Paule, Paul /9


Paule : Paul ?

Paul : Oui ?

Paule : Mais où vas-tu ?

Paul : Qui sait ?

Paule : Et toi ?

Paul : Mais non !

Paule : Mais si ! Qui d’autre ?

Paul : A d’autre ! Moi ge ne sais pas.

Paule : Et moi donc ! Ge te demande où tu vas.

Paul : Pourquoi ?

Paule : Pour le savoir.

Paul : Mais ge ne le sais pas chère Paule aimée !

Paule : Mais tu vas quelque part ?

Paul : Il faut bien le croire, non ?

Paule : On dirait, oui.

Paul : Bon… C’est ainsi, ge vais, g’y vais, ge viens et va.

Paule : Bon alors tout va bien ?

Paul : Ca va ça va… Oui chère amie, tout va bien tu le vois bien.

Paule : Ge vois que ça va ge vois que ça mais ça va où tout ça et toi ? Où tu vas ? Tu vas bien quelque part ?

Paul : Bon !… Viens avec moi…

Paule : D’accord d’accord.

Paul : Nous allons bien voir où nous allons, si voir est possible en chemin.

Paule : Mais pourquoi pas ? Nous verrons bien où nous mènent nos pas.

Paul : M’est avis que ge commande à ma démarche tout de même.

Paule : Mais où tout ça mène ?

Paul : A la fosse à la fosse ! Ah ah !…

Paule : Ah ah ah !… Tous les chemins y mènent.

Paul : Entre temps faut ce qu’il faut !

Paule : Faut bien vivre, que la faux m’emporte si ge mens !…

Paul : Attention de ne pas tomber mon amour.

Paule : Oh… Merci Paul, ge trébuche simplement, m’éjratijne un peu la peau, pas bien jrave.

Paul : Mais tu saijnes ma chérie.

Paule : Quelques gouttes. Ça tombe.

Paul : Laisse moi voir ça.

Paule : Assieds-toi aimé Paul.

Paul : Allonge toi chère tendre et douce Paule aimée.

Paule : Voilà, vois.

Paul : Ge vois bien mais ne sais qu’en penser.

Paule : Ge te le dis : ce n’est pas grave, ge me remets debout illico sans forcer.

Paul : Poursuivons notre chemin.

Paule : C’est par là ?

Paul : Oui. Où veux-tu que ce soit ?

Paule : Par là-bas.

Paul : C’est toujours par là, non ?

Paule : Alors allons-y et ne tournons pas en rond.

Paul : Nous aurons bien l’occasion de repasser par ici, non ?

Paule : Oui, certainement un jour prochain.

Paul : Bon, c’est par là.

Paule : A cette heure les ombres s’allonjent rapidement, bientôt elles disparaîtront.

Paul : Nous avons le temps, ne t’inquiètes pas chère amie.

Paule : La nuit tombera comme d’habitude, la ville sera claire. Nous pourrons aller dîner.

Paul : Nous avons le temps pour cela, ne crois-tu pas ?

Paule : Oui oui, nous l’avons.

Paul : Bon…

Paule : Ge n’ai plus mal au jenou.

Paul : A la bonne heure !…

Paule : Ge marche comme sur des roulettes.

Paul : Connais-tu ce quartier douce amie ?

Paule : G’y suis venue, ge pense, il y a quelque temps.

Paul : Ge pense aussi que g’y suis venu aussi ge ne sais plus quand.

Paule : Ne marches-tu pas trop vite ?

Paul : Vais-ge trop vite pour toi ?

Paule : Non non…

Paul : Ge ne vais ni lentement ni vite ge vais au rythme de mes pas sans penser au temps qui passe sans que ge n’y pense. Ge ne pensais pas à la cadence.

Paule : Ge ne voulais pas y penser non plus cher ami et doux compagnon, cette question m’a traversé l’esprit : la vitesse, la lenteur de notre marche convient-elle au chemin que nous faisons ?

Paul : Mais oui mais oui… N’y pensons plus, ge ne sais comment et à quel rythme marcher maintenant…

Paule : Oh… Mille excuses pour avoir introduit ce soucis dans nos esprits. G’avoue aussi que ge peine à mettre un pied devant l’autre, désormais, ge pense à la cadence.

