Personal Computer.

Paul : J’ai un bon coupe-feu et je passe par un proxy anonyme.

Paule : Quand il pleut, je n’ai pas toujours mon parapluie avec moi et quand je l’ai sous la main, il s’ouvre avec le vent et se referme. Je suis trempée aux pieds.

Paul : Boire est nécessaire comme respirer.

Paule : Je bois des tasses le nez au vent.

Paul : Mais Paule !… Il te faut mettre les mains dans le cambouis ! Un ordinateur n’est pas un sèche cheveux : c’est complexe, fragile et le réseau est un sac de nœuds grouillant.

Paule : Je sais bien que ma mise en plis n’est pas de mise. Dés le matin suis toute décoiffée, mon peigne peine à démêler les histoires, me faut faire face au miroir et brosser la tignasse logiquement.

Paul : C’est beaucoup mieux pour ton chapeau. Il tient et toi debout. Tu passerais par un bricolo de coiffeur à la noix qu’il te tondrait la boule et te refilerait pour bonbon une moumoute télécommandée vérolée.

Paule : Mes tifs sont des fils conducteurs !

Paul : Tu devrais mettre un chapeau, le soleil cogne. J’ai la sueur qui coule moi.

Paule : Mettons-nous là, l’ombre est fraîche.

Paul : Quel temps !…

Paule : Nous sommes en hiver et pourtant…

Paul : Le temps passe vite.

Paule : Le temps passe tout le temps.

Paul : Tant qu’il y a du temps…

Paule : Il y a de la vie…

Paul : Pourrait y avoir du temps sans vie.

Paule : Au temps pour moi !…



Paule, Paul.
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Paule, Paul /4


Paul : Non ?

Paule : Si !

Paul : Non !

Paule : Mais si !

Paul : Mais oui ! C'est bien toi !

Paule : Mais oui !...

Paul : Ah !...

Paule : Ah !...

Paul : Ah ah ah !...

Paule : Ah ah ah !...

Paul : Mais qu'est-ce que tu fais là ?

Paule : Et toi ?

Paul : Moi ?

Paule : Oui !

Paul : Pourquoi moi ?

Paule : Mais n'est-ce pas toi ?

Paul : Mais si mais si mais quand même...

Paule : Bon bon bon. Alors ?... Que fais-tu là ?

Paul : Là ?

Paule : Oui qu'est-ce que tu fais oui ?

Paul : Et bien ne le vois-tu pas ? Je me promène.

Paule : Oui mon cher et doux ami, je le vois...

Paul : Et toi, que fais-tu ?

Paule : Ne le vois-tu pas ? Je me promène.

Paul : Ah ! Toi aussi ! Tu vois...

Paule : Que vois-je ?...

Paul : Nous nous promenons.

Paule : Oui oui ! Nous nous ! Et… Où allais-tu ?

Paul : Nulle part, je me promenais. Et toi, chère et superbe amie, où allais-tu ?

Paule : Mais j'y allais ! Nulle autre part justement. Ah !… Nos yeux se croisent, nos pas…

Paul : Je t'accompagne ?

Paule : Nos pas s’emboîtent, avec plaisir ! Nous irons ensemble dans la direction même.

Paul : Allons-y ! Faire un bout de chemin avec toi, parfumée compagne, est un bonheur que j'aime.

Paule : Me balader en ta compagnie, doux ami, est un bonheur que j'aime.

Paul : Nos pas nous mènent.

Paule : L'air est doux et tes paroles tintent.

Paul : Ta voix, chère Paule, me caresse le fin fond des oreilles.

Paule : Huuum… Et là ? Où allons nous ? A droite ? A gauche ? Tout droit ?

Paul : Ma foi... Je n'en sais rien. De quel côté penchent les pieds ?

Paule : A droite.

Paul : Allons à gauche !

Paule : Ah ah ah !...

Paul : Ah ah ah !...

Paule : Comme tu fais bien...

Paul : Mais rien du tout, je t'accompagne.