Paul : N’y pensons plus ! Courrons !…

Paule : Ah oui !… Bonne idée !…

Paul : 1, 2, 3 : Partons !

Paule : Où où ?

Paul : Là là !

Paule : C’est parti mon qui qui !…

Paul : Ah ! Paule !… Tu vas vite !

Paule : Et toi ami de tous les jours, comment tu vas ?

Paul : Bien merci, ça fonce Alphonse !…

Paule : Ah ah !… M’essouffle, crache les poumons rosis, ma respiration est ample, humpf humpf… Fait du bien de courir à fond le caisson.

Paul : Humpf humpf… Cœur qui bat boum boum, me sens cramoisi du visage, g’ai les gambes qui tressautent.

Paule : Allez allez, ‘core un ’tit effort !…

Paul : Ge veux bien ge veux bien, allez allez, humpf humpf… Trotte trotte, respire expire, import export, poussez-vous piétons !…

Paule : Failli en bousculer un tout à l’heure. As-tu vu ?

Paul : Non, nez dans le juidon de la course que ge suis dedans.

Paule : Ah !… Humpf humpf… On… Alors… Fait la course ?…

Paul : Mais tes grandes enjambées ma chérie !… Ge ne fais pas le poids, suis à la traîne si tu comptes me semer.

Paule : Ah ah !… Bon vent ! Ge m’envole !…

Paul : Attends attends !… Ne me laisse pas à la traîne…

Paule : Cours mon ami ! Rattrape-moi, ge m’élève !

Paul : Mais mais !… Humpf humpf… Où vas-tu ?…

Paule : Le sais-ge ? Ge fonce à toute allure, rendez-vous doux et cher à la prochaine !…

Paul : Jrrr… Retrouvons-nous à la terrasse d’un café là-bas !

Paule : Retrouvons-nous au carrefour lointain. Tu sais, à l’orée de la ville, il y a ce carrefour à l’ombre d’ifs. Ge serai sous celui qui penche un peu.

Paul : Ge vois ! C’est loin.

Paule : Cours mon ami, cours !

Paul : Mais ge peine, n’ai pas tes facultés, tu es agile et jracieuse, ge suis empoté et lourd, g’ai les gambes petites.

Paule : Tu exajères, tu as, Paul admirable, fin tarin et des mollets bien moulés.

Paul : Pour tout te dire Paule superbe, ge préfère flâner, marcher, déambuler, marcher, flâner, oui, que courir et courir.

Paule : Ah mais… Ce n’était qu’une proposition ponctuelle, arbitraire et amusante qui sait : défouler nos muscles, faire bondir nos cœurs, faire suer nos peaux et rafraîchir nos poumons. Notre course aurait eu une fin, franchie la ligne.

Paul : Au départ ge ne suis pas contre, par contre, tu vas beaucoup trop vite pour moi, ge ne te suis pas.

Paule : Paul Paul Paul… Allons-y en petite foulée, tranquille sans forcer, g’y consens à ralentir par amour pour toi le pas. Content ?

Paul : Tu es trop aimable chère et douce. Ge sais qu’il est pénible de redescendre après s’être élancé.

Paule : Ca va aller, ge te quitterai tout à l’heure et g’irai à toute vitesse pendant un bon kilomètre me fatijuer la carcasse. Tu ne verras pas ma chute lasse au bout, choir lentement au sol, souriante et souffrante en goie implosive. Ah mon ami, qu’il est bon de suer torridement.

Paul : Ge suis bien d’accord, moi aussi ge sue volontiers par moment.

Paule : Ge sais bien ge sais bien.

Paul : Bon… Marchons.

Paule : Ge suis heureuse Paul… Le sais-tu ?

Paul : Ge le sens chère et douce, cela me ravit.

Paule : Me promener avec toi est un bonheur.

Paul : Où allons nous ?

Paule : Disons par là ?

Paul : Par là oui.



Paule, Paul.
© Antoine Moreau, septembre 2003/2004
Copyleft : cette oeuvre est libre, vous pouvez la redistribuer et/ou la modifier selon les termes de la Licence Art Libre. Vous trouverez un exemplaire de cette Licence sur le site Copyleft Attitude http://artlibre.org ainsi que sur d'autres sites.



lien permanent

pdf version

Paule, Paul /8


Paule : Ah ah ah !… Toi ?

Paul : Hé ! Oui !

Paule : Mais quoi ? Tu es là ?

Paul : Mais oui !… C’est à cette heure que je sors. Le nez hors de mon ordinateur connecté prend le frais là.

Paule : Aaaaah… Plongé dans le cyber-espace que tu es tout le temps… J’ai lu ton message dans le forum de discussion fr.rec.arts.plastiques sur usenet à propos de...

Paul : J’ai vu que tu y avais répondu chère amie aimée.

Paule : Oui. Alors… Qu’en penses-tu ?

Paul : Rien. As-tu lu ce que t’a répondu Trooop?

Paule : Oui et Graaaph a répondu je ne me souviens plus quoi, mais c’était bien vu aussi.

Paul : Je l’ai rencontré il y a peu. Il ne ressemble pas du tout à sa prose.

Paule : Et moi j’ai croisé Trooop lors de la dernière édition des rencontres mobiles informelles et ponctuelles : elle m’a surpris par son silence.

Paul : Paule ? As-tu encore le temps de sortir ?

Paule : Mais je sors tout le temps !

Paul : Où ça ?

Paule : Mais là haut ! En ligne ! Sur le réseau ! Au-dessus des têtes ! L’espace électrifié ! Tu le sais bien.

Paul : Mais… Le web n’est pas…

Paule : Mais je te croise aussi cher ami aimé. Embrasse-moi.

Paul : Embrassons-nous aimable Paule.

Paule : Aimé ami, dans mes bras !

Paul : Dans mes bras aimée amie !

Paule : …

Paul : …

Paule : Tu n’as pas répondu à mon dernier mail.

Paul : J’allais le faire, j’ai été submergé de spams, une nouvelle vague offensivement virale ces derniers temps.

Paule : Tu n’es pas le seul, je filtre, je reçois pas mal toujours trop.

Paul : Bah !… Le net a vécu et nous ne sommes pas morts !

Paule : Oui ! Nous survivrons bien à l’hyper mondanité électronique. L’horizontal est un couperet qui sabre les têtes en ligne à la queue-leu-leu. Toi et moi et d’autres aimés complices, bondissons, créant ainsi des verticales vertigineuses quelques fois.

Paul : Oui oui, je vois ça. Mais tout de même, un ami lointain mais proche a disparu du flux. Sa présence face aux sabres tranchait.

Paule : Je vois de qui tu veux parler. Sache qu’il observe.

Paul : J’entends bien.

Paule : Qui sait ce qu’il fait par ailleurs ?

Paul : Oui… Son activité, prise par erreur pour de l’activisme quand l’internet existait encore dans son inachèvement… Il m’étonnerait qu’il soit inactif. Le net s’achève par la force de la volonté territoriale qui balise, lui avait pris acte du lieu qui confiait.

Paule : Il observe : ce n’est pas rien.

Paul : D’une visibilité moindre, oui, je vois.

Paule : Tu n’as pas de nouvelles ?

Paul : Non, pas depuis une semaine. J’ai reçu un mail très court.

Paule : Bon…

Paul : Paule ?

Paule : Oui ?

Paul : Te tiens-tu informée ?

Paule : Hum… Comme toi je suis bombardée. Comment passer à travers ? Suis bien tenue d’être informée oui.

Paul : Tu te tiens au parfum alors ?

Paule : Peux-tu vivre sans respirer Paul ? Je sniffe l’info qui passe à ma portée.

Paul : Aspires-tu à plein poumons ?

Paule : Non non !… Tu es fol !…

Paul : Mais je me souviens bien que tu étais fort instruite en actualité. Tu gonflais tes poumons d’aise et soufflait des flots de faits frais… Tu avais bonne mine.

Paule : Oui, il y a quelque temps, quand les infos laissaient du temps pour souffler par ailleurs. Aujourd’hui tu ne peux pas mon ami doux.

Paul : Et pourquoi ?