Paule : Ah par exemple ! Nous voilà en haut des...

Paul : Marches ! N'es-tu pas essoufflée un petit peu ?

Paule : Mais oui... Laisse-moi m'asseoir.

Paul : A ta guise chère amie. Je pose mon derrière près de toi, j'ai aussi besoin de souffler.

Paule : Reprenons souffle !

Paul : Oui ! J'ai le coeur qui bat.

Paule : Oooh Paul, moi aussi mon coeur bat.

Paul : Nos coeurs battent.

Paule : Je prends, toute la mesure, là, en haut, de cet escalier, de ton amour.

Paul : Je respire à tes côtés Paule. Mes poumons se libèrent.

Paule : Mon foie est transparent, il me procure une joie limpide qui coule dans mes veines.

Paul : Mes reins rigolent.

Paule : Mes seins sigolent.

Paul : Mes mains...

Paule : Mes mains...

Paul : Donnons nous la main et continuons notre chemin.

Paule : Avec joie, Paul d'amour.

Paul : Paule d'amour, ta joie est la mienne.

Paule : Paul.

Paul : Paule.

Paule : Ma joie se mêle.

Paul : Ma joie se mêle.

Paule : A la tienne !

Paul : A la tienne !

Paule : A la nôtre !

Paul : Santé !

Paule : Nos joies mêlées débordent.

Paul : Suons, suons !

Paule : Dégoulinons de la peau.

Paul : Je suis en nage.

Paule : Apnée moi !

Paul : Je plonge chère trempée !

Paule : Rejoins-moi là.

Paul : L’eau est tiède, c’est le vomissement de Dieu.

Paule : L’air est frais et la terre brûlante.

Paul : Nous sommes sur un volcan, la boule de feu au centre.

Paule : Tout va brûler. Dansons dansons !

Paul : C’est le feu, c’est le feu !

Paule : J’embrase !

Paul : Embrase moi !

Paule : Embrasons nous, ami cher brûlant.

Paul : Feu !

Paule : Aaaah… Je ne sais plus si je suis encore vivante. Feu toi-même !

Paul : Aaaah… Je feu.

Paule : Feu Paul.

Paul : Feu Paule.

Paule : Où sommes nous ?

Paul : Mais toujours là, dans quel état…

Paule : Paul ?…

Paul : Oui ?…

Paule : Que vois-tu à la surface ?

Paul : Je vois des braises, des cendres, des feux follets et des animaux qui se chauffent.

Paule : Marcel !…

Paul : Marcelle !…

Paule : Ne veux-tu pas continuer à marcher ?

Paul : Oui. Où tes pieds te portent-ils ?

Paule : Hum… A gauche.

Paul : Allons à droite.

Paule : Bien vu ! Ainsi nous ne tournerons pas en rond.

Paul : Sans doute allons nous découvrir quelque chose d’inconnu.

Paule : Sûrement. J’allais me découvrir. Mon couvre-chef me pèse un peu là.

Paul : Mais il te va très bien, au vent le voile t’emporte.

Paule : Je me découvre cher et tendre ami de toujours. Comment me trouves-tu ?

Paul : Je ne t’ai jamais perdu de vue, tu le sais Paule. Et ton crâne où poussent ces cheveux rasés me fait chavirer. Je peux toucher ?

Paule : Caresse caresse !…

Paul : Ooooh… Comme c’est doux et dru à la fois.

Paule : Puis-je caresser tes cheveux longs et denses à mon tour ?

Paul : Avec plaisir Paule.

Paule : Comme c’est doux et fin.

Paul : Le soleil est à son zénith.

Paule : J’ai vu passer des nuages blancs dans le ciel bleu.

Paul : Je vois des passants et des voitures.

Paule : Il y a un endroit aéré là-bas.

Paul : Allons-y, nous nous allongerons dans l’herbe.

Paule : Oui, ce sera bien.

Paul : Oui.



Paule, Paul.
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