Paule : Mais parce que c’est irrespirable ! Ca pue ! Cocotte sévère les actus !… Ca grouille d’asticots rapides les news. Ca fouette la cervelle par les trous des nez ouverts qu’on a largement.

Paul : Hum… Au courant de tout ce qui se passe qu’on est.

Paule : Pas trop vite l’ami Pau-Paul !… Tu es au courant de ce qui passe la frontière, les actus rentre-dedans te secouent l’estomac électrifié. Les faits qui défont, sont à la surface de ton visage et maquillent. Les informations contemporaines sont un masque de carnaval.

Paul : Mais c’est ce qui se passe ce que je sais !

Paule : C’est information.

Paul : Quoi ? Il se passe quoi sinon ?…

Paule : Des bonnes nouvelles en pagaille. Des faits infimes et aimables. Des respirations et des musiques, des vues en face, des mots neufs.

Paul : Ca ne fait pas l’actualité. Ce n’est pas de l’information.

Paule : Sans doute mais c’est ce qui se passe pourtant et qui ne passe pas là où il est dit ce qui se passe paraît-il (tour)(de)(passe)(passe). Passoire !

Paul : Paule, les informations (et tu es abonnée comme moi à plusieurs listes de diffusion d’infos de toutes sortes…)

Paule : (Plus maintenant Paul d’amour. J’ai rendu la plupart à la corbeille, n’en ai plus que cinq que je parcours de temps à autre).

Paul : Bon… J’avoue, les informations, les informations d’actualité sont captivantes. Elles captent les attentions et emmènent loin les informés de leur présent.

Paule : Il y a deux temps mon amour. L’actualité et le présent.

Paul : L’actualité captive le présent.

Paule : Sans le comprendre, elle veut sa place prendre. Le « temps réel » n’est pas autre chose que la fin des temps. Enfin… Une fin des temps triviale puisqu’il s’agit de l’accomplissement du temps de l’actualité. La fin de la présence au temps. La fin du temps présent. De l’acte, de l’actualité, de l’information lourde.

Paul : De la petite histoire, du fait divers écrasant, de la boucherie de quartier pèpère au coin de rues.

Paule : J’ouvre le journal, ce n’est pas mon jour. Je me connecte, suis déconnectée.

Paul : Tu forces le trait.

Paule : Je dessine, ça soulage.

Paul : Faire face à la gueule qui dévore c’est la nourrir encore.

Paule : Tu n’as pas faim chère et tendre amie surprenante ?

Paul : Oui. Parler creuse.

Paule : Allons casser la graine dans ce troquet rigolo là-bas que je vois.

Paul : Oui, j’en salive par avance.



Paule, Paul.
© Antoine Moreau, septembre 2003/2004
Copyleft : cette oeuvre est libre, vous pouvez la redistribuer et/ou la modifier selon les termes de la Licence Art Libre. Vous trouverez un exemplaire de cette Licence sur le site Copyleft Attitude http://artlibre.org ainsi que sur d'autres sites.



lien permanent

pdf version

Paule, Paul /7


Paul : Bonjour Paule.

Paule : Bonjour Paul.

Paul : A quoi penses-tu ?

Paule : Je me le demande. Et toi ?

Paul : J’aime mieux ne pas y penser.

Paule : Moi non plus.

Paul : Penses-tu que ce sera bientôt la guerre ?

Paule : Mais c’est la guerre de toute façon.

Paul : Ici ?

Paule : Et là. Ici la guerre est sourde.

Paul : Là-bas on la voit.

Paule : Ici on la sent.

Paul : Ne veux-t-on rien entendre ?

Paule : C’est un dialogue de sourds.

Paul : C’est criant, oui.

Paule : Brouhaha.

Paul : On dit c’est cool.

Paule : Tu parles…

Paul : Ce n’est pas moi qui le dit.

Paule : J’entends bien.

Paul : Bon. Qu’est-ce que c’est ?

Paule : C’est la guerre je te dis.

Paul : Drôle de guerre…

Paule : Hé !… Qui prend à dépourvu.

Paul : Qui la pensait ainsi ?

Paule : Un stratège ?

Paul : Non pas.

Paul : Personne alors.

Paule : Personne.

Paul : C’était impensable.

Paule : C’est incroyable.

Paul : Oh ma chère Paule, sous nos yeux, sous nos yeux.

Paule : Dans l’intestin ! Elle grouille.

Paul : L’intestin grêle.

Paule : La guerre est toute intérieure ici.

Paul : Nous sommes touchés.

Paule : Mais mais mais… Laisse-moi rire !…

Paul : Oh oh !… Je veux ! Ah ah !…

Paule : Hé ! Hé hé !…

Paul : Quelle blague !…

Paule : Wouarf mon ami !… Tu me tords le boyau.

Paul : Oh oh !… Je chavire. Tout s’écroule. C’est terrible.

Paule : Terrifiant.

Paul : Trop mortel.

Paule : Trop trop.

Paul : Tu ne sais pas ce que tu dis.

Paule : Oui, c’est vrai, tendre et doux ami. Je suis atteinte.

Paul : Tu n’es pas la seule, un jour ou un autre… Chacun est touché d’une façon ou d’une autre.

Paule : L’élégance quand on respire l’air qui arrive par les trous de nez impose de poursuivre le chemin pas à pas comme ça… Regarde les doigts... Au pif mais pile poil…

Paul : Drôle de danse.

Paule : Tous en rond, conjurons le sort !

Paul : En sortirons-nous vivants ?

Paule : Tu plaisantes !…

Paul : Ah ah ! Oui ! Grosse Berta !…

Paule : Oooh… Mon cher, vous allez vous prendre un gnon si vous me traitez ainsi.

Paul : Vas-y ma chérie, ma face t’est offerte au bleu. Le sang peut couler sur le sol par mon nez robinet, je m’en moque.

Paule : Mais ! Paul ! Que t’arrive-t-il ? Qu’est-ce qui se passe ? Est-ce la guerre ou quoi ? Qu’est-ce ?

Paul : Je perds le nord, la boule tourne pas rond.

Paule : La tête au carré que le diable m’emporte si ça irait mieux au carré ! Sûrement pas là dit donc !…

Paul : Oui, chère et tendre amie, tu as raison. Me faut retrouver la face, je roule ma bosse cœur vaillant vaille que vaille et travaille du chapeau oh oh...

Paule : Couvre toi, je te vois souvent exposé aux vents, tes cheveux volent.

Paul : Je n’aime pas les couvre-chefs.

Paule : Amour, mets une gapette !

Paul : Mouais…

Paule : Ce n’est pas la paix ici ! Tu le sais bien ! Crève les yeux ça. Il y a luttes sans fins. C’est ainsi, c’est la vie, de repos, il n’y a qu’éternel.

Paul : En attendant je suis battu à plat de couture. Dépecé à l’air libre.

Paule : Mon pauvre ami, dans mes bras que je te câline.

Paul : Aaaah… Paule, que tu es bonne…

Paule : Je ne veux aucun mal.

Paul : Qui voudrait faire mal sauf à mal faire ?

Paule : Je ne vois pas, la terreur même est un art. La terreur même est un art ?

Paul : C’est la guerre qui est belle. C’est la guerre qui est belle ?

Paule : L’atroce est proche qui frôle hum hum...

Paul : C’est la chaise à bascule, la balançoire du dimanche !

Paule : Quel malheur tout de même !

Paul : Le bonheur du combat est un fait vrai. La lutte est un purgatoire joyeux soumis au jugement de l’histoire. Le paradis n’est pas loin.

Paule : Qui gagne, gagne sur tous les fronts, fronts. Ce n’est pas juste ! Ce sont toujours les vainqueurs qui gagnent qui ont raison, raison ! Malgré les crimes commis en voilà tu l’auras.

Paul : Mais si, chère amie douce, c’est juste ainsi. Que veux-tu? Qui gagne gagne. La raison va au bénéfice, pas au sacrifice !

Paule : Très juste oui… Trop juste quoi... De justesse le gain et pas de justice enfin.

Paul : Mais mais mais… Qu’est-ce qui serait juste au fond ? Que celui qui perde la guerre la gagne au fond du fond finalement enfin ?

Paule : Oui mon ami ! Et ainsi de suite, sans fin. Le perdant devient le gagnant qui devient le perdant et qui devient le gagnant et qui et qui et ainsi de suite. La roue tourne et l’histoire est tourneboulée. Hé !…

Paul : Mais ça n’a pas de sens !

Paule : Sens dessus dessous.

Paul : Les derniers sont les premiers.

Paule : Les perdants sont les gagnants.

Paul : Les premiers, les gagnants : toujours premiers et gagnants !

Paule : C’est une histoire. Une histoire totale. On se la raconte, on se la joue.

Paul : Faut bien se raconter des histoires pour s’endormir et le matin au lendemain, se réveiller à la conquête du jour qui naît, quelques acquis de la veille en souvenir.

Paule : A qui les belles paroles ? Aux gagnants du jeu. Les mots suaves des killers ensorcellent les losers.

Paul : Game over !

Paule : Play it again, Sam !

Paul : Well honey, I do must have some money to play again… Do you have, sweet love, any money for me ?



Paule, Paul.
© Antoine Moreau, septembre 2003/2004
Copyleft : cette oeuvre est libre, vous pouvez la redistribuer et/ou la modifier selon les termes de la Licence Art Libre. Vous trouverez un exemplaire de cette Licence sur le site Copyleft Attitude http://artlibre.org ainsi que sur d'autres sites.



lien permanent

pdf version

Paule, Paul /6


Paul : Paule ?

Paule : …

Paul : Paule ?…

Paule : Oui ? …

Paul : Paule, je suis là !…

Paule : Ah !… Je ne te voyais pas… Mille excuses, je ne t’entendais pas…

Paul : Nous voici ! Nous ne nous entendons plus.

Paule : Ah bon ? Quelle fâcherie as-tu à mon endroit ?

Paul : Aucune Paule, ma tendre amie si chère et douce… Je dis, mais crier serait nécennaire pour que ma voix atteigne tes oreilles, que nous ne nous entendons plus.

Paule : Quoi ? Pardon Paul, mais je ne t’entends pas.

Paul : Oui, nous ne nous entendons plus.

Paule : Ah oui, crier est du dernier cri comme qui dirait. L’autre fois au restaurant la musique d’ambiance était si présente que chacun restait dans son coin-coin et hurlait à qui mieux-mieux pour se faire entendre. C’est trop fort non ?…

Paul : Viens Paule, allons à la recherche d’un lieu silencieux.

Paule : Pardon ?

Paul : …

Paule : Ah oui… Je te suis.

Paul : Paule ? M’entends-tu ?

Paule : Oui mon amour…

Paul : Nous nous entendons.

Paule : Que disais-tu tout à l’heure ?

Paul : Je disais que nous ne nous entendions pas.

Paule : Mais si mais !…

Paul : Mais oui, bien sûr ! Mais les musiques qui fondent sur nous et dans nos oreilles, tu le sais, bouchent les ouvertures. Atmosphère ron-ron tourne en rond de la musique de fond des bars branchés.

Paule : Faut crier.

Paul : Reste sans voix.

Paule : Bruit en fond partout tout le temps, on pourrait croire que le silence ronfle.

Paul : Je t’entends bien, ici nous sommes à l’abri et des regards aunni. Si si ponnible…

Paule : Il y a de l’animation alentour !…

Paul : Pierres qui roulent !

Paule : Je prendrais bien une bière. Où trouver un bar où règne le silence ?

Paul : Achetons nos boinnons à l’étalage et revenons ici dans ce recoin. Nous serons bien.

Paule : Oui.

Paul : Les bocaux sont agités. S’occupent dans tous les sens et de tout toujours. Que c’est entraînant !

Paul : Il y a du monde. Les animés sont aunni les animateurs ! Les animateurs sont aunni les animés. Qui n’est pas animés ? Qui n’est pas animateurs ?

Paule : Qu’entend-t-on ?

Paul : La seconde nature bruit. Les sons de la nature humaine, ce n’est pas moi qui le dit, qui comblent partout les espaces tout le temps. Des arts à la portée. De l’art nulle part. Des artistes à la pelle. Un artiste à la peine.

Paule : C’est le temps des actions. Elles ne font actes que pour ce qu’elles rapportent. Ce dont il s’agit ? D’agitation scions du bois pour la mère pour la mère. Animés, sommes agis.

Paul : Ah !…

Paule : Ah ! …

Paul : Oh !…

Paule : Hé !

Paul : On est bien, je n’entends qu’un brouhaha lointain. Ta voix est proche et je l’aime.

Paule : Un endroit pareil est précieux. A la maison tout panne à travers les canaux.

Paul : Ne peux-tu pas fermer ?

Paule : Oui, mais non.

Paul : Je sais, l’attraction est captivante… Tu appuies sur un bouton et hop ! Capté tu es.

Paule : Des nouvelles ! Des visuels ! Des infos ! Des nouveautés !… Cerise sur le gâteau : gerbe à la volée à l’envi pour tout le monde sans noyau !

Paul : Fascinant, nan ?

Paule : Je sais je sais… Mais maintenant, maintenant mon doux ami aimé, je…

Paul : Ferme les robinets un tant soit peu je t’en prie. Que le vide et la création soit. De l’espace, de l’air, du ciel nom de Nom !

Paule : Tu me dosses le vertige ami ami. J’ai peur, vais-je souffrir la solitude et chuter dans le rien du tout ?

Paul : Tu vas frôler une mort.

Paule : Et toi, chez toi, dans ta maison, mets-tu la musique à donf en fond ?

Paul : Dans le temps, oui, en fond sonore, nuit et jour plus ou moins fort. Mais je t’en avais déjà parlé un peu, sans doute ne t’en souviens-tu pas j’ai depuis cinq ans capté une fréquence qui filtre les sons. Une radio aux milles silences. Je chante alors. J’écoute beaucoup.

Paule : Il faut que je viesse. Cela fait longtemps.

Paul : Nous nous entendrons chuchoter.

Paule : Oooh Paul… Lèche moi l’oreille…



Paule, Paul.
© Antoine Moreau, septembre 2003/2004
Copyleft : cette oeuvre est libre, vous pouvez la redistribuer et/ou la modifier selon les termes de la Licence Art Libre. Vous trouverez un exemplaire de cette Licence sur le site Copyleft Attitude http://artlibre.org ainsi que sur d'autres sites.



lien permanent

pdf version

Paule, Paul /5


Paul : Bonsoir Paule.

Paule : Tiens !… Bonsoir Paul.

Paul : As-tu le temps ?

Paule : Un peu, oui, je vais le prendre, pour toi cher et doux ami.

Paul : Le temps de faire un tour.

Paule : Plusieurs même.

Paul : Bon… Mais ce sera du temps perdu très certainement.

Paule : Oh… Je ne sais pas ce que c’est : « perdre son temps ».

Paul : Oui, tu as raison. Comment perdre son temps ?…

Paule : En ne faisant rien ?

Paul : On pourrait le croire.

Paule : En tournant autour du pot ?

Paul : La terre elle-même.

Paule : Mourir d’ennui, est-ce la victoire du temps ?

Paul : Attends attends…

Paule : Quoi ?

Paul : Hum… Je ne sais pas.

Paule : Alors ?…

Paul : Tu ne perds rien pour attendre.

Paule : Pardon Paul ?

Paul : Excuse-moi. Je ne sais pas ce que je dis.

Paule : J’avais compris.

Paul : N’as-tu rien d’autre à faire ?

Paule : Je ne m’en fais pas pour ça. Le temps viendra.

Paul : Tu parles…

Paule : Que faire d’autre ?

Paul : N’y a-t-il pas mieux à faire ?

Paule : Il ne faut pas s’en faire. Soit tranquille.

Paul : Mais j’ai le cœur qui bat.

Paule : Laisse-le battre. A la mesure du temps. Qui passe à travers. Tes poumons…

Paul : Ah !… Paule…

Paule : Oui mon ami. Que faire ?…

Paul : Mais je ne sais pas et pourquoi faire ?

Paule : Faire... Qu’y pouvons-nous faire ?

Paul : Nous pourrions faire du temps.

Paule : Cela se peut-il ?

Paul : Ah !…

Paule : Oh !…

Paul : Suffit de le prendre, non ?… Le temps est à prendre.

Paule : Ben oui.

Paul : Bon.

Paule : Ainsi là, nous fabriquons du temps ?

Paul : Hé !… Paule d’amour !… Nous pensions le perdre, non ?

Paule : La question se posait si je me souviens bien.

Paul : Perds-tu la mémoire chère et douce amie ?

Paule : Je le crains, oui. Je perds mes moyens, la mémoire, mais aussi l’esprit, je crois bien.

Paul : Aaargh… Ma pauvre amie, te voilà qui travaille du chapeau… Change de gapette, mets-toi deux secondes à l’ombre.

Paule : Deux secondes suffiront ?

Paul : C’est une impression.

Paule : Je crois bien que je vais m’allonger au ras du sol.

Paul : Continuons notre chemin, magnifique amie. Si tu le veux bien.

Paule : Oui, mais laisse moi choir au sol deux minutes.

Paul : Je t’en prie. Imprime en toi la fraîcheur de l’herbe rase.

Paule : Merci. Je ferme les yeux.

Paul : Il fait nuit, les lumières brillent, les trottoirs sont mats autour.

Paule : En rentrant je me connecterai au net.

Paul : Moi aussi.

Paule : J’imagine…

Paul : Nous nous croiserons.

Paule : Sûrement.

Paul : Mais dis-moi Paule, qu’as-tu le temps de faire ces temps-ci ?

Paule : Ecoute, je me le demande… J’ai tout mon temps pris tout le temps.

Paul : Tu es à temps plein.

Paule : Je suis trop à temps trop plein, oui, trop.

Paul : Perds le ! Perds le le temps temps !….

Paule : Je compte bien y arriver un peu. Ce n’est pas facile tous les jours. Me colle à la peau, c’est une ombre qui fait de l’ombre.

Paul : Tu te relèves ?

Paule : Oui, continuons notre chemin.

Paul : Tu as de la poussière au dos.

Paule : Laisse ! Elle s’enlèvera toute seule.

Paul : Le ventilateur de mon ordinateur est en panne.

Paule : Mon fournisseur d’accès a été en rade pendant 3 heures.

Paul : Mon disque dur a rendu l’âme avant-hier, heureusement j’avais fait une sauvegarde sur un disque externe fireware.

Paule : Quelqu’un tente de pénétrer dans mon Personal Computer.

Paul : J’ai un bon coupe-feu et je passe par un proxy anonyme.

Paule : Quand il pleut, je n’ai pas toujours mon parapluie avec moi et quand je l’ai sous la main, il s’ouvre avec le vent et se referme. Je suis trempée aux pieds.

Paul : Boire est nécessaire comme respirer.

Paule : Je bois des tasses le nez au vent.

Paul : Mais Paule !… Il te faut mettre les mains dans le cambouis ! Un ordinateur n’est pas un sèche cheveux : c’est complexe, fragile et le réseau est un sac de nœuds grouillant.

Paule : Je sais bien que ma mise en plis n’est pas de mise. Dés le matin suis toute décoiffée, mon peigne peine à démêler les histoires, me faut faire face au miroir et brosser la tignasse logiquement.

Paul : C’est beaucoup mieux pour ton chapeau. Il tient et toi debout. Tu passerais par un bricolo de coiffeur à la noix qu’il te tondrait la boule et te refilerait pour bonbon une moumoute télécommandée vérolée.

Paule : Mes tifs sont des fils conducteurs !

Paul : Tu devrais mettre un chapeau, le soleil cogne. J’ai la sueur qui coule moi.

Paule : Mettons-nous là, l’ombre est fraîche.

Paul : Quel temps !…

Paule : Nous sommes en hiver et pourtant…

Paul : Le temps passe vite.

Paule : Le temps passe tout le temps.

Paul : Tant qu’il y a du temps…

Paule : Il y a de la vie…

Paul : Pourrait y avoir du temps sans vie.

Paule : Au temps pour moi !…



Paule, Paul.
© Antoine Moreau, septembre 2003/2004
Copyleft : cette oeuvre est libre, vous pouvez la redistribuer et/ou la modifier selon les termes de la Licence Art Libre. Vous trouverez un exemplaire de cette Licence sur le site Copyleft Attitude http://artlibre.org ainsi que sur d'autres sites.



lien permanent

pdf version

pages 1 <- 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 (21) 22